Entre le chant des oiseaux et le doux murmure des feuillages, le bruissement d’un tissu flottant au vent se fait entendre.Les quelques rayons solaires filtrant à travers les frondaisons déploient leur lumière sur une jeune fille. Ses iris arrondis ont la couleur de l’émeraude, et son visage est entouré de boucles blondes parfois teintées d’ambre. Une couronne de feuillages orne sa tête, agrémentée par quelques lilas, marguerites et autres fleurs parsemant sa chevelure. Vêtue d’une légère robe blanche l’enveloppant naturellement, ses pieds nus foulent la terre meuble d’un pas souple sur le sentier serpentant entre les arbres millénaires. Les écureuils tout comme les musaraignes tendent l’oreille à son arrivée et les corneilles chantent de plus belle sur son passage. Ses mains caressent les branches sur son chemin, et il semble que la forêt lui montre la direction à prendre.
La jeune fille débouche sur une clairière nimbée de la lumière matinale, au centre de laquelle se trouve un piano à queue, au pied d’un chêne de quelques mètres. L’instrument semble se mêler aux racines de l’arbre, bien que paraissant tout à fait ordinaire de l’extérieur. Des petites pousses de roses et de houx ont saisi les pieds du piano et un tapis désordonné de feuilles recouvre en partie le clavier. L’être parcourt les touches ivoire de ses doigts fins et constate avec plaisir que l’instrument est parfaitement accordé. Elle s’assied sur une souche qui semblait comme prédisposée à cet usage, à distance adéquate du piano.
Sa poitrine se soulève doucement tandis qu’elle prend une longue inspiration. La forêt entière se tait. Seul persiste le murmure du vent dans les feuillages. Toute la vie de ces lieux a suspendu son activité et retient son souffle.Et arrive la première note, qui résonne à l’infini, comme donnant naissance à tout un nouveau monde.Les sons habituels de la forêt sont inexistants et seul un souffle léger vient ponctuer et enrichir la mélodie jouée par la dryade.
Bien que mélancolique, la musique est emplie de vitalité, et chaque être l’entendant la ressent comme calquée sur son esprit et créée pour lui.
Le compositeur, s’il en existe un, est inconnu. Il semblerait que ce soit la forêt, la vie et le soleil qui dictent les mouvements des doigts glissant sur le clavier incolore.
La jeune fille joue durant un temps indéfini, que nul ne prend la peine de mesurer, ne prêtant pas attention aux ombres qui se raccourcissent puis s’allongent à nouveau.
Les yeux clos, elle ne ressent aucune sensation hormis les notes surgissant instinctivement de ses doigts. Un flux d’énergie la parcourt de part en part tandis que ses mains bougent fébrilement sur l’instrument.
L’air même semble osciller de concert avec le forêt au rythme de la mélodie, qui s’arrête soudainement et sublimement en un point d’orgue majestueux. Calme, l’interprète se lève, respirant doucement.

Elle ouvre brusquement les paupières, dardant son regard émeraude et désormais empli d’étoiles vers l’infini.Puis, dans un souffle, la dryade disparaît sous le crépuscule.

« »