And sparkle sounds to say.

« So, how are you holding up ? Because… I'm a potatoe. »

Mois : décembre 2010

#Time

Ses cheveux blonds, teintés de quelques mèches brunes, se rabattent sur son visage sous le souffle vent. Elle est habillée d’une veste rose et d’un jean bleu. Un pleu presque identique bien que légèrement plus clair habite ses iris orientés vers l’océan. Ce dernier revêt encore une fois sa couleur abyssale, bien que moiroitante par endroits sous les rayons du soleil estival. Nous sommes en plein après-midi, au sommet d’une falaise. Le sol est recouvert d’une légère épaisseur d’herbe teintée d’émeraude, quelques fleurs pointillent cette couleur unie par des tâches la plupart du temps blanches ou jaunes dans le verdure. Un arbre de quelques années est planté au bord du précipice. Ses fruits, quels qu’ils soient, sont tombés depuis plusieurs mois et le végétal n’est donc garni que de feuilles vertes réfléchissant en mosaïque la lumière du soleil qui vient les frapper.
Julie, elle, est assise au bord du vide, les jambes se balançant lentement, rêvant encore une fois à des lieux inconcevables et inaccessibles, laissant tranquillement sa peau légèremet brunie subir la caresse de l’air et appréciant les langues de lumière qui viennent lui réchauffer le visage.

Ses lèvres esquissent un sourire, puis elle soupire lentement. Elle semble heureuse.

« Vous savez, c’est bien de ne rien faire. A ce jour, notre société toujourd hyperactive et soumise à un stress permanent ne s’arrête jamais de tourner. Elle continue sa course folle, chaotique et arythmique, inlassablement telle un troupeau de Lemmings. Les gens ne prennent plus le temps de profiter du temps. Cet unité universelle qui se révèle si précieuse une fois qu’on sait l’écouter… Aujourd’hui, voyez-vous, « le temps c’est de l’argent », et rien d’autre. Ho, bien sûr, on répondra à cela que c’est par souci d’efficacité, de rentabilité. La longueur même de ces mots est un contre-sens. Plus on gaspille de temps pour concevoir un objet, plus le mot qui le décrira sera long. Et passablement inutile. Si, il faut bien l’admettre. Aujourd’hui, on ne sait plus quoi inventer à part de quoi passer notre temps à nous occuper « intelligemment ». Permettez-moi d’en rire.
Le temps est si précieux. Alors profitons-en ! Passer quelques instants à ne rien faire, simplement se relâcher. Ecuter, regarder, sentir. Même nos sens les plus primaires sont émoussés après tout ce temps de pourissement.
Je ne doute pas un seul instant que vous ne m’écouterez pas, mais c’est comme ça que me vient l’inspiration. Que j’entends la mélodie que ma plume composera ensuite.
Pour cela, il suffit de le vouloir. De prendre le temps de savourer le temps… »

Cet écho résonne quelques instants dans le murmure du vent, puis la quiétude de la journée reprend ses droits.

Blubird

C’est une grande pièce sombre, éclairée seulement par faible lueur de l’âtre qui y ronronne dans un coin.

Sur le carrelage dallé de noir et de blanc, des livres. Une quantité indéfinissable d’ouvrages littéraires de tailles diverses s’entassent en désordre dans cette immense pièce.

Sur les murs, de grandes étagères, pliant et craquant sous le poids d’autant d’écrits, se perdent dans les hauteurs invisibles du plafond. De grandes échelles y sont accrochées et sont couvertes de légères couches de poussière. Par ailleurs, l’air ambiant semble chargé de toute l’intensité, de la vieillesse et la noblesse de ces ouvrages empoussiérés.

Un seul des côtés de la pièce n’est pas couvert d’un autre mur de livres. Sur ce dernier, une immense fenêtre, dont les carreaux semblent former autant de fractales lumineuses se perdant à leurs coins. A travers la vitre, particulièrement transparente une fois comparée au reste de la salle, on peut voir un sombre océan éclairé par un faible halo lunaire. Des nuages noirs se massent dans les cieux et le temps semble déchaîner sa furie depuis des millénaires sans pour autant vouloir s’arrêter.

Cela fait bien longtemps qu’il n’y a pas eu ici un seul rayon de soleil. Et ceci, par la faute de l’homme maître de cette petite île de roche perdue entre les flots de cette mer infinie.

En parlant de lui, le voilà qui entre dans la pièce. Il est d’une taille plus importante que la plupart des humains. Son visage semble usé par le temps. Ses yeux d’un bleu perçant sont fixés sur le lointain, juste en-dessous de ses sourcils d’un blanc broussailleux. Une barbe immaculée venue du fond des âges descend de son menton d’une dizaine de centimètres. Il est vêtu d’un vêtement que l’on pourrait situer entre la toge de l’Antiquité et l’aube de moines moyenâgeux.

Il s’assied sur une grande chaise en bois, située juste en face d’un grand bureau aussi fait de bois, ployant sous le poids de plusieurs livres cornés par l’usure. Ledit bureau se trouve lui-même juste en-dessous de la fenêtre, comme pour forcer l’écrivain à regarder le ciel déchaîné qui s’offre à lui.

Une fois assis, l’homme ouvre un livre, qui s’avère être vierge de toute écriture, écrit quelques lignes, peine à tracer les derniers mots, puis soupire et s’arrête avant d’atteindre la fin de la première page. Il est arrivé au moment contre lequel il lutte depuis des millénaires. Sa muse s’était envolée depuis des temps immémoriaux et ce creux dans son inspiration, il ne le supportait plus. Il le connaît comme un parasite qui vient pourrir son existence chaque jour que « Dieu » fait, revenant inlassablement le lendemain, le surlendemain…

Cet homme au regard exaspéré et fatigué se souvient vaguement avoir été condamné à écrire sur cette île perdue au milieu de rien. Apparemment, il adorait autrefois écrire et en avait même fait son activité favorite… C’est vrai, c’est une activité tellement noble et belle. Mais malheureusement ses écrits d’autrefois ne plurent pas à tous ceux qui les lurent, et il se retrouva ainsi piégé à décider de la pluie et du beau temps. En manque d’inspiration, son humeur alors maussade provoquait un temps digne des plus grands ouragans jamais connus… Tandis que lorsqu’il écrivait des pages à n’en plus finir, comme cela ne lui était pas arrivé depuis de nombreuses années, alors le soleil rayonnait comme jamais.

Mais hélas, tous les jours depuis trop longtemps, rien. Son inspiration avait disparu du jour au lendemain, et il ne créait plus que des bribes de récits insensés.

Il n’arrivait à rien, et il était seul.

Un jour, un oiseau vint se poser sur le rebord en ivoire de la grande fenêtre qui était pour une fois ouverte. Le vent provoqué par la tempête s’engouffrait alors par l’ouverture laissée béante et faisait voler des pages pleines d’écrits dans tous les sens, augmentant le désordre qui régnait déjà dans la pièce.

Lorsque le vieil homme entra dans la pièce et aperçut ce spectacle, il resta bouche bée quelques instants pour l’admirer. C’était beau, un tel chaos. Ca dégageait tant d’énergie, de force… Tous ces mouvements erratiques des feuilles s’envolant un peu partout, ça avait quelque chose de puissant, qui le faisait frissonner à tel point il était impressionné. C’est vrai qu’après tant d’années d’inaction, un tel remue-ménage était plus que bouleversant.

Après avoir repris ses esprits, il se dirigea d’un pas nonchalant vers la fenêtre, dans le but évident de la refermer. Mais avant cela, il a aperçut l’oiseau qui était entré. Celui-ci avait un plumage d’un blanc éclatant, et pourvu de quelques infimes traces marbrées. Une paire de pattes oranges et palmées, plutôt courtes, lui conféraient une posture somme toute banale. Son regard était, tout comme son long bec orangé, pointé vers l’homme qui l’observait, et ses yeux d’un noir profond étaient plongés dans ceux de l’écrivain. Soudain, le volatile ouvrit le bec et poussa un cri strident qui ressemblait à s’y méprendre à un rire presque humain.

Une mouette ! C’est une mouette qui venait aujourd’hui lui rendre visite après toutes cette années de solitude !

Pour la première fois depuis de trop nombreuses années, cet homme esquissa un sourire entre les poils de sa barbe puis finit par lancer un grand éclat de rire. Pour le coup, il oublia totalement de fermer la fenêtre, mais cela ne lui importait plus à présent. La présence d’un autre être vivant sur cette île était un événement de la plus haute importance !

L’oiseau prit son envol et s’en alla batifoler entre les feuilles planant dans les airs. L’homme s’assit sur un meuble et le fit craquer un peu plus, ajoutant son poids à celui des livres qui y étaient amassés, et regarda le volatile planer dans les airs. Il applaudit à chacune de ses pirouettes, fut étonné des spirales qu’il entamait parfois, se réjouit de le voir décrire des cercles dans la pièce comme s’il y avait toujours vécu. Et ainsi, il ne vit pas passer l’après-midi.

Lorsque le dernier rayon du soleil disparut derrière l’horizon, l’oiseau regarda une dernière fois l’écrivain, rit de ce son inimitable et disparut soudainement dans une gerbe de fumée et d’étincelles. Après toutes ces heures passées avec lui, le vieil homme ne savait pas que faire.

Il prit alors sa plume et, tout mélancolique, commença à écrire.

Chaque tournant dans le vol de cet oiseau, lorsqu’il se le remémorait, lui inspirait un nouveau passage à écrire. Et puis petit à petit, il se rappela quelques souvenirs en écrivant ces lignes. Des moments, précieux, qu’il avait oubliés. Puis il se mit à créer de nouvelles histoires, sans lien avec la réalité. Il n’était désormais plus victime de la page vierge et avait trouvé une nouvelle muse.

Il se sentait à nouveau vivant. Il écrivait sans se forcer, par plaisir, et n’avait besoin que d’une intrigue globale pour commencer un nouvel écrit.

Nombre de ces derniers n’avaient aucun sens, mais ils étaient réels et complets, et c’est tout ce qui comptait pour lui. Quand il écrivait, c’est comme s’il composait une symphonie. Il commençait doucement et calmement, puis continuait au rythme qu’il fallait, parfois changeant suivant l’humeur des lettres, et tentait toujours de finir sur un point d’orgue qui arrivait au moment opportun, ni trop tôt, ni trop tard.

Grâce à cela le soleil revint, et avec lui les oiseaux.

Glow.

La nuit est maintenant entamée depuis plusieurs heures.Les lumières seules scintillent en-dessous du ciel d’un noir d’encre, et le froid gagne petit à petit les ruelles dans un souffle brumeux s’engouffrant dans les moindres recoins de la ville.
Dans cette obscurité hivernale, les rues sont vides de toute présence humaine, et les chats autrefois noirs ne désirent plus quitter la quiétude des cheminées, ronronnant à côté des braises encore ardentes persistant dans l’âtre. La plupart des foyers est désormais éteinte, bien que persistent quelques petites gouttes de vie lumineuse disséminées de par les façades des immeubles.

Le silence englobant la ville n’est entrecoupé que rarement, par les pas timides d’un rôdeur tardif, par le crissement de pneus progressant sur l’asphalte refroidie…
Des paires ou triplets de personnes sortent par moments des bouches de métro avoisinantes, renvoyant aux bâtiments alentour le reflet de leurs éclats de rire résonnant sur les parois en béton.

En observant les cieux pendant quelques secondes, on peut parvenir à voir l’éclat de la Lune filtrer entre deux grand nuages nocturnes. Cette Lune, aujourd’hui formant un parfait croissant. Ce soir, les regards ne pourront pas percevoir la présence du pêcheur qui y est habituellement. Un simple enfant vêtu d’un habit de marin, appuyant son dos sur la courbure de l’astre et tenant sa canne d’une main, attendant qu’un quelconque poisson stellaire potentiel morde à l’hameçon et au destin, inconnu de tous, qui l’attend.

Pour des raisons qui nous sont à jamais inaccessibles, ce pêcheur lunaire n’a ce soir pas voulu faire son apparition et la Lune se retrouve donc vierge de toute vie.

En-dessous des cieux étoilés, la ville et ses lumières. Et, accroupi sur un lampadaire, un être étrange observait la vie fourmillante des humains. Invisible aux yeux de ces derniers, il était vêtu à la façon d’un elfe ou d’un quelconque farfadet. Ses habits noirs, avec un liseré vert, lui conféraient une aura de mystère. Une capuche recouvrait sa tête de façon à ce que seule une ombre puisse atteindre son visage. Celui-ci est indescriptible tant il est obscur, la seule chose qui en ressortait étant deux yeux d’un violet intense. Neutres et comme observant notre monde en silence, percevant des dimensions nous étant pour toujours incompréhensibles.
On peut parfois discerner des crocs effilés, perçant l’ombre lorsqu’un éclat de lumière parvient jusqu’à leur émail.

Son regard perçant se perd entre les lueurs dispersées par les lampadaires, il s’arrête sur chaque passant et sur chaque chose digne de son attention. L’être semble chercher quelque chose. Il tend l’oreille. Soudain, un battement d’ailes se fait entendre, son regard se pose instantanément sur l’oiseau incriminé qui prenait son envol. En silence, l’être détourne lentement son regard mauve de la scène et laisse le volatile s’envoler vers les cieux.
Comme toutes les nuits, il cherche un corps -innocent de préférence- auquel donner la malédiction qui l’occupe depuis des millénaires. Sa mémoire ne désire pas se rappeler comment, ni quand cela a commencé, et il n’ose penser au jour, trop lointain, où ce rythme incessant finira son existence.

Enfin, aux alentours de trois heures du matin, il trouva la personne qu’il attendait. Il s’agissait apparemment d’un groupe d’étudiants rentrant d’une soirée très certainement festive en cette fin de décembre. Le trio d’adolescents se sépara sur le pas d’une porte, et l’une des personnes continua, seule, son chemin. L’être attendit que cette dernière passe à la lumière d’un lampadaire pour pouvoir l’observer plus aisément.
Cette personne, qui s’avérait être une demoiselle d’une vingtaine d’années, avait une chevelure blonde, de ce que laissait percevoir le bonnet en fourrure, noir, qu’elle portait. Il paraît que pour les humains, « la nuit, tous les chats sont gris ». Et bien pour lui, tous les humains se ressemblent une fois le soleil disparu derrière l’horizon. Tous se retrouvent vêtus de noir, emmitouflés sous plusieurs épaisseurs d’étoffes diverses, et méconnaissables dans le noir, semblables à de pâles statues au regard neutre se déplaçant avec le moins de bruit possible dans les ruelles de la ville.
Comme toutes les personnes à rencontrées à cette heure tardive, on ne distinguait de ses yeux que des iris d’un noir d’encre. Mais peu importait. Il savait lire l’esprit des humains comme si c’était un livre que l’on ouvrait devant ses yeux. Cette personne-là n’avait rien de particulier, si ce n’est un goût prononcé pour la musique classique. Cela lui convenait, il n’avait pas besoin de plus.

De l’une des poches de son manteau, toujours assis sur le lampadaire, il sortit une sorte de pâte incolore qui semblait rayonner. Puis, lentement, il utilisa ses ongles pointus pour la modeler. Après quelques secondes d’ouvrage sur cette matière -le temps étant tout à fait relatif et insignifiant pour cet être ténébreux-, il en sortit un violon. Celui-ci semblait être un Stradivarius, à ceci près qu’il était entièrement peint en noir. On ne pouvait pas distinguer les cordes du bois, l’instrument semblait être fait d’ombre.
Il plongea sa main droite dans une poche de son manteau et en sortit un long archet, d’un teint particulièrement sombre lui aussi. Il joua quelques notes qui se dispersèrent rapidement dans les airs et constata qu’une fois de plus, l’instrument était parfaitement accordé.
Il attendit quelques minutes supplémentaires que la personne se rapproche du lieu où il se tenait. Il s’accorda quelques secondes de plus, juste le temps de lire que sa victime de la soirée s’appelait Emilie.
Comme tous les soirs, ils avait besoin de connaître le prénom de sa cible pour pouvoir composer un morceau qui lui correspondait d’autant plus. Il savait que le prénom correspond à bien plus qu’une simple appellation. Donné à la naissance, il suit ces humains jusqu’à leur disparition et les définit de manière plus parfaite qu’un dictionnaire décrit un mot de vocabulaire. C’est pour cette raison que lui n’avait pas de nom. Il était un éternel et invisible inconnu.

Il attendait, en silence… Il ferma les yeux et tendit les oreilles, jusqu’à ressentir un léger instant de flottement. Et lorsque celui-ci survint, il commença à jouer. L’association que produisaient les notes était inconnue à tous, même à lui. Une oreille attentive aurait peut-être pu reconnaître des passages s’apparentant à du Vivaldi, parfois du Tchaïkovski ou encore du Mendelssohn. Mais aucune de ces affirmations n’était vraie. Le morceau qu’il jouait, personne ne le connaissait ni l’avait entendu auparavant. Lui-même ne voyait venir les notes que peu de temps avant de devoir les jouer. Emilie. Un son joyeux et enjoué, parfois mélancolique mais sans aucun accord de tristesse.
Pourquoi jouait-il ? C’était cela, sa malédiction. Il vivait avec la musique. Il ne pouvait tout simplement pas survivre sans cela. Sans écouter ou composer. Il avait trop d’inspiration insatisfaite qui sommeillait en lui. Pour composer, il devait trouver, chaque soir, à la période la plus propice aux esprits calmes et rêveurs, une personne à qui faire partager cette malédiction. Connaissant son prénom et sa nature, il composait un morceau pour elle afin de ne pas trop choquer son esprit fragile. Il jouait durant un temps variable. Cela dépendait de la météo, du nombre d’étoiles dans le ciel, des constellations visibles et autres considérations incompréhensibles à l’esprit étriqué des humains.
Lorsqu’il ponctuait son morceau d’un dernier accord, il était libéré de ses tourments et pouvait alors disparaître, et se reposer. Quant à sa victime nocturne, elle ne gardait jamais aucun réel souvenir de cette rencontre pourtant infiniment précieuse. Il ne lui restait qu’une mélodie lui trottant dans la tête, enserrant ses pensées et faisant par moments planer son esprit au-dessus des nuages durant les jours qui suivaient cette soirée.

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