And sparkle sounds to say.

« So, how are you holding up ? Because… I'm a potatoe. »

Mois : janvier 2011

M.u.s.i.c

Je viens tout juste d’écouter In The Morning, de Wolfmother, et je suis dans un état un peu… second. Tout simplement, cette chanson respire la vie. Je ne sais pas vraiment comment le décrire, mais en l’écoutant j’aurais pu passer des heures à juste admirer la ville de Paris qui s’étalait sous mes yeux. Sans y réfléchir, juste à regarder le paysage.

En ce qui concerne le morceau suivant, qui se nomme 10,000 feet et est joué par le même groupe, je crois que c’est la première fois que je l’entends. Cette fois, ce morceau me transmet un état d’esprit différent. Il est plein d’énergie. On pourrait marcher des heures sans but juste avec cette musique. Mouhahaha, c’est puissant.

Tout ça me fait penser avec la discussion que j’ai eue ce week-end avec une petite fan de Muse. Sur le fait que la musique est quand même extrêmement importante et très… déterminante je dirais. Je veux dire, personnellement la musique m’affecte beaucoup. L’écoute d’un seul morceau peut me rendre triste ou joyeux, peut être entraînante ou bien me blaser comme jamais. Une seule composition peut me rendre mélancolique ou bien m’éviter de repenser au passé. Une seule chanson peut me mettre en colère ou m’énerver…

A bien y réfléchir, les discussions les plus intéressantes que j’ai, sur le plan de la perception, concernent la musique.

C’est quand même beau la musique. C’est beau de savoir l’écouter et de ne pas passer dessus comme sur n’importe quel morceau. Non. Chaque son a sa personnalité, ses émotions, sa force ou sa faiblesse… Qu’il nous transmet.

Être un artiste, ce n’est pas créer un morceau. C’est lui donner vie, le faire exister pleinement. Faire en sorte qu’il ne soit pas plat et inintéressant. Non. Il faut qu’il soit surprenant la première fois où on l’écoute, qu’il nous rappelle une personne, un événement. Qu’ils nous transporte en un lieu inconnu.

Je pense que trop peu de personnes ont vraiment écouté un morceau de musique. Je ne parle pas d’avoir un morceau en arrière-plan pendant qu’on fait la cuisine. Non, juste s’allonger, tranquillement, avec de la musique.
Laisser son corps s’engourdir jusqu’au point de ne plus le ressentir. oublier sa respiration et son rythme cardiaque. Ne rien voir, ne rien sentir d’autre que les sons que l’on entend.Il n’est pas nécessaire de faire appel à du classique pour ça. Non, il suffit juste de se poser avec un morceau qu’on apprécie. Et de ne rien faire pendant ce laps de temps, juste profiter des notes qui parviennent au cerveau.

Mais pour cela, il faut le vouloir, en prendre le temps, ce que personne ne veut faire aujourd’hui.

#Empty

Elle était assise dans le cadre de ce qui avait été autrefois le cadre d’une grande fenêtre. Ses jambes se balançaient lentement dans le vide. Les mèches blondes de ses cheveux flottaient doucement sous un léger souffle de vent. Son regard bleu était vide et semblait perdu dans l’immensité du paysage qui s’offrait à eux.

Quelques collines, toutes recouvertes de la même herbe turquoise. Celle-ci ondulait doucement, formant de petites vagues terrestres qui se perdaient dans le lointain en murmurant. Peu avant l’horizon se dessinait l’orée d’une forêt, sombre et regorgeant de vie. De petits arbustes parsemaient la plaine, parfois parés de lavande, de lilas ou encore de quelque fleur blanche dont on ignorait le nom. De jeunes pommiers étaient répartis ici et là, amenant avec eux le bruissement de leurs feuilles et le grincement de leurs branches.

Le soleil n’était plus au zénith depuis de nombreuses heures et ses feux commençaient déjà à donner au ciel une teinte orangée, loin au dessus de l’océan qui s’étendait à l’Est. Ici, d’autres vagues venaient ajouter leur ressac au silence ambiant, délivrant une atmosphère de calme apaisant.
Quelques hirondelles voletaient sans un bruit dans le ciel azuré et poursuivaient avec aisance et majesté leur course contre la gravité.

Julie observait tout cela d’un regard vide et désenchanté.
« Je m’ennuie. »

#Smoke

Ce soir, elle errait sur les toits de la capitale à la recherche des étoiles. Vêtue d’un long manteau noir, qu’elle avait laissé ouvert, et d’une écharpe rouge, Julie chantonnait. Une mélodie qu’elle seule connaissait, évidemment. Un peu de magie dans tout cela, et elle dansait, volant à moitié dans les airs. Elle s’arrêta soudainement devant une colonne de fumée qui s’échappant en toussotant d’une cheminée à l’âge incertain.
– « Tiens, Salut ! dit-elle d’un ton enjoué
–  Bonsoir ma chère, répondit une voix grave semblant sortir des volutes grisâtres auxquelles elle faisait face.
– Cela te dérange si on marche un peu ?
– Ho, aucunement voyons. »

Julie se remit alors en marche sur les tuiles, plus doucement, et la fumée disparut.
« Comment vas-tu, chère Hydre ? — Elle semblait s’adresser à elle-même, ou aux étoiles. Ou bien les deux —.
– Oh tu sais, moi… Il n’y a pas de quoi aller mal, répondit une voix.
– Je n’en suis pas si sûre, vois-tu. Je vois bien que ce choix te pose quelques soucis.
– Tu as décidément toujours été perspicace…
– Eh ! Ce n’est pas à moi qu’il faut en vouloir pour ça !
– Certes, certes, mes excuses.
– Passons. Il faut donc croire que tu te plais à être insensé. Faire preuve de discernement n’a jamais été ton fort, mais pour une fois tu vas plus loin que la simple prise de position. Enfin, je critique, mais je comprends parfaitement ta volonté.
– Ha, tu dois bien être la seule.
– Figure-toi que tu serais surpris.
– Soit, je te crois.
– Le cœur, le corps… Cet attachement est fort aisément concevable, et je l’éprouve moi-même par instants, toutefois il émane du cœur. Et dans la voie que tu choisis, c’est le corps que l’on étudie. Je pense que tu peux croire ces demoiselles quand elles te conseillent de retourner en province. Je sais bien que le choix est difficile, mais pourtant il faut en être conscient…
– Ho, mais je pense aussi parfaitement que je peux les croire, et que je devrais. D’ailleurs, ce n’est pas là la question, puisque je les entends parfaitement et que je suis totalement du même avis qu’elles. Mais vois-tu, il y a un facteur qui ne rentre pas en compte dans ces estimations.
– Je sais de quel facteur il s’agit, mon cher, cependant… Illogique ! Tout illogique que tu sois, il faut bien se raisonner un jour ou l’autre.
– Je le sais bien, et pourtant, je ne veux pas. Je ne veux pas réfléchir et me convaincre qu’aller en province me conviendra de A à Z.
– L’ivresse parisienne.
– Exact, tu sais ce que c’est. Ce n’est pas si simple de quitter ce contexte.
– Je comprends bien, mais s’il le faut ? Tu pourras toujours y revenir à l’avenir si le cœur t’en dit.
– Non. Si je quitte la capitale, je n’y retournerai pas. Je le sais.
– Soit.
– Pour une fois que je crois en quelque chose. Que je n’ai pas peur de perdre. Que je pense pouvoir réussir. Faut-il qu’on m’en décourage ? Je te dis, ils ne me comprennent pas. Tu sais bien comment je serai dans cette autre ville.
– Certainement, et c’est pas beau à voir. Mais il ne tient qu’à toi d’améliorer cette image.
– J’aimerais bien, tu le sais aussi. Tous ces gens ont probablement raison, contrairement à moi. Ne pas suivre son instinct ou ses goûts. Inhiber. Paris… Peut-être bien que je n’y arriverai pas, certainement même. Mais j’aurais au moins fait ce dont j’avais vraiment envie, ce en quoi je croyais à ce moment.
– C’est beau, mais peu réfléchi, tu en conviendras. L’échec, tu commences à la connaître. Autant te débarrasser de cette sangsue.
– Il faut croire que je sois un fol idiot doublé d’un être insensé.
– Exactement. »

Il y eu un temps de silence qui marquait la fin de la conversation. Il n’y avait rien à ajouter. Julie marcha jusqu’au bord du toit, sourit, souffla quelques mots entre ses lèvres « Va de l’avant, hein ? », et sauta nonchalamment dans le vide. Atterrissant en douceur sur les pavés, elle reprit sa promenade nocturne, l’air de rien.

#Book

Le train était arrivé depuis quelques heures déjà, et à ce moment de la journée il faisait déjà nuit.
Elle avait passé tout son trajet depuis les contrées bretonnes à lire le dernier ouvrage d’un auteur inconnu, mais de talent dont elle suivait les péripéties depuis plusieurs mois déjà. Son histoire, si particulière, l’avait dès lors beaucoup intriguée. Au final, elle avait découvert au fil des pages la vie d’un homme mystérieux, envoûtant, meurtri certes mais aussi… fascinant. L’aura d’inconnues qui l’entourait continuellement, c’était tout simplement magique. Elle s’était promis de relire ses anciennes oeuvres dès son retour.

Durant les dernières heures précédant le crépuscules, ses pas l’avaient emmenée flâner dans les rues autrefois pavées de la capitale. La ville-lumière qui était beaucoup plus grise en journée. Enfin c’est le souvenir qu’elle en avait, aussi fût-elle surprise en arrivant à Paris sous un beau ciel bleu et une température plus qu’agréable.
Parcourant des ruelles uniquement peuplées de quelques couples muets devant l’air frais, ou bien des avenues noircies par l’Homme en ce jour de soldes, elle avait aimé rester à la frontière entre ses deux mondes grâce à la musique qui l’accompagnait continuellement.
Elle n’appréciait pourtant pas spécialement tous les artifices plastifiés auxquels les humains donnent tant d’importance, mais le casque qui rejoignait sa blonde chevelure dès qu’elle se dirigeait vers les villes lui était tout simplement vital.
Le brouhaha causé par tous ces gens désirant seulement parler pour ne rien dire, cette agitation constante et vibrante, telle une fourmilière en ébullition… Elle en avait assez et était bien heureuse de ne plus faire partie de ce monde.

Au détour de sa promenade, Julie s’était arrêtée devant une librairie qui se détachait des autres de par son apparence. Elle enleva son casque, coupa la musique et étudia plus attentivement l’échoppe.
Une façade colorée bien qui légèrement ternie par le temps, sans affiches publicitaires venant gâcher sa vitrine, derrière laquelle s’amassaient en désordre des livres cornés et usés. Ce n’est pas ce que les humains attendent d’une librairie habituelle, aussi elle entra après avoir admiré pendant quelques instants l’enseigne de la boutique, qui portait le nom de Tout et rien.

Elle ouvrit la porte, qui grinça sous l’effort et fit tinter quelques clochettes accrochées au plafond, puis la referma derrière elle. Derrière une dénomination légèrement prétentieuse se cachait une minuscule échoppe que l’on aurait pu loger dans une chambre d’étudiant.
Des étagères encombrées et couvertes de poussière comblaient les trois murs de la pièce qui n’étaient pas occupés par la vitrine.
Il y avait deux meubles au centre de la pièce, mariages entre une petite étagère et une table, tous deux aussi enfouis sous des livres entassés en désordre.
Dès qu’elle fit un pas dans la pièce, le plancher grinça comme s’il venait de subir d’un coup le poids de plusieurs siècles d’usure, et quelques livres chutèrent des étagères où ils se trouvaient.
Julie huma l’air et sentit un très léger parfum de lilas, mêlé à de la lavande, dont elle ne put trouver la provenance au premier coup d’oeil. Elle parcourut lentement les rayons. Sartre, Saint-Exupéry, mais aussi Burton, Malzieux et Garagnon… Cet ensemble hétéroclite n’était pas idiot, bien qu’il semble étonnant au premier regard, loin de là. Après encore quelques instants, elle tomba même sur des ouvrages assez étranges de Van Vogt ou Dan Simmons. Mais qu’importe si cela était déconcertant de trouver tout cela ici. Cette librairie, au nom si équivoque, n’était pas comme toutes les autres.
Il y avait de nombreux auteurs qu’elle ne connaissait pas, mais cela lui importait peu, elle les découvrirait si elle valait la peine d’en être la lectrice.

Au bout d’un certain temps passé à parcourir tous les recoins de la petite boutique qui était toujours aussi vide, elle tomba — littéralement, ayant trébuché sur le troisième volume de l’Encyclopædia universalis qui traînait par là — nez-à-nez avec l’ouvrage qu’elle venait de lire dans le train. Elle se releva, et découvrit derrière, juste dépassant très légèrement sur le côté, un coin bleu marine. Elle sortit le livre incriminé du rayon, le retourna entre ses mains. Il n’était pas très épais, certainement d’une centaine de pages. Sur le dos étaient écrites quelques lignes qu’elle parcourut rapidement sans s’y attarder particulièrement ; elle en épousseta rapidement la couverture, qui s’avéra être étonnamment colorée, et resta bloquée pendant quelques secondes devant le titre de cet éclatant ouvrage : Insomniatic Dreams.

Notre protagoniste n’avait jamais entendu parler de cet écrit auparavant. Son auteure aussi, Shawna Howson, lui était totalement inconnue. Pourtant, il l’intriguait. Ne serait-ce que pour le titre. Insomniatic Dreams. L’anglais ne l’avait jamais effrayée, non, elle avait longtemps vécu au Royaume-Uni, ce n’est pas le problème. Mais il en ressortait une sensation étrange. De curiosité, un peu, oui.

Elle relut alors les quelques lignes au dos qu’elle avait vues plus tôt.
« She wants to be a pixie
Small to fly away
With nylon fibred, thin-stringed wings
And sparkle sounds to say.
But pretty little pixies
So tiny for a whim
All their magic, glow—forgo
To be like her or him.
 »

Elle trouva ça fort joli, et encore plus intriguant. Elle voulait savoir ce qui se cachait derrière ces lignes, quelle était la personne qui l’avait écrit et pourquoi. Suivant, comme à son habitude, ses impulsions premières, elle prit le livre dans le but de l’acheter, mais ne trouvant personne pour cela, elle laissa un billet sur le bureau qui semblait être le moins empoussiéré et sortit de la boutique comme n’importe quelle autre Parisienne venant de faire l’acquisition de quelque chose dont elle avait envie et qu’elle était heureuse d’avoir désormais. Gardant le petit livre dans sa main et ayant remis son casque, elle se remit à suivre le chemin que ses pieds lui dictaient, et finit par se retrouver aux Jardins du Luxembourg.

Elle n’y était jamais venue auparavant, et pourtant elle savait qu’elle aimait déjà cet endroit. Bien que très peuplé en ce dimanche parisien, ce parc était grand, c’était une sorte de poumon géant. Un peu d’air parmi les bâtiments gris et décrépis de la capitale.
Julie se promena durant presque une heure dans le parc, admirant les rayons du soleil qui jouaient avec les branches effeuillées, les grandes mains noueuses des arbres qui se dressaient vers le ciel aussi bleu que ses yeux, les éclats de lumière que reflétaient les eaux des fontaines… Elle crut même apercevoir son étoile durant quelques instants, adossée à une colonne, encore en train d’écrire quelque texte chaotique dans son petit carnet noir comme elle en avait l’habitude. Mais il est possible que son esprit lui ait joué un tour en cet instant.

Puis, elle sortit du parc à la tombée de la nuit, continua à errer dans le quartier universitaire, au coeur de la capitale avant d’échouer dans un café, anglais, près de la station de métro au nom d’arènes poétiques. Elle se posa quelques minutes au point de quasiment s’assoupir, sans penser, juste à avoir l’esprit vide, calme, apaisé et insouciant.
Elle secoua la tête pour se remettre les idées en place, faisant voler ses mèches blondes autour de son visage, commença à lire le petit livre qu’elle avait déniché plus tôt et…

Wr|te

Ca me fait du bien de pouvoir écrire a nouveau. D’écrire vraiment.
Je vois vos yeux ébahis et arrondis devant une telle phrase, qui doit certainement vous étonner autant que si vous trouviez un Edelweiss aux Jardins du Luxembourg, enfin bon.

Oui, écrire vraiment. je veux dire, de façon moins virtuelle que par ce clavier froid et un tantinet insensible que je frappe joyeusement en cet instant.

Moleskine. Certains connaîtront peut-être ces carnets. Ho, ils n’ont rien de réellement spécial. J’ai simplement l’impression que d’eux émerge une petite aura. je ne saurais pas le décrire exactement, mais c’est cette sensation que j’ai. Ce petit carnet de notes que je trimballe désormais dans mon sac de jour en jour.

J’ai dit à ce cher fiston que… Je pourrais enfin raconter ma vie. Sans avoir à la taper pathétiquement sur le « clavier » de mon portable, sans avoir forcément à la poster ici.

C’est l’un des bienfaits de l’écriture manuscrite. C’est si fragile, si éphémère… Une simple allumette et voilà des paragraphes entiers qui disparaissent sous l’emprise des flammes.
On peut toujours en déchirer une page, y rayer des mots.

Ecrire au clavier, c’est une façon plus… mécanique de s’exprimer. Pour écrire à la main, il faut le vouloir. Les mots viennent moins facilement. Mais sont étrangement plus plaisants à écrire.

Alors voilà, je vais enfin pouvoir raconter ma vie. Noter des bribes de mon existence qui n’auront d’importance et de réalité, de signification, que pour moi. Je n’ai pas la prétention d’être un écrivain, encore heureux, loin de là. Non, je me considère comme étant mon propre lecteur.

Qui sait où ce petit carnet atterrira un jour ? Qui sait ce qu’il adviendra de lui lorsqu’il sera rempli de griffonnages noircis par le temps ? Personne ne le sait, et encore moins moi-même. Seulement ça m’a semblé être une expérience intéressante, quel qu’en soit l’aboutissement.

Peut-être que je vous en ferai partager quelques mots, quelques phrases, pourquoi. Peut-être qu’une bienheureuse personne aura un jour la volonté de le lire, ou que j’aurais alors envie de lui faire lire. Peut-être que, désespérant de mon passé, dans un futur je ressasserai sans cesse ces anecdotes futiles de mon présent.

Je ne sais pas vraiment quelle est la raison d’exister de ce petit carnet qui ne contient que deux courtes lignes pour l’instant, ni s’il en aura une réelle un jour. Mais bon. C’est pas comme si tout ce que l’on faisait avait un sens.

#Speaks

Une petite habitation, à quelques mètres du bord de mer. Celle-ci était simplissime : le toit était fait de tuiles rougeâtres et légèrement brunies par le temps, les murs était quant à eux composés de briquues grises et irrégulières. Une petite cheminée exhalait de la fumée et on pouvait apercevoir la lueur d’une lampe à travers le verre translucide dont étaient pourvues les trois fenêtres de l’habitat.

Une fois à l’intérieur, quelques meubles en bois. Vernis ou non. Sur certains d’entres eux s’entaissaient des collections de vieux vinyles ainsi que des disques numériques.
Un feu ronronnait doucement dans l’âtre et diffusait sa chaleur à travers la pièce.

Julie était tournée vers l’un des murs. Vêtue d’un large pantalon vert et d’un t-shirt blanc trop grand pour sa taille, elle s’activait à un ouvrage que son petit corps cachait pour le moment. En se rapprochant d’elle, on s’apercevait alors que ses doigts étaient salis par une sorte de boue grise, dans laquelle notre artiste piochait allègrement afin de modeler une figure qui, pour le moment, n’avait pas de traits reconnaissables. Après encore une heure de labeur, l’oeuvre d’argile ressemblait enfin à quelque chose. A quelqu’un, plutôt. Cette personne, c’était lui. La personnalité dont elle était issue et qui lui avait donnée vie il y a de cela plusieurs jours. Elle fit chauffer son ouvrage quelques minutes dans la cheminée afin de lui donner une consistance fixe, puis le posa sur une table, à une place entre une pile de livres usagés et un tas de vinyles poussiéreux.
Après cela, elle se positionna face à son oeuvre, prit une profonde inspiration avant de s’adresser au visage avec véhémence
:

« Bon, j’ai pas l’habitude de m’énerver ainsi et je m’excuse si je tombe si bas, mais là je me devais de faire quelque chose. Faut arrêter là ! Non mais franchement, tu t’es vu ? Tu agis comme une loque ces derniers temps ; et on dirait presque que ça te plait d’avoir cette pseudo-personnalité qui est, je dois dire, complètement stupide !
Donc arrête de vivre comme un chiffon tombé par terre, bouge-toi un peu ! Si ça te plaît pas ce que tu fais, bah tant pis, tu as de quoi vivre ta vie tranquillement sans t’en préoccuper ! La musique, les films, les livres, l’écriture, Paris, et encore, j’en passe ! Alors arrête de te focaliser sur quelque chose qui n’en vaut pas la peine.
Maintenant, oui, il y a des gens idiots partout, et en nombre, ça, je te l’accorde. Mais permets-moi de penser qu’il existe aussi beaucoup de personnes en lesquelles avoir confiance, avec lesquelles tu peux partager des fragments de ta vie sans pour autant en craindre les critiques. Et là, tu ne peux raisonnablement pas me contredire. Alors tu sais ce qu’il te reste à faire. C’est comme on te l’a déjà dit : pas la peine de rester bloqué devant une porte. Sois tu entres, sois tu fais demi-tour. Regarde ce que patienter vainement t’a apporté auparavant ! C’est bien gentil de dire aux autres de se ressaisir, mais tu devrais le faire aussi !
A partir de maintenant, tu arrêtes de te focaliser sur le passé, si heureux et tentant soit-il, et tu vas de l’avant ! »

Elle reprit son calme, regarda son oeuvre dans les yeux et lui dit, avec un demi-sourire mais beaucoup de sérieux dans ses iris bleutés :

« Inutile de te dire que ce n’est pas discutable. »

Elle prit ensuite le buste de terre et l’enveloppa dans un drap rouge, troué, qui traînait par là. Elle sortit rapidement de ce lieu, courut jusqu’au bord de la plus proche falaise puis sortit sa création de son enveloppe de tissu. Elle l’embrassa légèrement sur le front de ses lèvres rosées, la réenveloppa dans le drap pourpre avant de la jeter dans les flots bleus et agités de Bretagne.

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