Une petite habitation, à quelques mètres du bord de mer. Celle-ci était simplissime : le toit était fait de tuiles rougeâtres et légèrement brunies par le temps, les murs était quant à eux composés de briquues grises et irrégulières. Une petite cheminée exhalait de la fumée et on pouvait apercevoir la lueur d’une lampe à travers le verre translucide dont étaient pourvues les trois fenêtres de l’habitat.

Une fois à l’intérieur, quelques meubles en bois. Vernis ou non. Sur certains d’entres eux s’entaissaient des collections de vieux vinyles ainsi que des disques numériques.
Un feu ronronnait doucement dans l’âtre et diffusait sa chaleur à travers la pièce.

Julie était tournée vers l’un des murs. Vêtue d’un large pantalon vert et d’un t-shirt blanc trop grand pour sa taille, elle s’activait à un ouvrage que son petit corps cachait pour le moment. En se rapprochant d’elle, on s’apercevait alors que ses doigts étaient salis par une sorte de boue grise, dans laquelle notre artiste piochait allègrement afin de modeler une figure qui, pour le moment, n’avait pas de traits reconnaissables. Après encore une heure de labeur, l’oeuvre d’argile ressemblait enfin à quelque chose. A quelqu’un, plutôt. Cette personne, c’était lui. La personnalité dont elle était issue et qui lui avait donnée vie il y a de cela plusieurs jours. Elle fit chauffer son ouvrage quelques minutes dans la cheminée afin de lui donner une consistance fixe, puis le posa sur une table, à une place entre une pile de livres usagés et un tas de vinyles poussiéreux.
Après cela, elle se positionna face à son oeuvre, prit une profonde inspiration avant de s’adresser au visage avec véhémence
:

« Bon, j’ai pas l’habitude de m’énerver ainsi et je m’excuse si je tombe si bas, mais là je me devais de faire quelque chose. Faut arrêter là ! Non mais franchement, tu t’es vu ? Tu agis comme une loque ces derniers temps ; et on dirait presque que ça te plait d’avoir cette pseudo-personnalité qui est, je dois dire, complètement stupide !
Donc arrête de vivre comme un chiffon tombé par terre, bouge-toi un peu ! Si ça te plaît pas ce que tu fais, bah tant pis, tu as de quoi vivre ta vie tranquillement sans t’en préoccuper ! La musique, les films, les livres, l’écriture, Paris, et encore, j’en passe ! Alors arrête de te focaliser sur quelque chose qui n’en vaut pas la peine.
Maintenant, oui, il y a des gens idiots partout, et en nombre, ça, je te l’accorde. Mais permets-moi de penser qu’il existe aussi beaucoup de personnes en lesquelles avoir confiance, avec lesquelles tu peux partager des fragments de ta vie sans pour autant en craindre les critiques. Et là, tu ne peux raisonnablement pas me contredire. Alors tu sais ce qu’il te reste à faire. C’est comme on te l’a déjà dit : pas la peine de rester bloqué devant une porte. Sois tu entres, sois tu fais demi-tour. Regarde ce que patienter vainement t’a apporté auparavant ! C’est bien gentil de dire aux autres de se ressaisir, mais tu devrais le faire aussi !
A partir de maintenant, tu arrêtes de te focaliser sur le passé, si heureux et tentant soit-il, et tu vas de l’avant ! »

Elle reprit son calme, regarda son oeuvre dans les yeux et lui dit, avec un demi-sourire mais beaucoup de sérieux dans ses iris bleutés :

« Inutile de te dire que ce n’est pas discutable. »

Elle prit ensuite le buste de terre et l’enveloppa dans un drap rouge, troué, qui traînait par là. Elle sortit rapidement de ce lieu, courut jusqu’au bord de la plus proche falaise puis sortit sa création de son enveloppe de tissu. Elle l’embrassa légèrement sur le front de ses lèvres rosées, la réenveloppa dans le drap pourpre avant de la jeter dans les flots bleus et agités de Bretagne.

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