Le train était arrivé depuis quelques heures déjà, et à ce moment de la journée il faisait déjà nuit.
Elle avait passé tout son trajet depuis les contrées bretonnes à lire le dernier ouvrage d’un dénommé Liam Walker, auteur de talent dont elle suivait les péripéties depuis plusieurs mois déjà. Son histoire, si particulière, l’avait dès lors beaucoup intriguée. Au final, elle avait découvert au fil des pages la ie d’un homme mystérieux, envoûtant, meurtri certes mais aussi… fascinant. L’aura d’inconnues qui l’entourait continuellement, c’était tout simplement magique. Elle s’était promis de relire ses anciennes oeuvres dès son retour.

Durant les dernières heures précédant le crépuscules, ses pas l’avaient emmenée flâner dans les rues autrefois pavées de la capitale. la ville-lumière qui était beaucoup plus grise en journée. Enfin c’est le souvenir qu’elle en avait, aussi fût-elle surprise en arrivant à Paris sous un beau ciel bleu et une température plus qu’agréable.
Parcourant des ruelles uniquement peuplées de quelques couples muets devant l’air frais, ou bien des avenues noircies par l’Homme en ce jour de soldes, elle avait aimé rester à la frontière entre ses deux mondes grâce à la musique qui l’accompagnait continuellement.
Elle n’appréciait pourtant pas spécialement tous les artifices plastifiés auxquels les humains donnent tant d’importance, mais le casque qui rejoignait sa blonde chevelure dès qu’elle se dirigeait vers les villes lui était tout simplement vital.
Le brouhaha causé par tous ces gens désirant seulement parler pour ne rien dire, cette agitation constante et vibrante, telle une fourmilière en ébullition… Elle en avait assez et était bien heureuse de ne plus faire partie de ce monde.

Au détour de sa promenade, Julie s’était arrêtée devant une librairie qui se détachait des autres de par son apparence. Elle enleva son casque, coupa la musique et étudia plus attentivement l’échoppe.
Une façade colorée bien qui légèrement ternie par le temps, sans affiches publicitaires venant gâcher sa vitrine, derrière laquelle s’amassaient en désordre des livres cornés et usés. Ce n’est pas ce que les humains attendent d’une librairie habituelle, aussi elle entra après avoir admiré pendant quelques instants l’enseigne de la boutique, qui portait le nom d’Alpha et Oméga.

Elle ouvrit la porte, qui grinça sous l’effort et fit tinter quelques clochettes accrochées au plafond, puis la referma derrière elle. Derrière une dénomination légèrement prétentieuse se cachait une minuscule échoppe que l’on aurait pu loger dans une chambre d’étudiant.
Des étagères encombrées et couvertes de poussière comblaient les trois murs de la pièce qui n’étaient pas occupés par la vitrine.
Il y avait deux meubles au centre de la pièce, mariages entre une petite étagère et une table, tous deux aussi enfouis sous des livres entassés en désordre.
Dès qu’elle fit un pas dans la pièce, le plancher grinça comme s’il venait de subir d’un coup le poids de plusieurs siècles d’usure, et quelques livres chutèrent des étagères où ils se trouvaient.
Julie huma l’air et sentit un très léger parfum de lilas, mêlé à de la lavande, dont elle ne put trouver la provenance au premier coup d’oeil. Elle parcourut lentement les rayons. Sartre, Saint-Exupéry, mais aussi Burton, Malzieux et Garagnon… Cet ensemble hétéroclite n’était pas idiot, bien qu’il semble étonnant au premier regard, loin de là. Après encore quelques instants, elle tomba même sur des ouvrages assez étranges de Van Vogt ou Dan Simmons. Mais qu’importe si cela était déconcertant de trouver tout cela ici. Cette librairie, au nom si équivoque, n’était pas comme toutes les autres.
Il y avait de nombreux auteurs qu’elle ne connaissait pas, mais cela lui importait peu, elle les découvrirait si elle valait la peine d’en être la lectrice.

Au bout d’un certain temps passé à parcourir tous les recoins de la petite boutique qui était toujours aussi vide, elle tomba — littéralement, ayant trébuché sur le troisième volume de l’Encyclopædia universalis qui traînait par là — nez-à-nez avec l’ouvrage qu’elle venait de lire dans le train. Elle se releva, et découvrit derrière, juste dépassant très légèrement sur le côté, un coin bleu marine. Elle sortit le livre incriminé du rayon, le retourna entre ses mains. Il n’était pas très épais, certainement d’une centaine de pages. Sur le dos étaient écrites quelques lignes qu’elle parcourut rapidement sans s’y attarder particulièrement ; elle en épousseta rapidement la couverture, qui s’avéra être étonnamment colorée, et resta bloquée pendant quelques secondes devant le titre de cet éclatant ouvrage : Insomniatic Dreams.

Notre protagoniste n’avait jamais entendu parler de cet écrit auparavant. Son auteur aussi, Shawna Howson, lui était totalement inconnu. Pourtant, il l’intriguait. Ne serait-ce que pour le titre. Insomniatic Dreams. L’anglais ne l’avait jamais effrayée, non, elle avait longtemps vécu au Royaume-Uni, ce n’est pas le problème. Mais il en ressortait une sensation étrange. De curiosité, un peu, oui.

Elle relut alors les quelques lignes au dos qu’elle avait vues plus tôt.
« She wants to be a pixie
Small to fly away
With nylon fibred, thin-stringed wings
And sparkle sounds to say.
But pretty little pixies
So tiny for a whim
All their magic, glow—forgo
To be like her or him.
 »

Elle trouva ça fort joli, et encore plus intriguant. Elle voulait savoir ce qui se cachait derrière ces lignes, quelle était la personne qui l’avait écrit et pourquoi. Suivant, comme à son habitude, ses impulsions premières, elle prit le livre dans le but de l’acheter, mais ne trouvant personne pour cela, elle laissa un billet sur le bureau qui semblait être le moins empoussiéré et sortit de la boutique comme n’importe quelle autre Parisienne venant de faire l’acquisition de quelque chose dont elle avait envie et qu’elle était heureuse d’avoir désormais. Gardant le petit livre dans sa main et ayant remis son casque, elle se remit à suivre le chemin que ses pieds lui dictaient, et finit par se retrouver aux Jardins du Luxembourg.

Elle n’y était jamais venue auparavant, et pourtant elle savait qu’elle aimait déjà cet endroit. Bien que très peuplé en ce dimanche parisien, ce parc était grand, c’était une sorte de poumon géant. Un peu d’air parmi les bâtiments gris et décrépis de la capitale.
Julie se promena durant presque une heure dans le parc, admirant les rayons du soleil qui jouaient avec les branches effeuillées, les grandes mains noueuses des arbres qui se dressaient vers le ciel aussi bleu que ses yeux, les éclats de lumière que reflétaient les eaux des fontaines… Elle crut même apercevoir son étoile durant quelques instants, adossée à une colonne, encore en train d’écrire quelque texte chaotique dans son petit carnet noir comme elle en avait l’habitude. Mais il est possible que son esprit lui ait joué un tour en cet instant.

Puis, elle sortit du parc à la tombée de la nuit, continua à errer dans le quartier universitaire, au coeur de la capitale avant d’échouer dans un café, anglais, près de la station de métro au nom d’arènes poétiques. Elle se posa quelques minutes au point de quasiment s’assoupir, sans penser, juste à avoir l’esprit vide, calme, apaisé et insouciant.
Elle secoua la tête pour se remettre les idées en place, faisant voler ses mèches blondes autour de son visage, commença à lire le petit livre qu’elle avait déniché plus tôt et…

Désolé de ce petit melting-pot ! Mais bon, dans un sens, j’aime que ce soit chaotique et incompréhensible aux mortels :D
Sinon, contrairement à ce qu’on pourrait croire, je n’ai pas lu
Insomniatic Dreams, mais j’en meurs d’envie. l’auteur, quant à lui (enfin, elle), je l’ai découvert il y a quelques jours parmi des centaines de vidéos sur YouTube, que vous connaissez certainement. Nanalew, tel est son pseudonyme, est évidemment anglophone, mais j’aime beaucoup ce qu’elle fait, et a une façon très… touchante, amusante et légèrement intriguante, je dirais, de voir la vie. Voilà pourquoi son livre m’intéresse tant.

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