Archive for mai, 2013


Dans le service d’imagerie, les murs de la pièce était peints couleur saumon, quelques chariots s’entremêlaient dans les coins et l’éclairage était plutôt tamisé… Il y avait peu de monde qui déambulait, l’air était vierge de poussière et c’était ce laps de temps, en attendant un patient au retour d’un examen. Une pièce parmi d’autres donnant sur un couloir parmi d’autres, la salle d’attente. Et là, allongée sur un lit, les pieds vers le couloir, sur le côté et tournée vers moi, une inconnue. Elle était légèrement plus jeune que moi. Brune aux iris que je dirais verts malgré le flou qui entoure ce souvenir. Elle serrait contre elle, avec ses deux bras, un ours brun en peluche. Ses yeux étaient presque humides de larmes et sa bouche semblait hésiter entre le sourire timide et les pleurs. Nos regards se croisèrent. Vision touchante qui me laissa K.O. durant quelques secondes, avant que je ne reparte tel un fantôme vêtu de blanc…

La vie ne consiste en rien si ce n’est une suite d’éléments plus ou moins imprévus.

Ce souvenir est l’un des rares qui me reste clairement distinct de mon séjour hostpitalier, il y a presque deux ans de cela. C’est dans ce genre de situation qu’on sait rarement par quoi, exactement, on est touché.

Avec un peu de recul, je pense pouvoir dire qu’une telle rencontre insuffle de la force. Parce qu’il en faut pour venir en aide à ceux qui réclament assistance ou réconfort. Et voir cette scène troublante est — personnellement — ce dont j’ai besoin pour me faire pousser des ailes.

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Bref quoi qu’il en soit, bonjour.

Les occurrences, donc. Une coïncidence relativement intéressante et parfaitement inattendue est celle du thème de cet article. Le film Cloud Atlas, oeuvre de génie artistique basée sur le livre éponyme, en fait l’ode d’un bout à l’autre. On y suit plusieurs (un seul ?) protagonistes au travers de six époques, qui présentent entre elles quelques répétitions, des similitudes… Par-dessus tout, on y trouve des liens, on y devine un sens étrangement global et surnaturel, comme si tout concourrait à… au destin, à l’avenir.

“ Our lives are not our own. From womb to tomb we’re bound to others, past and present. And by each crime and every kindness, we birth our future. ”

C’est vrai qu’il s’agit là d’un sujet assez intéressant : qu’est-ce qui a conduit à l’instant t, à ce que chacun est précisément à ce moment ?

Dans une vidéo dont je ne me rappelle plus l’auteur — Mais je soupçonne qu’elle soit de Vsauce —, il était dit qu’il nous fallait simplement… Savourer chaque instant, le magnifier, le rendre parfait car il était absolument unique. Que chaque atome de l’univers avait (c’est quelque peu limité et égoïste néanmoins réel) concourru à cet instant précis, à ce qu’on est exactement à ce moment et pas à un être humain slightly different.
Pour le coup, j’aime bien ce point de vue. Ça pousse à relativiser, à se rendre compte qu’on peut donner de la valeur à la moindre petite chose. La vie est belle parce que l’univers tout entier y est favorable.

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Au sein d’une autre vidéo de l’auteur susnommé, Why do we kiss ?, un constat assez intéressant est énoncé. À travers des tests et expériences mettant en jeu des animaux, qui seraient aujourd’hui interdits pour des raisons d’éthique, des scientifiques ont été amenés à prouver différentes choses :
– Premièrement, le rejet est un paramètre d’une relation qui renforce l’affection de la part de l’individu rejeté.
– Deuxièmement, l’incertitude de la satisfaction ou de la punition donne lieu à un attachement plus solide que pour des sujets étant toujours comblés d’affection.

Ces deux conclusions, bien qu’un peu effrayantes, donnent une profondeur un peu plus crédible aux légendaires friendzoning et consorts. Le fait de se faire rejeter ou de ne pas trouver répnse adéquate à ses sentiments a effectivement pour effet daccroître ceux-ci. En plus d’être un ressenti personnel pour de nombreux insatisfaits amoureux, maintenant ça a aussi une dimension scientifique, ce qui n’est pas plus mal. Une précision dans la science de l’amour !
Simplement, pourquoi est-ce qu’on s’attache plus à ce qui nous est difficile d’atteindre ?
D’aucuns diraient que c’est la recherche du bonheur qui importe et non le fait d’être soi-même heureux, et en conséquence de cela aimer quelqu’un de plus inaccessible ou présentant moins de réciprocité ne serait que l’attitude logique à avoir pour être plus épanoui dans sa recherche du bonheur.
Je pense que cette théorie n’est que peu exacte. Je crois que simplement… on se plait à aimer une personne inaccessible ou distante car elle nous apparait comme correspondant parfaitement à des idéaux qu’on admet plus ou moins. C’est plus agréable d’idéaliser une relation que de la confronter à la réalité. Ce qui est dommage puisque cette dernière peut s’avérer magnifique et pleine de surprises.
Et puis c’est le fait de ne pas avoir, de ne pas connaître qui nous attire. Ce que je mets en lien avec la seconde expérience (attention amis des animaux) : le chercheur avait séparé trois groupes de chiots. Dans le premier, les petits recevaient des caresses à chaque fois qu’ils s’approchaient des chercheurs. Dans le deuxième, ils étaient repoussés et punis à chaque fois. Dans le troisième groupe, les chiots étaient soit punis soit caressés, de façon aléatoire…
Or, ils auront observé que les chiots manifestant le plus d’attachement étaient ceux du troisième groupe, qui vivaient dans l’incertitude permanente. Si on ne sait pas la teneur des sentiments de la personne qu’on aime, si on n’a aucune idée quant au fait qu’elle soit éventuellement potentiellement accessible, alors il y a — bêtement — plus matière à jouer avec le hasard, au mystère, à spéculer et idéaliser. L’être humain a besoin de rêver.

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Pourquoi la vocation ? Pourquoi la Médecine ? Avec ou sans majuscule ? Déjà je pense qu’on pourrait remplacer « médecine » par « santé » dans mon cas. La médecine était le versant de la santé qui m’aurait accordé, lors de mon cursus, un apport de connaissances scientifiques pointues, des gestes irréalisables par d’autres professionnels de santé, un droit de décision, de réaction et de prescription… Néanmoins le métier d’infirmier se situe tout autant dans le domaine de la santé que celui de médecin. Peut-être même plus, dans certains domaines.

Travailler dans la santé, c’est vouloir dédier sa vie — de façon un peu bisounours, utopique et idéaliste peut-être, mais tout de même — et son temps au bien-être d’autrui, d’inconnus. C’est vouloir faire en sorte que les gens sourient, que leur douleur s’atténue, les aider à regagner de a fierté humaine. Je ne le cache pas, je n’ai pas foi en l’humanité. L’effet de masse est bien trop omniprésent et abrutissant pour me laisser un autre choix. Toutefois, je crois encore en la qualité de chaque individu. Enfin la plupart. L’Homme a ces qualités formidables que sont le sens critique et la capacité d’introspection. Je pense que l’immense majorité des êtres humains peuplant cette boule bleue qu’est notre bonne vieille Terre est capable de bien, de gentillesse, d’amour de son prochain.
C’est extrêmement niais mais je crois en une étincelle d’espoir au plus profond de chacun qui peut pousser cette personne à simplement ne pas suivre la cruauté et la bêtise humaines.
C’est au nom de cette petite étoile que oui, je pense que tout le monde mérite d’être soigné, pansé, aidé. Même le dernier des c*nnards qui n’aurait même pas pris la peine de vous écraser sous la semelle de sa chaussure. Je pense qu’il n’y a pas de notion de jugement dans l’acte de soins. De la même façon que certaines personnes ont trouvé leur place dans ce monde en créant des chansons, d’autres en vendant du chocolat, j’ai le profond sentiment que mon rôle, à moi, égoïstement, petit Couette, c’est de soigner les gens. C’est peut-être prétentieux ou débile ou cquevousvoulvoul, néanmoins c’est le sens que je crois deviner à ma vie.

J’avais assisté une fois à une petite présentation sur la réussite, et l’animateur distinguait bien réussir sa vie et réussir dans sa vie.
Réussir sa vie, c’est pouvoir se dire que sa vie a eu un sens, que ce soit rendre des gens heureux, que ce soit laisser une empreinte musicale, une trace encyclopédique, qu’importe.
C’est pour ça que… oui, je suis marié à la santé, à la médecine. C’est un fait, je ne m’en sépare plus et je ne vois pas mon avenir autrement désormais.

Quant à la Paces, et bien… Je crois que l’échec n’existe pas. L’échec n’est que le ressenti qui nous tombe dessus lorsqu’un croisement de chemins se fait, comme lors d’un choix. Une porte se ferme et d’autres s’ouvrent. L’échec n’est pas une impasse, ce n’est qu’une intersection. L’important c’est d’aller de l’avant !

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Une jeune fille aux cheveux d’une éternelle couleur rouge cramoisi est accoudée à la fenêtre du train.

Sirotant un café dans le thermos qu’elle tient au creux de ses mains, à quelques pas de l’isolement des compartiments, elle était là. Julie, contemplant le paysage qui défilait devant ses yeux.

On ne saurait dire si son regard suivait simplement l’horizon ou cherchait une étincelle d’inspiration virevoltant au-dessus des champs.

 

Sortant du box dans lequel on l’avait placé, il sortit à son tour pour se placer à son côté. Dans le couloir traversant d’un bout à l’autre le wagon, on pouvait voir gambader quelques enfants ainsi que marcher quelques adultes d’un pas lourd, avec un air nettement plus sérieux. Etrangement, ce train et cet instant imprévu avec elle étaient une bouffée d’oxygène. Ils aimeraient pouvoir ainsi se suivre jusqu’au bout de la ligne et plus loin encore, quelque par sous le soleil, dans un lieu apaisé.

 

Sans tourner la tête, elle dit : “ toujours les mêmes sandwiches ”, ce à quoi il répondit “ et toujours le même café ”. Lui prenant doucement le thermos des mains, il but une gorgée du liquide amer et soupira légèrement, avant de lui dire avec gentillesse “ tu m’as manqué, tu sais.
– Oui, je sais. Pas d’ma faute hein.”
Par cette simple phrase on n’aurait pu deviner si elle était d’humeur moqueuse ou rancunière vis-à-vis de la blessure qu’il lui avait infligée il y a quelques mois de cela.
– “ J’y penserai, à l’avenir.
– Tu n’as pas promis, c’est bien !
– Quelle idée de ne pas tenir ses promesses, aussi.
– Je vous le demande !”

Au milieu des champs bercés par le brouillard apparut une usine, plongée dans les blanches volutes qui s’échappaient de ses cheminées. L’héroïne la suivit du regard quelques instants, agita la main comme pour chasser un moustique et fit ainsi disparaître l’édifice, ramenant la quiétude qu’elle recherhait sur ce paysage.
Lui se sentait enfant, face à cette flamboyante demoiselle qui conservait ses secrets.
– “ Tu cherches quoi dire, on dirait !
– Oui, tu m’intimides, maintenant.
– Il n’y a pas de raison pourtant. Tu ferais bien de retrouver cet esprit littéraire et cinéphile qui t’allait si bien ”, dit-elle avec douceur.
– “ Après la PACES.
– Après la PACES. Cruelle année qui te prive d’un peu de tes libertés, et pourtant… tu en es bien heureux.
– Oui, il me faut l’avouer, je me sens bien, vraiment. Rien ne concourt à me contrarier. Comme on me l’a si bien dit autrefois, il faut aller de l’avant.
– Ça fait au moins une chose qu’elle avait raison de te dire… Je sais, il y en a eu d’autres, je te taquine. Après tout, ce n’était pas quelqu’un de mauvais.”

Dans le compartiment, un enfant et sa soeur s’amusent à raconter ensemble une histoire dont ils inventent la suite au fil de leurs mots. C’est une scène pleine de candeur et de sincérité naturellement infantiles.
– “ Tu sais à qui tu me fais penser ?
– Non, déjà que tu me penses littéralement !
– À Ruby.
– Cette cousine ! Tu sais que j’ai beaucoup aimé cette histoire ?
– Je m’en serais douté, on dirait presque toi.
– À la différence que je reste libre”, dit-elle avant de lui donner une petite pichenette sur la joue avec l’index.
– “ Où est-ce que ce train t’emmène ?
– Je ne sais pas. Là où tu pourras toujours faire appel à moi.
– C’est gentil ”, dit-il en souriant. “ Et désolé pour la fois précédente. Je n’ai pas osé venir à ta rencontre après cela.
– Ça peut se comprendre, tu avais trop honte. Et dieu sait si tu avais raison. Néanmoins, eh, elle ne me va pas si mal, cette balafre ! Et puis comme tu le dis, il ne s’agit que d’une cicatrice apparenant à mon vécu, à ce que je suis aujourd’hui, donc il me faut vivre avec et ne pas la renier.
– J’y penserai !
– Tu n’as encore pas promis, tu apprends vite.
– Ça me fait du bien d’écrire, de t’écrire.
– Ça me fait plaisir aussi.
– Tu évolues et j’ai toujours les mêmes peurs, les mêmes faiblesses. Les autres, la perte. Au moins, avec toi c’est un peu différent.
– Attention, tu tombes à nouveau dans le mélodrame. Tâche ne pas trop t’attacher à cela, ça te fera du bien et t’aidera à encore plus aller de l’avant.
– C’est difficile.
– Mais tu essaieras, dans un premier temps tu échoueras et ensuite, petit à petit, tu y parviendras. Tu ne peux pas continuer à souffrir ainsi comme un bébé !
– Tu as raison.
– Evidemment. Ça m’a fait plaisir de te revoir.
– Moi de même, ma chère !
– Tss, là tu triches ! Mais soit.”
Alors qu’elle tendait la main pour récupérer son thermos posé sur le rebord de la fenêtre, il remarqua sur son poignet gauche un tatouage à l’encre noire. Une cochlée.
– “ Merci pour ça, je l’aime beaucoup !
– Je sais.
– À plus tard, et bon vent.”
Elle posa quelques instants son front contre celui de son interloctueur et disparu doucement dans l’air, laissant une infime odeur de fleur flotter dans l’atmosphère.

Jessica Dube