Je me rappelle d’une librairie et d’un piano. Pas séparément, d’un piano qui se trouvait dans une librairie. Celle-ci siégeait au coeur de Paris et de ses lumières, en-face-mais-pas-vraiment de la Cathédrale Notre-Dame. Il fallait bien s’attendre à entendre de la musique lorsqu’on mettait le pied sur la pierre froide du Shakespeare & Co. bookshop, puisqu’il y avait un videur à l’entrée. C’est la première fois qu’on m’empêche d’entrer dans une librairie car cell-ci était trop bondée. C’est fou. Folie et démesure parisienne, un peu, attrait touristique du lieu, beaucoup. La première fois que j’y suis entré c’était au début de la décennie et personne ne bloquait l’entrée. Durant ces temps, je n’avais jamais entendu parler de Game of Thrones. Aujourd’hui, je suis ressorti de l’endroit avec une copie du 4è tome d’A Song of Ice and Fire. C’est assez intimidant comme rencontre. Des livres partout, tellement qu’ils pourraient nous tomber sur la tête. Une échelle sur roues, adossée à un mur pour accéder aux rayons les plus hauts, je ne pensais pas que cela existait hors d’Harry Potter et de la boutique d’Ollivander. Au rez-de-chaussée se trouvent les ouvrages et collections les plus connues, les plus demandées, les plus modernes. C’est là qu’on trouve des oeuvres aux couvertures hautes en couleur, plastifiées, empilées. Le plus commercial. C’est normal, le but d’une librairie reste de vendre des livres. Pour peu qu’on prenne la peine et qu’on trouve la curiosité de franchir les premières arcades, on pourra apercevoir dans un recoin de la librairie un vieil escalier en bois. Il semble provenir d’un autre âge, mais ses marches sont solides malgré les grincements qu’elles fournissent.

 

A l’étage, l’atmosphère est toute autre. Mise à part une portion du couloir, aucun livre présent dans les étagères n’est à vendre. Tous ces brins de culture anglophone sont disponibles et recommandés pour lecture personnelle, mais aucun ne devra sortir de ces quatre petits murs. Lecture libre et encouragée sur l’un des vieux canapés présents entre deux étagères. Un gros matou sera peut-être même attiré par le bruit des pages qui se tournent et s’endormira là où on lui fera de la place. Convient-il de lire à voix haute pour faire profiter le félin des mots qu’on parcourt ?

Dans un autre recoin de l’étage, derrière un dernier renfoncement, un piano. Ses touches jaunies et son bois craquelé le témoignent bien, l’instrument s’est enraciné là depuis plus d’une vie de musicien. Qu’importe, des mains plus ou moins jeunes glissent de temps à autre sur le clavier. Même si quelques touches sont sourdes et que les pédales grincent, les notes qui s’enchaînent confèrent à la pièce un apaisant silence humain. Quelques personnes viennent pour écouter, d’autres pour lire, d’autres viennent pour venir. Une bulle de silence musical qui fait oublier le reste du monde est une belle destination. Quiconque faisant oublier le monde est une belle destination.

Les livres qui couvrent les murs, là-haut, sont méconnus. Certains titres sonnent à notre oreille comme une association de syllabes qu’on aurait déjà entendue, avec plus ou moins de véracité. Les couvertures sont moins colorées et il n’y figure généralement aucun résumé. Simplement le titre. Et encore. En plus de ces légères nuances colorées qui tiennent lieu de reliures, la pièce que l’on va appeler salon est remplie d’une odeur de vieux papier. Les milliers et milliers de pages qui se trouvent entre ces murs, c’est tout bonnement affolant…

On trouve des machines à écrire avec, parfois, des bribes de phrases en haut d’une feuille, faiblement éclairée par une vieille lampe poussiéreuse. Un mur sert de point d’accroche pour de nombreux papiers porteurs, d’un nom, d’une date, parfois d’une photo. Ce coin lumineux sert à la fois de mémorial pour des inconnus vivants, et de lieu de rencontre.

 

Tel est le portrait du Shakespeare & Company Bookshop, situé sur les quais de Seine, en-face-mais-pas-vraiment de la Cathédrale Notre-Dame.

 

Bien plus qu’une librairie ou qu’une attraction touristique, cet endroit est une parenthèse au coeur de Paris. Une bulle de solitude accompagnée d’ouvrages vieux comme le temps voire antérieurs, tapissée de quelques notes et d’autres lecteurs, enfouis dans leur canapé-bulle. Un groupe de gens souvent solitaires qui se retrouvent entre les pages. C’est une belle image, un bel instant de calme hors des fourmis de Paris qui s’agitent dans tous les sens. Même lorsque la fenêtre de l’étage est ouverte, les sons habituellement assourdissants de la ville ne sont plus si agressifs.

 

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L’avantage de tenir un journal est qu’on peut y retrouver des souvenirs afin de donner du corps à un article tel que celui-ci. Depuis le 15 mai 2013, dernier écrit en date sur ce blog, que s’est-il passé ? Bien trop de choses ne nécessitant pas d’être racontées. Oula. Je viens d’ouvrir le journal de l’an dernier, ça fait vraiment trop de choses.

 

Tiens, parlons de Londres puisqu’après tout, j’y ai posé les pieds durant quelques jours à la fin du mois de juin, 2013. Celui-ci était déjà merveilleusement fourni avec un concert d’une Muse. Haut en couleurs et en théâtre, ce spectacle.

Londres, donc. Une ville qui, en bonne capitale, se veut similaire et pourtant tellement différente de Paris. Imposante, grisante de par sa taille. Toutefois, l’attitude des londoniens, l’organisation, l’architecture n’ont rien à voir. Etrange paradoxe que de se sentir dépaysé en ville, pour un citadin. La quantité de taxis tous identiques fait tourner la tête, la folie des bus rouges semble quasiment magique. Se retrouver devant des monuments que je n’avais jusque là qu’aperçus sur des cartes postales procure un sentiment étrange et agréable. Je me plais à pouvoir contempler le Tower Bridge, Buckingham Palace et ‘Big Ben’ en bon touriste. J’aime les rues anglaises qui semblent calmes et d’une toute autre atmosphère que les trottoirs parisiens.

Passage dans un musée rempli de formol contenant diverses pièces anatomiques. Inhabituel comme visite mais il s’agit d’une découverte intéressée.

 

Durant quelques heures, je décide de me faire accompagner par les vers de Shakespeare et assiste donc à une représentation de Macbeth. Je l’attendais avec impatience. Entendre des lignes si folles et si fortes, se laisser aller au sein du décor et du jeu des acteurs, tout ça sous la plume d’un certain William. Ecrire des pièces de théâtre et inventer des vies, des rôles,  des expressions et dialogues ; trouver chaque mot adéquat pour conserver une part de l’attention du lecteur.

La réincarnation de l’auteur aidée par le metteur en scène nous tient en haleine sous le ciel londonien — le Shakespeare’s Globe est un théâtre à ciel ouvert — jusqu’aux dernières lignes de la pièce. Personnages loufoques, modernisés et pourtant enchaînés à leur texte. la beauté de l’adaptation est qu’ils font de leurs liens autant de rubans leur permettant de danser, de jouer, de vivre le texte dans son contexte, et dans leur contexte.

 

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La vie est comme un voyage en train. On peut être tenté de se questionner sur la destination. Imaginons qu’on nous propulse dans un TGV, de nuit, sans savoir où l’on va. Un réflexe humain serait de déterminer la destination ainsi que l’heure. Lucy le dit avec adresse : « Nous avons codifié notre existence pour la ramener à échelle humaine ». Briser la beauté d’un mystère et d’une inconnue nocturne. L’ignorance est extase. N’avoir aucun indice sur ce qui se trouve dans l’obscurité au-dehors du train permet de l’imaginer. Des champs, des monts, une rangée de coquelicots sur le bord de la voie, épuisés par le souffle des machines. Une douce courbe en bord de mer, la profonde et grisante hauteur d’une vallée, invisibles. Invisibles et pourtant susceptibles d’être imaginées.

A noter que dans la nuit, un regard vers la fenêtre, en plus de l’obscurité, nous présente une seule chose : notre propre reflet. L’inconnu nous appartient, nous sommes libres de le modeler à la guise de nos pensées. Ce n’est pas dangereux pour la santé, vous pouvez essayer. L’imagination procure une petite sensation de plénitude quand on s’y laisse porter. On finit par ne plus garder les pieds sur Terre, oublier nos sens l’espace d’une minute qui se rallonge.

 

Pour quelle raison devrions-nous nous borner à accepter la vie telle qu’elle est ? À quoi peut bien servir la vie, si tant est qu’elle soit utile à quelque chose d’autre qu’exister, se vivre.

La raison d’être est une question continue à laquelle on n’a de cesse de chercher une nouvelle réponse. D’essayer, au moins. L’Homme dispose apparemment du libre-arbitre, chacun a donc la possibilité de se trouver une ou plusieurs raisons de vivre. Le sens de la vie c’est peut-être simplement de trouver quelque chose à en faire.

 

 

 

Mogwai est un groupe d’artistes dont les compositions sont majoritairement instrumentales. On se rencontre à travers les créations de ce genre que la voix est un bonus sans être nécessaire pour faire ressentir quoi que ce soit. Les instruments disposent chacun d’une importante richesse de sons, associés ils ne forment qu’une mosaïque plus vaste. Les musiciens sont pareils à des peintres avec leur palette. On leur déconseille simplement de trop colorer les touches de leur piano.

Les couleurs restent dans leur esprit et se transmettent à l’auditeur. Le plus souvent, elles sont altérées. La libre interprétation est ce qui donne sa beauté à un morceau de musique. Chacun a sa façon de l’écouter.

Mogwai produit donc de longs albums instrumentaux, qui ressemblent parfois à une bande-son qu’on pourrait imprimer en filigrane sur une vie. Personnellement, ils m’aident à m’isoler et me concentrer, m’enfermant dans leur continuelle bulle musicale.

Leur chanson : This Messiah Needs Watching

 

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J’ai récemment (re)découvert le groupe Archive à l’occasion de leur dernier album et court-métrage. Ou long, je n’ai aucune idée de la durée limite. Étrangement appelé Axiom, on y découvre rien qu’au son une histoire en plusieurs chapitres. Le film qui s’y associe ne fait que rajouter des images à la composition. Le visuel et le sonore sont indissociables et pourtant chacun pourrait parfaitement se voir sans l’autre. Des passages vocaux permettent d’imaginer des personnages, les images ne font que leur donner un peu de consistance en deux dimensions et niveaux de gris. C’est une oeuvre intéressante traitant justement du son, de la voix, du dialogue, de l’écoute. On retrouve un bout de 1984 avec un système dystocique organisé autour d’une cloche. On oblige les gens à écouter son chant et celui du « Big Brother ». La différence est la suivante. Là où on avait « Big Brother vous regarde », on se retrouve avec « Écoutez-moi ainsi que le chant d’Axiom ».

J’aime beaucoup cette différence et ces similitudes. Le rapport aux sens. Les distorted angels sont les rebelles de ce monde imaginé, ceux qui refusent d’écouter et qui vont jusqu’à se brûler les tympans à l’acide pour ne plus rien entendre. Être libérés du discours de leur despote et avoir la possibilité d’imaginer autant de sons que possible, imaginer une explosion de musiques.

Leur chanson : Controlling Crowds

 

Petit parallèle avec un passage du film Another Earth, « The Russian Cosmonaut » : un simple son, rythmé, un cliquetis d’origine inconnue dans une minuscule capsule spatiale, que le personnage parvient à gorger d’imagination, d’interprétation, pour finir par créer une composition musicale autour. Entourer la réalité par l’imaginaire. Une autre façon de voir le monde et de le rendre plaisant ou différent.

 

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Je n’aime pas finir par associer un morceau à un souvenir. Ce lien devient généralement trop important, des bribes d’images réelles reviennent en tête dès les premières notes, la composition perd son sens et ne vit plus que par le souvenir d’un moment égaré. Plaisant sur le moment, néanmoins on gagne en mémoire pour perdre en nouveauté. Donnant-donnant. Ignorer la musique pour mieux se rappeler d’autre chose, se nourrir des notes pour les recracher en pensées vécues encore et encore.

 

 

 

On m’avait recommandé à plusieurs reprises L’Alchimiste, de P. Coelho. J’en avais entendu beaucoup de bien donc j’en attendais forcément beaucoup. L’ensemble du livre s’est conforté à cette opinion : à travers des métaphores qui s’enchaînent, l’auteur nous donne des leçons de morale, chapitre après chapitre. Nous instruit sur la façon d’appréhender la vie et les expériences qu’on rencontre, le voyage, l’objectif à rechercher, la justesse des choix. C’est un bon ouvrage. Mon seul regret est que P. Coelho semble se perdre dans ses pensées au fil du livre et que le final a l’effet d’un pétard mouillé. Comme s’il n’avait pas vraiment d’idée sur la façon d’achever son récit, « donc voilà« . Je ne sais pas, au vu du livre je m’attendais à autre chose, mieux. Là, c’est juste le point qui termine une phrase. Fade.

 

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Richard Linklater, le réalisateur et scénariste de Boyhood, a eu une idée : et si on regardait un acteur grandir à l’écran ? Rien à voir avec le Truman Show, il s’agit ici d’un long-métrage presque documentaire sur la vraie vie d’un vrai enfant, adolescent et jeune adulte. Il a pour cela recruté un enfant de 6 ans qu’il a suivi durant douze ans. Chaque année, il filmait quelques scènes avec le protagoniste et sa famille fictive, de façon à voir les acteurs progresser autant que le scénario qu’il avait écrit.

Le simple fait que la croissance du personnage soit réelle (et donc réaliste) et non pas la conséquence d’un recrutement de plusieurs acteurs d’âges différents donne au film une force intéressante. C’est plus facile de se reconnaître et de s’attacher quand les personnages semblent vivre pour de bon. Mason est un garçon qui suit les déboires familiaux de sa mère et qui cherche en même temps à se construire au travers de rencontres, de déceptions et de réussites. C’est un film qu’on comprend, qui a du charme. Les 2h45 passent sans sentir les aiguilles tourner et la bande-son est plus qu’adéquate et merveilleusement bien choisie. Une réussite, à voir, ça ne sera pas une perte de temps.

 

 

Her est un film de Spike Jonze qui raconte l’histoire, peut-être réelle dans quelques décennies, de Theodore — prononcer à l’anglaise — qui installe un énième assistant personnel sur son ordinateur, à l’instar de Siri. Cette assistante, puisqu’elle est féminine, emprunte la voix de Scarlett Johansson et est bien plus performante que prévu. Il s’agit presque d’une humaine virtuelle qui va évoluer, développer des sentiments… au-delà de la fiction de l’intelligence artificielle et du jeu de l’acteur principal, j’ai trouvé en ce film une autre dimension des relations de couple telles qu’habituellement visitées au cinéma. Là où on voit habituellement deux belles personnes courir l’une vers l’autre sur une plage de sable fin, on n’a ici que le protagoniste et son smartphone pour faire passer des émotions aux acteurs. Dans ce film les apparences sont mises de côté, de même que les gestes, et l’accent est mis sur les mots, les conversations, les phrases échangées. C’est un point qui est souvent écarté dans d’autres films où au contraire, les moments intenses sont notés par du silence, des regards, des caresses. Ça témoigne du désintérêt actuel des gens pour les mots. Personne n’a plus envie de décrire ou de mettre quelques syllabes sur une expérience vécue, ça devient désuet.

« Une image vaut plus que mille mots », certes, je pense surtout que ce sont des éléments complémentaires. Une image est colorée, un film procure du mouvement, toutefois ça brise l’imagination. Quand on regarde un film et une scène d’amour, on la prend pour dite et le taux de libre interprétation restant est quasi-nul. La plupart des photos sont accompagnées d’un titre et/ou d’une légende. Les mots sont essentiels, on cherche simplement à les ignorer. J’ai donc beaucoup aimé ce film qui, pour une fois, prend cette idée à contre-courant. C’est plus intéressant.

 

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L’importance des mots et l’une des raisons qui me pousse à continuer d’écrire. Aussi bien ici, sans régularité, que sur un autre blog ou de façon quotidienne dans les pages de mon journal. Surtout dans mon journal. La vie et le temps qui passent sont trop riches pour qu’on ne s’en souvienne pas, pour qu’on n’en parle pas. Donc j’écris. Un peu, pas toujours droit ou correctement, avec des ratures mais j’écris, j’essaie. Je me dis qu’en écrivant dans mon journal, s’il arrive un jour que tout tombe en panne, je pourrais continuer à écrire et à lire. L’importance du manuscrit. Heureusement, en trois ans, j’ai eu le temps d’évoluer. Piètres premiers jours où je décrivais une vie terre-à-terre avec peu d’intérêt — bien qu’un peu de curiosité —, aujourd’hui j’y emmagasine plus de pensées, plus de couleurs. Une par jour, c’est plus agréable, les jours semblent être plus variés. J’y ai toujours glissé des photos et désormais j’y rajoute des places de cinéma, tickets de bus des affiches découpées. Des citations hebdomadaires. Tout ne rentre pas et il est parfois difficile à refermer. Ça se voit sur la tranche, il y a des pages qui débordent. Mais c’est ce qui me plait, encore une fois, je ne cherche pas à me contenter d’aligner des mots. Je cherche à enrichir ces mots pour faire de mes journaux successifs des petits morceaux de vie. Peut-être qu’un jour j’arrêterai, peut-être pas. À voir, mais pour l’instant ça m’aide à raccrocher et à noter au sol mes tentatives d’évasion du monde.

 

Note, il faut que je lise La Disparition — il s’agit d’un roman pour lequel l’auteur n’a jamais utilisé la lettre <e> —. Avant ce point, cet article en contenait 2155.

 

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Parlons Ghibli, un peu, puisqu’en tant de temps il y en a eu. En premier lieu, Le Vent Se Lève, dernier long-métrage de Miyazaki père, Hayao de son petit nom. On suit l’histoire d’un ingénieur japonais dont le rôle est de dessiner les plans des avions de guerre servant lors de la onde guerre mondiale. Il est amené à aller vivre en Allemagne. C’est intéressant de voir une histoire vue du côté que nous Occidentaux avons appris à considérer comme, basiquement, les « méchants ». Ça permet de se rendre compte d’humains. Ce film est aussi une histoire d’amour avec le personnage que va rencontrer le protagoniste, au gré des vents et des flammes. Un film plus terre-à-terre que ceux qu’on peut connaître des studios Ghibli comme Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro ou même, simplement, Arrietty. C’est le premier film de ce réalisateur où je vois une scène durant laquelle deux personnages s’embrassent. les manifestations d’amour et d’attachement sont habituellement plus subtiles, plus discrètes, en tout cas jamais aussi évidentes.

C’est une oeuvre au long de laquelle on peut effectuer une double-lecture : le côté artistique et coloré des dessins contraste avec leur objectif final, la mort de l’adversaire. Par moments on ne sait pas vraiment distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas.

On apprend aussi que les notions de bonheur et de malheur sont relatives à l’individu et que rapportées à un autre contexte ou un autre point de vue, on voit les choses différemment.

 

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Plus récent, Le Conte de la princesse Kaguya, d’Isao Takahata. Là, on nous offre un retour dans le mystique et le magique avec une fille dont la naissance se fait au sein d’un pied de bambou. On retrouve ici un semblant de Mononoké associé à Nausicaä : mademoiselle est amoureuse de la nature et des animaux. Toutefois, on n’y oppose pas la violence humaine qui tend à détruire cette nature, non, ce film s’axe plutôt sur l’impact de l’Homme sur lui-même. Les coutumes, les valeurs, les lois. On note particulièrement à ce film une esthétique particulière et qui tranche avec les oeuvres d’H. Miyazaki. On connaît un style coloré, presque bariolé, aux contours lisses et nets. Ici, on rencontre au contraire des dessins faits au fil du crayon, moins réguliers. J’apprécie cette oxymore entre un univers en permanence plein de magie et le dessin collé au papier. On verrait presque les éclats de la mine de crayon. Je me souviens particulièrement d’une scène où la princesse se met dans une colère telle qu’elle en chamboule l’artiste. Des traits percent l’écran à la façon d’Envi Bilal, le tracé est brusque et violent, ça m’a donné des frissons. On se trouve dans un univers moins enfantin que d’habitude. C’est justement le thème de la confrontation à un monde adulte qui est abordé dans ce film, un monde dont la princesse ne veut pas. Ça fait conte de fée de dire ça.

Il s’agit d’un film assez mature, sombre et là aussi, il contraste avec les autres oeuvres ghibliesques que j’ai vues.

 

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Durant le mois de juillet j’ai passé un week-end à Paris, avec une amie. Le samedi soir, je nous ai emmené vers un bar dont j’avais vaguement entendu parler, en bien, « Le Dernier Bar avant la fin du monde ». Enseigne qui accroche, après avoir suivi quelques rues on se retrouve devant l’entrée. Mon oreille gauche me titille légèrement et je reconnais un rythme, des sonorités distantes que je pense appartenir à des compositions du groupe Fauve. Oui, groupe. Ils donnaient effectivement un concert en plein air devant l’Hôtel de Ville. Vous imaginez sans peine que la place était comble. Néanmoins j’ai tenu à assister à cette prestation, par principe. J’étais parti de l’idée que je n’aimais pas ce groupe, toutefois pour juger il faut un minimum connaître son sujet. Trois morceaux plus tard et un concert achevé, mon impression était confirmé après une performance pleine d’arrogance. Aujourd’hui, je me force à écouter leur second album et à lire leurs textes. Comme ça, on ne pourra pas me reprocher de parler dans le vide.

Tout d’abord, leurs textes, donc. Mis à part les morceaux Loterie, Infirmière, Lettre à Zoé et Vieux Frère qui s’évadent dans des considérations pseudo-positives bien que de courte durée, leurs vers donnent l’impression de sortir d’un chapeau à clichés. Leurs chansons ont toutes le même sens, le même fond, la même structure musicale, désespérément inexistante. Le monde est noir, bah ouais, c’est con.

La même terrible absence de mélodie. C’est le plus insupportable, un ton si lamentablement identique au long de la chanson qu’on croirait écouter du Lana del Rey.

Fauve aurait pu résumer son album en trois chansons et n’aurait pas perdu en contenu. C’est quand même subtil.

Fauve se répète. Pas en permanence, mais trop à mon goût.

Fauve est arrogant. En clamant leur haine de l’humanité, leur rejet réciproque de la société, ils ne font que créer leur groupe à eux. Ça sert à rien de se proclamer indépendants si tout ce qu’on cherche à faire c’est rassembler les foules. Les clichés. Le courage de « chanter » ce que trop pensent tout bas. Faut pas rêver, on est tous pareils. Et je ne cherche pas à écouter un artiste qui se borne à répéter mes pensées. J’ai plutôt comme avis que la musique, c’est l’évasion. Pas la contention. C’est bien français, se plaindre du monde entier.

Conclusion, « ce n’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut se taire ».

 

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12 Years A Slave. Un film vu deux fois, dont une sur grand écran. C’était une séance qui m’a scotché au fauteuil. Difficile de s’en extirper avant la fin du générique. A l’instar d’un chat face à un orage, je me sentais désespérément petit et insignifiant, sans l’aspect de fascination qu’on rencontre sous une cathédrale d’éclairs. On se sent écrasé par un film si prenant qu’il en pèse sur la conscience. J’exagère. C’est un film intense. Deuxième visionnage, ce n’est peut-être pas le meilleur film que j’aie jamais vu. Mais c’est certain qu’il m’a fait énormément d’effet. Une oeuvre intense qui base son rythme sur l’accumulation de contrastes : entre l’obscurité et la lumière, entre le silence et le bruit assourdissant, entre une musique mise au premier plan et de simples sons de la vie et de la nature. C’est un film étrangement coloré et pourvu d’instants assez contemplatifs. De plans fixes et douloureux. Celui de 3mn où C. Ejiofor tient sur la pointe des pieds pour survivre à la corde pendue à son cou alors qu’un semblant de vie indifférente reprend son cours autour de lui, mais aussi sur des pans de nature plus ou moins en mouvement. L’esthétique est superbe.

L’histoire racontée est based on a true story. Ce n’est pas un film divertissant ni qui fait réfléchir — si ce n’est par quelques phrases et réflexions ici ou là —, mais un film qui fait grandir, enrichit d’une expérience. Un rappel d’Histoire et des infinies possibilités de stupidité humaine. Je pense que c’est un film à voir.

 

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Depuis bientôt un an, j’ai en ma possession un appareil photo argentique. Il s’agit d’un Minolta XD-5, datant des années 80. Je l’ai déniché sur une brocante, sans vraiment le chercher. Pas de quoi en faire un coup de foudre, c’était simplement la concrétisation d’une curiosité. Un enclenchement de pellicule plus tard, je constate déjà un changement dans ma façon de prendre des photos. Sachant que le film ne comporte que 24 poses, chaque cliché doit compter. Pas de gâchis. Une photo ratée ou approximative est tout de même perdue.

Je crois que je travaille davantage mes photos. Je prends le temps de chercher l’angle qui me convienne, de faire la mise au point adéquate. Absence de mode automatique, évidemment, tout est manuel. C’est une jolie science, ça me plaît. J’aime beaucoup l’idée que la prise de la photo se fasse sans conversion électronique, que seule une étincelle de chimie entre en jeu.

La lumière entre par l’objectif, suit un ensemble de lentilles avant d’aller réagir de façon plus ou moins importante avec une légère substance déposée sur la pellicule. Et hop, l’image est imprimée. Cette façon de fonctionner paraît plus « réelle » qu’avec un capteur électronique qui convertit la lumière en une aride succession de 0 et de 1. Chaque photo que je prends a plus de sens, de consistance. Du moins j’essaie. Idéalement, je cherche à obtenir la photo parfaite.

Sur un plan plus esthétique, les boîtiers argentiques produisent généralement une sorte de « grain » sur la photo. C’est difficilement descriptible mais c’est un effet qui me plaît.

Depuis un an, je parcours timidement Tours et Paris armé de ce vieil objet. Récemment, j’ai même utilisé un film monochromatique, qui ne résultera qu’en des photos faites de nuances de gris.

« Monochromatique », j’aime particulièrement les mots tels que celui-ci qui prennent instinctivement une coloration particulière.

 

 

 

Avec le temps et un peu de routine musical vient la lassitude. Avec la lassitude vient l’envie de découvrir de nouveaux horizons. Je suis un éternel insatisfait mélodique et culturel, j’ai un besoin fou de découvertes régulières. Ayez merci si je vous dit avoir découvert Massive Attack il y a moins d’un an. Un groupe qui forme à mes oreilles un bouillon varié et atypique — c’est fou comme le mot « bouillon » est totalement dépourvu de charme —. Des voix variées, particulièrement grâce aux artistes ayant participé à l’album Heligoland, un fond musical qui évolue et change entre les morceaux et les mesures, de quoi apporter de l’inhabituel. On retrouve à ce groupe un ensemble qui semble — allitération — plutôt recherché, qui ne se lance pas dans des sons trop électriques ou marqués pour apporter de la force aux compositions. Massive Attack réussit joliment à jongler entre la présence de la voix et la richesse du fond sonore pour produire quelque chose d’unique.

Leur chanson : Small Time Shot Away

 

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Les illusions d’optique sont une façon de montrer que nous n’avons pas toujours raison. Ou comment un morceau de réalité particulièrement agencé réussir à tromper notre joli réseau de neurones. Je me souviens du motif de Kanizsa où l’on croit discerner un triangle, dont le contour est en partie dessiné par d’autres formes. L’interprétation dont on doit faire preuve dans ce cas est extrêmement importante. Je ne sais plus quel professeur nous avait dit une fois qu’un Homme n’ayant dans sa culture aucune connaissance des lignes droites ne serait pas capable de voir le triangle. Un ordinateur ne serait pas troublé par une illusion d’optique. Un ordinateur ne sait pas « voir », seulement traiter l’information et l’utiliser, pour la transmettre, la stocker. Un ordinateur n’interprète que si on lui apprend à le faire. On pourrait peut-être faire bugguer un ordinateur en lui demandant de compter le nombre de faces d’un ruban de Möbius ou de calculer le volume d’un cube de Penrose. L’Homme et son ego interprètent et jugent l’univers qui les entoure. C’est naturel et on ne peut s’en détacher. la personne la plus bienveillante du monde aura nécessairement un jugement envers les personnes qu’elle rencontrera, un avis fondé sur ses seules perceptions, sur ce qu’il ou elle croit voir. C’est normal. Parfois, l’avis qu’on se fait d’un personne est correct, parfois, il ne l’est pas. Beaucoup de gens sur cette Terre pensent que leur façon d’être et de fonctionner est inaccessible à autrui. Mais les psychiatres ont pris un malin plaisir à mettre l’indiscernable en cases.

Il ne faut pas trop se baser sur la première impression, ou avec discernement. Il ne faut pas se laisser emporter par un soubresaut d’affection ou de désintérêt car après coup, son avis est trop vite biaisé pour être correct. Et puis côtoyer quelqu’un pousse à changer, à incliner son axe de rotation, on fait parfois des choses auparavant considérées comme improbables. Une autre façon de se connaître réside dans la faculté à saisir la façon dont on est perçu par autrui. Ça aide à se construire. La beauté d’une relation, des sentiments et émotions réside toutefois dans le fait que ça ne correspond pas à du rationnel. On s’octroie la liberté de ne pas faire ce qui est simplement bon pour la survie de l’espèce et de l’individu, de se laisser aller vers un peu, un petit peu d’inconnu. Les gens poursuivent — ou pas — des buts différents en élaborant avec plus ou moins de réflexion une relation avec autrui. Les raisons sont aussi variées qu’il y a d’humains sur Terre : besoin d’affection, de sécurité, de présence, d’une oreille, pour d’autres besoin de fournir une présence, besoin de fournir un soutien, d’autres encore besoin charnel, intérêt intellectuel, professionnel, financier, de nouveauté. Besoins, ou envies.

La différence entre un besoin et une envie est que le besoin doit a priori nécessairement être rempli pour que l’individu ait une sensation de bien-être. L’envie est l’expression d’un désir potentiellement oubliable.

Pour ma part, je crois que je transmets un peu trop de mon empathie générale dans mes relations amicales. Vouloir aider et soutenir son prochain. Il y a des personnes qui, simplement, n’aiment pas se sentir soutenues. Et il m’a fallu un temps de recul avant de comprendre que c’était leur version de ce qui était bien pour elles.

En tant qu’humains, capables d’avoir un avis et un point de vue, permettons-nous un instant d’avoir tort et d’accepter plusieurs versions de la vérité. Déjà, « la » vérité. Pourquoi n’y en aurait-il qu’une, particulièrement dans quelque chose qui met en lien deux êtres humains et donc des possibilités multipliées ? Toute vérité n’est pas bonne à dire. Ma vérité l’est peut-être dans un contexte sans l’être dans un autre. La confrontation à un point de vue adverse qui s’avère être plus véridique que le sien est une façon efficace de construire sa personnalité. Un peu de la façon dont une théorie scientifique n’est considérée comme telle que si elle est potentiellement réfutable.

 

 

Les certitudes n’existent pas de façon absolue. Auguste Comte l’avait compris, « tout est relatif ». A. Einstein l’a mis en pratique dans le domaine de la physique, il est facile de l’extrapoler à la psychologie. Une certitude est inhérente à l’instant de sa création, dépend de la personne qui l’émet, des personnes qui la reçoivent, de l’interprétation qu’elles en font. Au lieu d’être si fièrement sûrs de nous-mêmes, remettons-nous en question et l’humain ne s’en verra que plus grandi.

 

 

Concluons cet article en citant un éminent philosophe simiesque de son temps, reconnu bien que peu compris : « regarde au-delà de ce que tu vois ».

 

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