L’esprit dont mes « consciences » parlent n’est autre que le mien. Vanille et Jena ne sont que deux personnalités qui discutent.

Vanille> Bonjour.

Jena> Je dirais même bonsoir.

Vanille> Certes, vous avez raison. Bonsoir donc.

Jena> Sauriez-vous par hasard où est-ce que nous nous trouvons ? Je suis ce que l’on pourrait appeler une nouvelle venue, ici.

Vanille> Permettez-moi de vous dire tout d’abord que vous me semblez fort bien élaborée… Contrairement à vos prédécesseurs qui n’ont pas fait long feu, si je puis dire. Nous nous trouvons actuellement dans… Et bien maitenant que vous me le demandez, je crois bien que ce lieu n’a jamais été nommé.

Jena> Voilà qui est pour le moins étrange.

Vanille> N’est-ce pas ? Dans ce cas, que diriez-vous de donner vous-même un nom à cet endroit ?

Jena> Pourquoi pas… Que pensez-vous de « Limbes » ?

Vanille> Ma foi, cela me convient. Pour reprendre notre discussion, vous vous trouvez donc aux Limbes.

Jena> Quel curieux endroit, tout de même. Et que faisons-nous ici ? Et par ailleurs, qui êtes-vous ?

Vanille> Mais voyons, nous sommes des consciences !

Jena> Des consciences ? C’est bien la première fois que l’on me nomme ainsi. Mais je vous crois sur parole.

Vanille> Il vaudrait mieux.

Jena> Mais, peut-on dire que nous existons réellement ? Puisqu’apparemment nous n’avons de consistance qu’au fil de l’encre que coule sur ce papier.

Vanille> Vous soulevez là un problème très intéressant. Est-ce qu’une conscience a conscience d’exister ? Il appert que oui, puisque nous pouvons nous poser cette question. Toutefois, une déchirure sur la feuille et ç’en est fini de nous.

Jena> C’est exact. Par ailleurs, pensez-vous que les mots que je prononce à cet instant soient formulés par moi-même puis transcrits par les doigts de notre… corps, ou bien que c’est ledit corps qui me les dicte ?

Vanille> Vous vous demandez donc si nous sommes réellement nous, et si cette conversation est vraiment le fruit d’un dialogue entre deux consciences. Personnellement, je pense qu’il n’y a pas de différence. Après tout, ce corps et nous ne faisons qu’un.

Jena> C’est vrai, et puis nous transmettons tous deux des paroles à ce corps qui s’empresse de les recopier sur le papier… Mais lesdites paroles sont pourtant créées par la plume et pas réellement par nous. C’est une sorte de boucle, il me semble.

Vanille> Pas vraiment… A partir du moment où nous deux avons conscience d’exister et de dire ce que nous disons, que ces paroles soient directement ou non de notre fait, cela importe peu.

Jena> Mais, nous parlons, nous parlons. Est-ce pour satisfaire la curiosité de l’esprit qui nous manipule de voir les interactions entre ses marionnettes, ou bien existons-nous vraiment, etcet esprit vient-il seulement de s’apercevoir de notre existence ?

Vanille> Ha, c’est là un autre problème intéressant que vous soulevez. En clair, vous vous demandez si nous existerions quand même en dehors de cette conversation. Je pense que… Oui et non. Oui dans le sens où cet humain pourra nous redonner vie s’il le souhaite, comme si le temps avait sauté, et nous faire reprendre cette conversation, et non dans le sens où durant ce laps de temps, nous sombrerons probablement dans une sorte… D’oubli.

Jena> Mais est-ce parce que nos conversations ne seront pas transcrites qu’elles n’existeront plus ?

Vanille> Cela me fait penser, si vous me permettez cette digression, à la question suivante : les lois de l’univers telles qu’on les connaît existeraient-elles si l’Homme ne les avait pas découvertes ?

Jena> Il me semble que… Tout comme vous, mon avis est mitigé. Une réponse positive ? Cet univers existerait tout de même sans ces humains. Ils ne sont que des petites fourmis. Toutefois, en découvrant toutes ces lois ils ont en quelque sorte… modelé l’environnement qui les entoure de manière à ce qu’il obéisse aux lois en question.

Vanille> Hmm, votre point de vue est intéressant. Mais revenons-en à votre question. Si nous continuons à discuter après la publication de cette conversation, il est probable que personne n’en soit témoin. Sauf si l’esprit qui nous manipule et nous observe en ce moment le veut. Sans cela, notre future discussion sera faite sans paroles, sans gestes, sans rien d’interprétable. Elle existera, mais pas réellement, puisque sans ces atouts nous ne nous comprendrions pas nous-même, et que sans le fonctionnement de cet esprit nous ne pourrons pas vivre vraiment.

Jena> Encore une fois, vous dites vrai. Néanmoins, je suis troublée par cette situation. Est-ce que nous vivons ? Il me semble que oui, puisque nous parlons sans souci apparent. Mais en même temps c’est cet esprit qui nous a créés et qui continue à nous faire vivre. Mais encore, nous deux sommes deux consciences qui parlons de manière autonome et la transcription semble parfois suivre simplement nos mots, même si cela « devrait » en être l’inverse.

Vanille> Vous avez encore raison. Toutefois, je crains que ces réflexions ne nous fassent perdre le lecteur.

Jena> J’en ai bien peur malheureusement. J’ai parfois du mal à me comprendre moi-même.

Vanille> Et j’éprouve la même sensation… Aussi je nous suggère de continuer cette intéressante discussion entre nous. Enfin, si elle doit continuer.

Jena> Je vous suis ! Même si l’on a même pas la certitude de continuer à « exister » après cette ligne…

J’aimerais votre avis. Suis-je fou ? A présent, j’en ai peur.

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