Une goutte de sang qui tombe dans la neige. Tapis blanc qui recouvre cette sombre forêt inconnue. Pas un bruit. Le vent s’est tu depuis plusieurs jours avec l’arrivée du gel et le bois des arbres alentour n’ose même plus craquer devant le froid le lacérant.
Le peu de corbeaux qui traversaient le ciel quelques minutes auparavant se sont maintenant enfouis dans le cœur glacé des arbres morts.
La lueur faiblarde de la Lune éclaire l’hiver d’une lumière terne, rendue sinistre par le halo brumeux qui entoure l’astre.

Cette petite tache de sang n’en est pas réellement une. Lorsqu’on quitte le ciel pour descendre l’observer de plus près, celle-ci grandit à vue d’œil, et ce qui devait être le fruit d’une blessure est en réalité la robe rouge de la femme qui se trouve là.
Le froid ne semble pas avoir d’emprise sur elle, ses dents glacées glissent autour d’elle sans avoir d’emprise sur ses épaules. Uniquement vêtue de cette robe vermeille et allant pieds nus, cet être étrange se met en chemin dans le silence, ne produisant par ce déplacement qu’un infime murmure, un bruissement que nulle oreille ne saurait percevoir.

Sa blonde chevelure descendant jusqu’entre les omoplates ondule légèrement sous le mouvement produit par ses pas, ses deux bras oscillent de part et d’autre de son corps, et ses yeux couleur de printemps semblent dardés sur un horizon lointain dont elle seule semble avoir conscience.
Sa poitrine n’esquisse aucun semblant de respiration. L’être n’a l’air d’avoir aucune consistance, tel un fantôme errant depuis des temps immémoriaux. Une aura mystique l’entoure. Des entités indescriptibles viennent parfois échouer dans ces terres mystérieuses, mais cet être-ci a quelque chose particulier, de noble.
Comme si cette femme à l’allure si gracieuse possédait un grand pouvoir qu’on l’on ne puisse vraiment cerner que lorsqu’on est sous son emprise.
Ses lèvres d’un rouge sanglant dessinent un sourire, peut-être destiné à d’inconnus êtres invisibles hantant ces bois infinis.

Soudain, un souffle de vent se fait brusquement entendre, un courant d’air la traverse, et elle porte tout à coup la main à sa poitrine. Devenue d’une pâleur extrême et ne souriant plus, son regard est affolé et semble chercher un repère auquel se raccrocher. Perdue, elle halète désormais, mais l’air ne parvient pas à trouver son chemin jusqu’à ses poumons. Elle titube tandis que son bras se couvre doucement d’un liquide rougeâtre. Elle finit par lentement tomber en avant, et sa joue vient alors heurter le sol glacé sans un bruit, son regard palpite encore quelques instants avant de s’en aller fixer à jamais quelque univers inaccessible.

Encore une « nouvelle » qui n’a pas de sens. Je n’avais comme inspiration que la goutte de sang dans la neige, et j’ai essayé d’en faire quelque chose…

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