And sparkle sounds to say.

« So, how are you holding up ? Because… I'm a potatoe. »

Blubird

C’est une grande pièce sombre, éclairée seulement par faible lueur de l’âtre qui y ronronne dans un coin.

Sur le carrelage dallé de noir et de blanc, des livres. Une quantité indéfinissable d’ouvrages littéraires de tailles diverses s’entassent en désordre dans cette immense pièce.

Sur les murs, de grandes étagères, pliant et craquant sous le poids d’autant d’écrits, se perdent dans les hauteurs invisibles du plafond. De grandes échelles y sont accrochées et sont couvertes de légères couches de poussière. Par ailleurs, l’air ambiant semble chargé de toute l’intensité, de la vieillesse et la noblesse de ces ouvrages empoussiérés.

Un seul des côtés de la pièce n’est pas couvert d’un autre mur de livres. Sur ce dernier, une immense fenêtre, dont les carreaux semblent former autant de fractales lumineuses se perdant à leurs coins. A travers la vitre, particulièrement transparente une fois comparée au reste de la salle, on peut voir un sombre océan éclairé par un faible halo lunaire. Des nuages noirs se massent dans les cieux et le temps semble déchaîner sa furie depuis des millénaires sans pour autant vouloir s’arrêter.

Cela fait bien longtemps qu’il n’y a pas eu ici un seul rayon de soleil. Et ceci, par la faute de l’homme maître de cette petite île de roche perdue entre les flots de cette mer infinie.

En parlant de lui, le voilà qui entre dans la pièce. Il est d’une taille plus importante que la plupart des humains. Son visage semble usé par le temps. Ses yeux d’un bleu perçant sont fixés sur le lointain, juste en-dessous de ses sourcils d’un blanc broussailleux. Une barbe immaculée venue du fond des âges descend de son menton d’une dizaine de centimètres. Il est vêtu d’un vêtement que l’on pourrait situer entre la toge de l’Antiquité et l’aube de moines moyenâgeux.

Il s’assied sur une grande chaise en bois, située juste en face d’un grand bureau aussi fait de bois, ployant sous le poids de plusieurs livres cornés par l’usure. Ledit bureau se trouve lui-même juste en-dessous de la fenêtre, comme pour forcer l’écrivain à regarder le ciel déchaîné qui s’offre à lui.

Une fois assis, l’homme ouvre un livre, qui s’avère être vierge de toute écriture, écrit quelques lignes, peine à tracer les derniers mots, puis soupire et s’arrête avant d’atteindre la fin de la première page. Il est arrivé au moment contre lequel il lutte depuis des millénaires. Sa muse s’était envolée depuis des temps immémoriaux et ce creux dans son inspiration, il ne le supportait plus. Il le connaît comme un parasite qui vient pourrir son existence chaque jour que « Dieu » fait, revenant inlassablement le lendemain, le surlendemain…

Cet homme au regard exaspéré et fatigué se souvient vaguement avoir été condamné à écrire sur cette île perdue au milieu de rien. Apparemment, il adorait autrefois écrire et en avait même fait son activité favorite… C’est vrai, c’est une activité tellement noble et belle. Mais malheureusement ses écrits d’autrefois ne plurent pas à tous ceux qui les lurent, et il se retrouva ainsi piégé à décider de la pluie et du beau temps. En manque d’inspiration, son humeur alors maussade provoquait un temps digne des plus grands ouragans jamais connus… Tandis que lorsqu’il écrivait des pages à n’en plus finir, comme cela ne lui était pas arrivé depuis de nombreuses années, alors le soleil rayonnait comme jamais.

Mais hélas, tous les jours depuis trop longtemps, rien. Son inspiration avait disparu du jour au lendemain, et il ne créait plus que des bribes de récits insensés.

Il n’arrivait à rien, et il était seul.

Un jour, un oiseau vint se poser sur le rebord en ivoire de la grande fenêtre qui était pour une fois ouverte. Le vent provoqué par la tempête s’engouffrait alors par l’ouverture laissée béante et faisait voler des pages pleines d’écrits dans tous les sens, augmentant le désordre qui régnait déjà dans la pièce.

Lorsque le vieil homme entra dans la pièce et aperçut ce spectacle, il resta bouche bée quelques instants pour l’admirer. C’était beau, un tel chaos. Ca dégageait tant d’énergie, de force… Tous ces mouvements erratiques des feuilles s’envolant un peu partout, ça avait quelque chose de puissant, qui le faisait frissonner à tel point il était impressionné. C’est vrai qu’après tant d’années d’inaction, un tel remue-ménage était plus que bouleversant.

Après avoir repris ses esprits, il se dirigea d’un pas nonchalant vers la fenêtre, dans le but évident de la refermer. Mais avant cela, il a aperçut l’oiseau qui était entré. Celui-ci avait un plumage d’un blanc éclatant, et pourvu de quelques infimes traces marbrées. Une paire de pattes oranges et palmées, plutôt courtes, lui conféraient une posture somme toute banale. Son regard était, tout comme son long bec orangé, pointé vers l’homme qui l’observait, et ses yeux d’un noir profond étaient plongés dans ceux de l’écrivain. Soudain, le volatile ouvrit le bec et poussa un cri strident qui ressemblait à s’y méprendre à un rire presque humain.

Une mouette ! C’est une mouette qui venait aujourd’hui lui rendre visite après toutes cette années de solitude !

Pour la première fois depuis de trop nombreuses années, cet homme esquissa un sourire entre les poils de sa barbe puis finit par lancer un grand éclat de rire. Pour le coup, il oublia totalement de fermer la fenêtre, mais cela ne lui importait plus à présent. La présence d’un autre être vivant sur cette île était un événement de la plus haute importance !

L’oiseau prit son envol et s’en alla batifoler entre les feuilles planant dans les airs. L’homme s’assit sur un meuble et le fit craquer un peu plus, ajoutant son poids à celui des livres qui y étaient amassés, et regarda le volatile planer dans les airs. Il applaudit à chacune de ses pirouettes, fut étonné des spirales qu’il entamait parfois, se réjouit de le voir décrire des cercles dans la pièce comme s’il y avait toujours vécu. Et ainsi, il ne vit pas passer l’après-midi.

Lorsque le dernier rayon du soleil disparut derrière l’horizon, l’oiseau regarda une dernière fois l’écrivain, rit de ce son inimitable et disparut soudainement dans une gerbe de fumée et d’étincelles. Après toutes ces heures passées avec lui, le vieil homme ne savait pas que faire.

Il prit alors sa plume et, tout mélancolique, commença à écrire.

Chaque tournant dans le vol de cet oiseau, lorsqu’il se le remémorait, lui inspirait un nouveau passage à écrire. Et puis petit à petit, il se rappela quelques souvenirs en écrivant ces lignes. Des moments, précieux, qu’il avait oubliés. Puis il se mit à créer de nouvelles histoires, sans lien avec la réalité. Il n’était désormais plus victime de la page vierge et avait trouvé une nouvelle muse.

Il se sentait à nouveau vivant. Il écrivait sans se forcer, par plaisir, et n’avait besoin que d’une intrigue globale pour commencer un nouvel écrit.

Nombre de ces derniers n’avaient aucun sens, mais ils étaient réels et complets, et c’est tout ce qui comptait pour lui. Quand il écrivait, c’est comme s’il composait une symphonie. Il commençait doucement et calmement, puis continuait au rythme qu’il fallait, parfois changeant suivant l’humeur des lettres, et tentait toujours de finir sur un point d’orgue qui arrivait au moment opportun, ni trop tôt, ni trop tard.

Grâce à cela le soleil revint, et avec lui les oiseaux.

Précédent

Glow.

Suivant

#Time

  1. Waw, trés belle histoire. J’imagine tout a fait ce veillard, avec sa grande barbe blanche qui entoure son visage, regardant cette mouette et rire aux eclats devant le couché du soleil. Il faut à chacun son inspiration , sa petite etincelle qui fait toute la difference … . Comme quoi il suffit d’un battement d’aile pour que cela change bien des choses. Et puis si on tourne un peu la tete , on peut y percevoir que la vie nous tend les bras, si on la regarde bien dans le blanc des yeux, elle est belle et genereuse, je la vois rire. Il faut juste savoir la prendre avec beaucoup de précautions , de tacts sinon elle nous file entre les doitgs.

Laisser un commentaire

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén