Quatrième et dernière journée — 06.11

Après avoir une nouvelle fois croisé la même mamie et le même groupe de Russes dans la cuisine en avalant mon bol de céréales, je me lance dans la fraîcheur lumineuse de ce lundi matin avec pour objectif de profiter au mieux de cette dernière journée suédoise. Il y a davantage de monde dans les rues, les métros et bus sont plus nombreux, pas de doute, la semaine a bel et bien recommencé.

 

Je grimpe dans le métro au coin de ma rue, ce qui est presque devenu une habitude. Changement de ligne et je me retrouve au terminus, au bord de Stockholm, à l’extrémité du Lidingöbron, le pont de Lidingö qui mène à l’île éponyme. Un peu d’attente saupoudrée des rayons du soleil matinal et je récupère le tramway qui parcourt la côte Sud de l’île. Sur la partie Nord, on trouve une réserve naturelle, sans doute un peu à l’image de Tyresta, mais accessible uniquement en bus et je ne pouvais pas y passer la journée. Une prochaine fois, lors d’un prochain voyage. Dans les tramways suédois, il n’y a pas de machine permettant aux voyageurs de valider leur titre de transport : c’est un agent qui vient avec son valideur voir chaque personne montant dans la rame, une fois que celle-ci est installée. Je ne sais pas trop si mes interlocuteurs du moment ont cru à mon « Hej ! » timidement suédois.
 

Millesgården, une esplanade qui fait face à la baie et accueille un grand nombre de sculptures, est fermée, je descends donc plus loin, à peu près au centre de l’île, à Brevik. Quelques minutes de marche m’amènent autour du lac Kottlasjön. À l’ombre des pins et dans les bras de la forêt silencieuse, la température descends et je retrouve la fraîcheur du début de semaine. Sur les bords du lac se trouvent de nombreux villages et il est impossible d’écarter les bâtiments et autres constructions de ce paysage. Je reprends le tramway et continue jusqu’au terminus, Gåshaga Brygga, qui se trouve à quelques pas du bord de mer. Je m’assieds au bord du quai et contemple l’étendue d’eau qui me fait face. À cet endroit, les îles sont un peu plus éloignées et on est plus facilement frappé par l’ampleur de la baie, du ciel bleu clair et des eaux sombres.
 

Encore une fois, je suis agréablement surpris de constater à quel point il est facile et rapide de s’éloigner du centre-ville de la capitale pour se retrouver dans un endroit si silencieux. Quelques vagues clapotent gentiment contre la jetée, je sens un peu de vent me frapper le visage et je m’accorde quelques minutes pour souffler un peu. L’instant est d’une rare sérénité et frôle tout juste la perfection. Je me sens presque vulnérable, à quelques centimètres au-dessus de ces eaux glacées.
 

 

Je parviens à trouver l’énergie de partir et erre quelque temps sur le petit port qui se trouve à proximité avant de reprendre le tramway en sens inverse, puis de récupérer le métro. Je le quitte en centre-ville et tombe sur un supermarché Hemköp qui propose un très riche bar à salade. Je m’empresse de composer la mienne avant de repartir en direction de Djurgården, en allant cette fois jusqu’à l’extrémité de l’île, bien après le parc Skansen. Je m’égare paisiblement dans les bois, croisant quelques personnes suivant leur propre chemin, seules pour la plupart. J’entends quelques oiseaux piailler dans les branches mais aucun écureuil ne se laisse apercevoir. Mes pas m’amènent à une petite colline, celle-ci est surplombée par un rocher éclairé par les quelques rayons du soleil qui percent à travers les arbres, et j’en fais mon lieu de pause pour midi. Encore une fois, je suis tout seul et même avec les échos du brouhaha citadin en arrière-plan, il est très facile d’apprécier le lieu et l’instant. Je déjeune tranquillement, emmitouflé dans mon manteau, mes gants et mon bonnet, avant de repartir calmement vers le Nord, longeant la côte de l’île que je n’avais pas encore découverte. Sur mon chemin, je rencontre la Femme oeuvrant pour la paix, une statue dédiée à la non-prolifération et au désarmement des armes nucléaires. Une rencontre imprévue mais surprenante et très juste, qui résonne particulièrement avec le prix Nobel de la paix 2017 décerné à l’ICAN, la campagne internationale pour l’abolissement des armes nucléaires.
 

 

Je rejoins les abords du Nordiska Museet et je peux alors reprendre le tramway pour retrouver le centre-ville.

J’ai encore l’espoir de pouvoir découvrir quelques éléments de Stockholm donc je vais rapidement retrouver l’île de l’hôtel, Södermalm, pour marcher jusqu’à l’église Sofia. Je crois que c’est la plus haute de la ville, particulièrement car elle se situe au sommet d’une butte. L’intérieur de l’édifice est plutôt carré-circulaire et je n’y vois pas d’autel, contrairement aux églises qu’on peut rencontrer en France. Je me demande presque si elle sert encore à des offices religieux par le centre est occupé par un orchestre vers lequel sont tournés tous les sièges. Toutefois, je décide de laisser la question sans réponse, ne prenant pas vraiment la peine de déchiffrer le suédois inscrit sur les quelques plaquettes explicatives. Je continue mon exploration jusqu’à Gamla Stan au coeur de laquelle je découvre encore des ruelles, cafés, places et statues. Je me rends à Storkyrkan, juste derrière le musée Nobel, qui est encore ouverte malgré la nuit qui tombe. Elle ressemble davantage aux églises « classiques » avec une forme de croix et un aménagement vaguement identique. À ma grande surprise, j’y trouve aussi une scène digne d’un livre de fantasy avec une statue dite de « St George et le dragon », où monsieur a sauvé la princesse à la condition de convertir la population au christianisme. C’était inattendu.
La nuit est maintenant tombée et les établissements touristiques ferment petit à petit leurs portes. Je me promène un peu sur Helgeandsholmen, petite île coincée derrière Gamla Stan qui comporte le siège du parlement — Riksdaghuset — et le musée médiéval de Stockholm. En bon touriste, je continue mon chemin sur Drottninggatan, longeant toutes les boutiques de souvenirs, malheureusement bien commerciales et peu authentiques — en témoigne le fait qu’elles sont intégralement en anglais —, les grands magasins et leurs baies vitrées. J’achète une carte postale et rejoins Sergels Torg, la place et station centrale de la ville au milieu de laquelle se dresse un obélisque facile à repérer car illuminé d’un rose pétillant, ce qui lui vaut a priori nombre de surnoms par les habitants de Stockholm…
 

Plus tard, je retrouve l’auberge de jeunesse qui s’est brusquement vidée de nombreux convives : nous ne sommes plus que deux dans le dortoir de huit personnes, la cuisine et les couloirs sont vides. Les voyageurs tournent, s’en vont et viennent, chacun vers son tour du monde, vers sa famille, ses amis, ses envies de découvertes, ses plans prévus ou tracés à la hâte, ses idées vagues et sa curiosité.
 

 

Demain, je prends à nouveau l’avion — cette fois pour un trajet direct — afin de retrouver la banlieue parisienne. J’ai du mal à me rendre compte que j’ai plus souvent pris l’avion en un an qu’au cours des 24 années précédentes.
 

 

Je ne pense pas rajouter de paragraphe à cet article, les contrôles de sécurité et l’inévitable pointe de mélancolie du retour mêlée à la joie de retrouver les chats ayant peu d’intérêt. En revanche, je compte bien entamer quelques heures de la prochaine nuit pour en corriger les fautes qui doivent s’y trouver et rajouter quelques détails qui me reviennent en tête.
 

 

Ce premier séjour en Suède se solde par beaucoup de jolis souvenirs, plus d’une pellicule de photos pour inaugurer mon nouvel argentique, quelques mots suédois, d’innombrables et précieuses découvertes et surtout, l’envie d’y revenir. Revenir goûter à la fraîcheur des matinées de Stockholm, à la pénombre de Fotografiska, aux accents inconnus sur des voyelles imprononçables, découvrir les nombreuses îles de l’archipel et les régions se trouvant plus au Nord. À bientôt.
 

J’espère avoir rapidement l’occasion de voyager à nouveau.
 

 

Linguistique :

« Hej ! » — Salut !
« Hur mår du ? » — Comment vas-tu ?
« Jag mår bra ! » — Je vais bien !
« Va ligger Ikea ? » — Où se trouve Ikea ?
« ABBA är mitt favoritband ! » — ABBA est mon groupe préféré !
« Jag älskar dig / arktiskt klimat ! » — Je t’aime / J’aime le climat arctique !
« Tack ! » — Merci !
(Lignes totalement tirées du tableau de « cours rapide de suédois » à l’entrée du Skanstulls Hotel, que je conseille vivement à toute personne souhaitant voyager à bas prix et dans une atmosphère chaleureuse.)

« Tänk på avståndet mellan vagn och plattform när du stiger av ! » — Pensez à la marche en descendant du train !
 

 

Troisième journée — 05.11

Ce matin, j’ai croisé les mêmes personnes qu’hier soir en cuisine. C’est drôle, l’un d’eux était assis exactement au même endroit, devant son ordinateur, à tel point que je me suis demandé s’il n’avait pas passé la nuit ici. Pourquoi pas, après tout ?

Hier soir, après dîner, j’ai rejoint les quais au sud de l’île pour une promenade nocturne, entre les bateaux et les habitations. La rive d’en face est proche et cette fois on ne peut se détacher des sons de la ville. La nuit reste apaisante malgré tout. Je me perds une nouvelle fois, mal orienté.

La petite mamie et la personne l’accompagnant se sont préparé un copieux petit déjeuner, plus que ne pouvait en supporter la table. À l’extérieur, le ciel était d’un gris uni. Je descendis prendre le métro avant de récupérer la plus vieille ligne de tramway de Stockholm encore en service qui m’amène sur Djurgården, quelques minutes après l’ouverture du Nordiska Museet, le musée de l’histoire culturelle de la Suède. J’avais omis cet adjectif, ce fut la première déception de ce voyage. Les expositions étaient, certes, riches et exhaustives mais orientées autour de l’aménagement des maisons suedoises, des habitudes vestimentaires, des jouets, des lampes… Des thèmes auxquels j’ai eu du mal à m’intéresser, ayant déjà peu de prise sur la Suède elle-même. L’une des expositions évoquait toutefois le peuple Sami et particulièrement les détails et éléments linguistiques associés au mélange de cette civilisation aux Suédois vivant plus au sud. C’était très intéressant car j’ignorais totalement l’existance de cette population mais je manquais de recul et de connaissances historiques sur le sujet pour pouvoir, là encore, complément plonger dans le thème. Par ailleurs, je vois là mes limites dans ma maîtrise de l’anglais : j’ai beau le comprendre dans sa globalité, lire des descriptions précises et denses est difficile et rapidement épuisant. Je ressortais un peu frustré de ce musée et ajoutais à ma liste l’Historiska Museet qui promettait d’exposer l’histoire scandinave de façon plus large.

Un peu de marche m’amena à Kungsträdgården, le « jardin du Roi » qui est une longue esplanade menant aux quais et à l’un des ponts reliant l’île de Gamla Stan au continent. En ce dimanche de milieu d’automne, la place était un peu vide mais il ne fait aucun doute qu’elle doit bouillonner d’activité en plein été ou même lors des festivités d’hiver. Non loin de là se situe Strömkajen, point de départ de nombreux ferries à destination d’autres quartiers de la ville, de points plus distants dans l’archipel ou bien proposant de petites croisières de découverte de Stockholm. Je longeai les quais et les bateaux pour me rendre sur Skeppsholmen, « l’île aux bateaux » au nom plus qu’approprié. Le long de l’un des quais se trouve le navire af Chapman, ancien voilier irlandais aujourd’hui reconverti en hôtel d’un blanc éclatant. Il paraissait déjà majestueux, quelques jours plus tôt, aperçu depuis l’autre côté de la ville, il l’est tout autant à quelques mètres seulement. Skeppsholmen a la particularité d’héberger plusieurs familles vivant sur leur bateau. Ceux-ci étaient amarrés de l’autre côté de l’île et bon nombre d’entre eux sont de vieux bateaux ayant subi des rénovations et restaurations pour leur redonner leur prestance d’origine. Un très joli ensemble de toutes les époques.
 

 

 

D’anciens bâtiments jalonnent également les lieux, hauts et imposants, tels qu’une ancienne usine de torpilles ou un restant de chantier naval. L’île accueille également plusieurs musées. Sur l’une des places, faisant face à un restaurant fermé pour le moment, se trouve une sorte de borne autour de laquelle étaient accrochées toutes les boîtes aux lettres bariolées correspondant aux différents habitants des bateaux. De nombreuses ancres sont posées sur les quais, comme des monuments à l’honneur de navires oubliés. Je continuai mon chemin jusqu’à Kastellholmen, accessible à pied, qui comporte un château du XIXè siècle, de brique rouge, faisant face au vent avec un drapeau suédois flottant à son sommet. Cette petite île forme une butte, aussi quand on se retrouve de l’autre côté du château on domine une bonne part de la baie de Stockholm, c’est un très joli point de vue. Enfin, tout au bout de l’île se trouve le bateau tre kronor, dédié à l’éducation et à la découverte de la mer Baltique, qui a été bâti selon d’anciennes techniques et qui était actuellement en cours d’aménagement. Un chantier naval a toujours quelque chose d’un peu magique.
Le ciel est un peu terne et malgré une superbe vue sur les autres pans de la ville, je ne parviens pas à en faire de jolies photos. N’ouvrant qu’à ƒ/3.5, l’objectif qui m’aurait permis de prendre quelques images avec un plus grand angle peine un peu à absorber suffisamment de lumière. Fort heureusement, j’utilise avec succès mon 50mm ƒ/1.4 pour obtenir des images correctes. C’est lors de mes pas sur cette île que je finis les 36 poses de ma pellicule couleur.
 

Projetant de visiter le musée Nobel et les églises de Gamla Stan, je m’attardais dans la vieille ville pour prendre un chocolat chaud — qui n’a rien d’une spécialité suédoise — avant de m’apercevoir que l’Historiska Museet, comme le Nobel, étaient fermés le lendemain. Je repris donc en vitesse le métro pour rejoindre la place Karlaplan et son grand plan d’eau, malheureusement vide à cette période de l’année. Quelques mètres plus tard, j’entre — gratuitement — dans l’Historiska et je parcours avec joie les différentes expositions évoquant le passé de la Suède. Une première partie se concentre sur les Vikings, leur mode de vie et les rites qu’ils mettaient en oeuvre. Les archéologues et historiens font un lourd travail de déductions et de suppositions pour établir des faits historiques. Il m’a surpris d’apprendre qu’ils étaient par exemple souvent inhumés avec un bateau, des rênes afin de leur garantir un moyen de se déplacer pour la suite. Il est assez fascinant de constater que les religions et croyances façonnent les grandes lignes de l’Histoire. Une autre portion du musée s’intéresse à la préhistoire et enfin, le reste du musée évoque les différents règnes, massacres, changements religieux. Là encore, sur le long terme, c’est l’utilisation de l’anglais, trop usant pour ma petite tête, qui m’a empêché de m’intéresser à la totalité des connaissances disponibles. On trouve dans ce musée le plus vieil orgue au monde.
 

Après cette parenthèse historique, je retrouvais le musée Nobel — entre temps, l’esplanade lui faisant face s’était pourvue d’un grand sapin — et entraide juste à temps pour une visite guidée en anglais. Un jeune homme passionné et barbu nous a conté l’histoire et les particularités de cette récompense unique. Par exemple, quelques personnes ont déjà reçu deux prix Nobel, comme Marie Curie, et Einstein ne l’a pas obtenu pour ses recherches préférées, celles-ci étant trop controversées. Il est possible de refuser la récompense financière mais impossible de refuser le prix dont on est lauréat quoi qu’il advienne. J’ai appris qu’on ne pouvait qu’être nominé par un pair, pas soi-même, que des personnes comme Hitler ou Trump avaient été nominées pour recevoir le prix Nobel de la paix, et que les lauréats obtenaient la gratuité d’accès au musée. Dans les couloirs du musée se trouvent différents objets ayant appartenu aux lauréats, tels que la balance ayant servi à Marie Curie, les lunettes et des écrits du Dalaï-lama, etc.

Évidemment, toute une partie du musée s’intéresse à Nobel lui-même. C’est une visite simple, exhaustive et agréable.
 

 

 

La nuit étant tombée, j’en profitais pour parcourir les rues pavées et illuminées de Gamla Stan, découvrant des murs, places et ruelles inconnues.

La journée se termine en rejoignant Södermalm au travers du quartier Slussen en rénovation — ce qui impliquait la fermeture du musée de la ville — et en suivant les quais jusqu’à Fotografiska, avant de retrouver les buildings modernes et lumineux du centre-ville puis l’auberge.
Demain, pour la dernière journée, j’aimerais rejoindre Lidingö et peut-être apercevoir les statues de Millesgården. Si le temps le permet — ce sera sans doute le cas — j’irai me perdre dans les bois de Djurgården, à la recherche d’un écureuil.

 

 

Deuxième journée — 04.11

Une nouvelle fois, je me réveille vers 8h, avec quelques nouveaux voisins. Dans les couloirs, je croise une dame assez âgée, ayant sans doute plus de 80 ans. La jeunesse, c’est dans la tête. En mettant les pieds à l’extérieur, ce matin, il fait plus doux que la veille mais quelques gouttes de pluie sont également présentes. J’hésite, craignant de me retrouver sous la pluie dans la forêt et pas assez rassuré par l’incertitude de mon application météo. L’hésitation est de courte durée et je rejoins l’arrêt de bus qui me porte en un peu moins d’une heure hors de la banlieue de Stockholm, à l’extrémité d’un dernier paquet de maisons. Elles ont beaucoup de points communs entre elles : pour la plupart, elles sont d’une couleur ocre avec un large liseré blanc entourant chaque mur ainsi que le toit. Elles semblent chaleureuses et pensées pour résister à l’hiver.
Le parking se situant à l’entrée du parc étant en travaux, il me faut parcourir quelques kilomètres avant de le rejoindre. Sur la vingtaine de voyageurs que comptait le bus au départ, nous ne sommes que trois à descendre au terminus. Un couple de jeunes adultes marche devant moi, plus énergiques que moi, je les perds petit à petit de vue.
Hormis le passage de quelques voitures sur la route toute proche, la campagne est vide et silencieuse. Elle procure à elle seule un gentil bol d’air frais.

Je suis le chemin qui finit par donner sur Tyresta By, le hameau tenu comme étant l’une des entrées dans le parc. Là encore, l’endroit est paisible, calme, et chaleureux. Après m’être délesté de 20kr pour me procurer une carte des lieux, je pars à l’aventure sur le chemin le plus proche. Celui serpente doucement dans la forêt en longeant un ruisseau en contrebas. En suivant le flanc de la petite montagne à ma gauche, j’arrive au bord du premier lac, Bylsjön. La vue y est splendide, l’eau reflète doucement les arbres et les nuages qui filent dans le ciel, et le silence n’est rompu que par quelques bruits de pas et rires d’enfants. Après quelques minutes d’admiration et autant de photos, je continue à m’enfoncer dans le parc avec pour objectif de rejoindre un deuxième lac, Stensjön. Le chemin se divise et cède brusquement la place à un sentier tout juste balisé qui s’aventure dans la forêt.
 

 

 

Par endroits, le sol est imbibé d’eau, on trouve parfois quelques planches qui aménagent un passage. Encore quelques clichés. En l’espace de quelques mètres, la forêt luxuriante s’efface pour me laisser face à une étendue de roches et de sapins, de laquelle émergent quelques pins brulés. C’est Brandområdet, la « zone d’incendie », correspondant à un feu de forêt ayant eu lieu en 1999. On ne peut pas exactement parler de désolation puisque de jeunes sapins reprennent doucement le dessus sur les rochers, cependant le ciel est soudainement dégagé de toute branche et on voit apparaître un labyrinthe valloné constitué d’arbres morts, secs et de roche grise polie par le vent et le temps. C’est le seul endroit du parc dont il est difficile de rendre compte avec une image. Quelques groupes de Suédois se sont posés sur les différentes hauteurs afin d’admirer la vue que je renonce à photographier.
 

Cette portion du chemin est plus pénible que je l’aurais crue, la terre meuble ayant laissé la place à un sol dur et lisse, un paysage grisonnant au sein duquel les balises sont moins évidentes à remarquer. Aux points les plus hauts du parcours, je remarque quelques tas de pierres empilées, témoins du temps, des souvenirs, des marcheurs passés par là. J’arrive au bout de mes peines et retrouve ce deuxième lac, bien plus grand que le premier. La vue y est tout aussi belle, je ne suis d’ailleurs pas le seul à en profiter. Un petit groupe s’est posé en bordure du lac et prépare de quoi bivouaquer. Les nuages sont un peu plus présents dans le ciel et je dois à présent choisir quel voie emprunter. Continuer vers un troisième lac ou clore la boucle pour retrouver l’entrée de la réserve ?

Le soleil devant se coucher un peu avant 16h et n’ayant pas envie de me retrouver dans cet endroit aussi splendide qu’inconnu après la nuit tombée, je décide de rentrer. J’emprunte une première portion assez vallonée et elle aussi, discrètement balisée. J’ai perdu quelques fois le chemin de vue et il est alors difficile de savoir si on se trouve sur le sentier indiqué sur la carte ou bien sur une trace laissée par de nombreux voyageurs égarés auparavant. Je traverse à nouveau une autre portion de la forêt carbonisée, seul avec mes pensées et mon appareil photo. Les premières gouttes de pluie tombent et font doucement sonner l’environnement. Dans cette grande étendue désolée, le silence est pesant, la solitude omniprésente mais exquise, face à la nature.
 

Au son des arbres qui craquent et gémissent au gré du vent, je longe un troisième lac, Årsjön, que je peux admirer depuis les hauteurs avant que le chemin ne descende plus bas. Un petit kilomètre plus loin, mes narines perçoivent le parfum de chamallows grillés et je traverse l’un des sites de bivouac du parc. Une vingtaine de personne s’y trouve, toutes ne semblent pas avoir de tente. Un feu crépite non loin de la cabane ouverte qui fait office d’abri. Les rires sonnent dans l’air. Je continue mon chemin et croise un panneau indiquant la direction Ved, le site pour les campeurs souhaitant récupérer du bois.
 

 

 

La luminosité n’a pas beaucoup évolué depuis mon arrivée. Les rayons du soleil couchant traversent un bosquet de bouleaux et illuminent les lieux d’une délicate blancheur. Je range mon appareil photo pour qu’il ne subisse pas trop la pluie. Quelques dizaines de minutes plus tard, je retrouve le premier lac de la journée, puis le chemin que j’ai emprunté à l’aller. La nuit tombe et je suis content de mon périple. Découvrir cet endroit alors que les journées sont plus longues, ou au cours de l’hiver quand les lacs s’immobilisent sous la glace et que le givre recouvre les arbres et les étendues d’herbes doit être une opportunité fantastique. J’imagine que c’est un univers qui évolue énormément en fonction des saisons.

Cette journée constitua une très jolie promenade dans un lieu très paisible et ne se situant pourtant qu’à une quinzaine de kilomètres de la capitale. J’ai manqué à plusieurs reprises de me retrouver le nez par terre ou dans l’eau mais Tyresta m’a offert de beaux souvenirs.

Les jours passent, les uns après les autres, et j’ai de plus en plus envie de revenir en Suède.

 

 

Première matinée – 03.11

Pour cette première nuit, je n’avais pas souhaité mettre de réveil. J’ai bien émergé du sommeil quelques fois au cours de la nuit : un nouvel arrivant a pris possession de son lit bien après minuit, ma voisine de chambre était malade et l’un des voyageurs est parti très tôt. J’avais noté que le soleil se lèverait un peu plus tôt qu’en France, vers 7h. J’ai ouvert les yeux un peu avant 8h, c’était l’idéal. Mon téléphone annonçait une température légèrement négative, la première de l’année pour moi.

Une fois dehors, j’ai à nouveau parcouru l’île Södermalm où je me trouvais, jusqu’à rejoindre l’île Stadsholmen, littéralement « île de la cité », sur laquelle s’étend Gamla Stan, la vieille ville. Il était encore tôt et les rayons du soleil peinaient à se frayer un chemin dans les rues étroites et réchauffaient doucement les pavés. Les places étaient quasiment vides, le silence régnant entre les vieux bâtiments colorés. L’atmosphère était extrêmement paisible. D’une certaine façon, j’y retrouvais le charme de St Malo où l’activité bouillonnante du soir cédait la place à quelques promeneurs au matin. Je passai devant le musée Nobel, fermé, ainsi que devant la Tyska Kyrkan — église allemande — et la Storkyrkan — « grande église », ou église St Nicolas — fermées elles aussi. Bien évidemment, je ne pouvais pas louper le palais de Stockholm, modestement érigé devant une grande esplanade et j’ai retrouvé les quais faisant face à l’île voisine de Skeppsholmen, profitant de l’occasion pour photographier le magnifique navire d’un blanc éclatant qui y était amarré. La vue était splendide.
 

 

J’ai continué mon chemin, bonnet sur la tête, jusqu’à rejoindre les jardins de l’Observatoire qui m’offrirent une vue très étendue sur les quartiers Nord de Stockholm. Après cette petite pause avec vue sur les toits de la ville, chemin en sens inverse jusqu’à rejoindre les quais le long de l’avenue Strandvägen que j’ai suivie jusqu’à rejoindre l’île de Djurgården.

L’intérêt principal de l’île est Skansen, qui consiste en une reconstitution de bâtiments et de scènes de vie datant d’une autre époque de la Suède. On y rencontre des personnes en costumes d’époque qui participent à nous présenter l’email façon d’exercer des métiers d’autrefois : apothicaire, boulanger, souffleur de verre, etc.
 

J’ai passé du temps dans (la reconstitution d’) un vieil atelier de mécanique rempli d’outils et de machines en tous genres, avec le cliquetis régulier d’une ancienne pendule qui oscillait dans un coin, seule dans un silence surprenant. Un régal pour les sens et pour la pellicule photo. Après cela, j’ai erré sur les chemins qui serpentaient le long de l’histoire du pays, rencontrant une école de plus de 200 ans — à cette époque, pour pallier leur bas salaire, les professeurs conjugaient souvent leur emploi avec celui d’apiculteur —, le plus haut beffroi de Suède, un moulin tombant en ruines, de vieux manoirs et d’anciens jardins, et bien d’autres témoins du temps qui passe. Un paon s’est mêlé à la visite ainsi que quelques oiseaux. En revanche, je suis un peu triste de ne pas avoir croisé d’écureuil. La deuxième partie du parc consiste en un zoo qui me permit d’apercecoir des loups, lynx, bisons et élans, tous très élégants, mais qui seraient sans aucun doute mieux dans un environnement plus vaste et naturel.

L’île offre de très jolis points vue. Skansen se trouvant sur une sorte de colline, il est très facile d’apercevoir d’autres quartiers de Stockholm.

En sortant du parc, j’ai directement rejoint le Vasamuseet, dédié au navire Vasa qui coula en 1628 dans la baie de Stockholm. Il était destiné à rejoindre la flotte de guerre du roi mais, souffrant de défauts de conception, il n’a pas résisté aux premiers vents de son voyage inaugural et s’est donc enfoui sous les eaux à la sortie du port. Oups. Le navire fut oublié pendant des siècles jusqu’à ce que l’idée de le renflouer soit remise au goût du jour par un plongeur particulier dans les années 1960. Quelques dizaines d’années plus tard, le Vasa est aujourd’hui l’un des plus gros objets historiques encore conservé, et subit continuellement des efforts de restauration afin de le maintenir debout. Le musée s’organise littéralement autour du bateau, sur les quatre étages de sa hauteur (!). Outre l’histoire du navire, on explore les histoires liées aux objets retrouvés à bord ou alentour lors des fouilles, les éléments de la société suédoise contemporaine à sa construction — le rôle des femmes, l’organisation du chantier, etc. — ainsi que les informations étudiées ou devinées sur les squelettes des trente personnes noyées lors du naufrage. C’est un musée assez intéressant : il couvre un sujet très précis mais je crois qu’il n’a clairement pas sa pareille.
 

Ma journée semble vide. Elle s’est finie un peu plus tôt qu’hier. Ayant sans cesse marché d’un lieu à l’autre, je suis content de me poser un petit peu pour écrire, actuellement assis à une table sous les photos de Stockholm du jeune David Thomsson. Je vais sans doute sortir à nouveau ce soir, pour tâcher de découvrir la ville sous une autre lumière que celle du soleil. Demain, je rejoindrai le parc Tyresta pour m’accorder quelques heures dans une poche de nature élégante et isolée.
 

 

Premier bout de journée – 02.11

Le réveil sonna à six heures, ce matin. Ce n’était pas sans me rappeler le rythme que j’ai pu avoir en stage ou, plus récemment, lors de mes semaines d’intégration au sein de mon nouveau service. Les miaulements du chat qui, lui, serait bien resté dormir, m’ont accompagné jusqu’à ce que je lui fournisse des croquettes quotidiennes. Quelques dizaines de minutes plus tard, je referme la porte de l’appartement, l’inconnu au bout du chemin. Il faisait frais. Un froid matin d’hiver. Le jour ne s’était pas encore totalement levé, contrairement aux travailleurs parisiens aux côtés desquels je m’engouffrai dans le RER avec mes deux sacs. Une heure de somnolence et quelques contrôles de sécurité plus tard et c’est un premier décollage à destination de Riga. Il faisait beau au-dessus des nuages, c’est la pluie qui nous attend à l’arrivée et malgré deux heures de vol je ne comprends toujours rien au letton. Je patiente quelques minutes dans la salle d’embarquement, face à des pots de fleurs qui regardent silencieusement les avions décoller sous la grisaille. Second vol, avec Stockholm pour destination. Cette fois, je suis placé près du hublot et je peux apercevoir une multitude de lacs avant que l’appareil transperce à nouveau la couche nuageuse. Retour dans le passé — Riga se situe à +1h de décalage horaire de Paris et Stockholm — et atterrissage sous les nuages, mais sans pluie.

 

Je réussis à ne pas m’égarer dans l’aéroport, ayant compris qu’utgång indiquait la sortie. Je grimpe dans un bus qui effleure les embouteillages et me dépose au centre de la capitale une heure plus tard. Tunnelbana, c’est le métro. J’en profite pour investir dans une carte illimitée pour la semaine et me rends à l’auberge de jeunesse. Au sein de la chambre où je dormirai pour les nuits à venir, seuls quelques lits semblent occupés, bien que les personnes soient absentes à cette heure — il fait nuit noire mais il n’est que 16h —. Je fais rapidement mon lit avec les draps qu’on m’a confié, me débarrasse de mon sac et repars tout de suite en direction de Fotografiska. Le musée de la photo est ouvert jusqu’à une heure du matin et se situe à un bon quart d’heure de marche. N’ayant pas mangé depuis ce matin, je passe dans un supermarché pour craquer devant un trio de kanelbullar, de merveilleuses pâtisseries à la cannelle, avant de rejoindre le port. La lumière ne me permet pas de faire de jolies photos de la ville qui se dresse sur l’autre rive. J’aperçois les lumières du parc d’attraction Gröna Lund et des cris d’enfants et adultes sur les montagnes russes me parviennent avec les gouttes de pluie.

 

Bien emmitouflé, j’arrive à Fotografiska. L’heure semble si tardive. Le bâtiment en briques rouges est d’une douceur étonnante. Sur deux étages, j’y découvre quatre expositions :
Being There, du photojouraliste Paul Hansen, qui a suivi et immortalisé de très nombreux conflits (la guerre en Syrie, en Iraq, le conflit israélo-palestinien, les conflits au Rwanda ou en Somalie…), le tremblement de terre d’Haiti et les violences qui ont suivi, le soulèvement et la répression en Ukraine et dans les pays du Printemps Arabe. Tant de vies mutilées, brisées. Les photos sont poignantes. Tellement de victimes. Dans sa description de l’exposition, l’auteur nous dit que sur place on lui demandait souvent, en tant que journaliste, de quel côté il se situait. Autrefois, il répondait rester neutre et n’être là que pour témoigner des faits. Par la suite, sa réponse changé : il se place toujours du côté des victimes innocentes.
Last Night in Sweden, aux auteurs multiples, qui existe principalement en réponse à D. Trump ayant fait référence en début d’année à « ce qu’il s’était passé hier soir en Suède » pour alimenter un discours dont lui seul a la saveur et le secret. Ces clichés retracent de façon simple et intense des instants de vie suédoise, des portraits de citoyens dans différents environnements. Une série réaliste, une ode franche à ce pays scandinave.
Höstsalongen, le Salon d’automne, qui donne comme tous les ans la possibilité à tout photographe suédois d’exposer ses oeuvres au musée. Le jury a reçu plus de 1600 photos et a sélectionné 31 artistes qui ont pu exposer leurs travaux. C’est une exposition très variée, les thèmes allant de la microphotographie de planctons à 352 clichés Instagram de nourriture jetée — pour sensibiliser contre le gaspillage alimentaire — en passant par des autoportraits colorés, une session sur la première dresseuse d’aigle de Mongolie ou la radiographie aux rayons X de plantes médicinales. On ne s’y ennuie pas, il ta de très beaux éléments bien que certains m’aient moins touché. C’est intéressant de voir cette âme de la Suède.
UMBRA, de Viviane Sassenage, qui met en scène des clichés jouant sur la lumière, les couleurs, des compositions curieuses mettant l’imagination du spectateur à rude épreuve. Il devient difficile de déterminer ce que représente, particulièrement, telle image. Visuellement, c’est un ensemble de photos très intéressant et qui a du nécessiter un travail colossal. Elle expose également un film qui consiste en un poème déclamé à haute voix par une voix off et retranscrit sur l’écran par deux bras s’exprimant en langue des signes. Une autre façon d’écrire et pour le spectateur, de lire. C’est très curieux.

 

Je ressors tout content de cette première découverte culturelle avec quelques cartes-photos en guise de souvenirs et traverse le quartier pour rejoindre mon matelas. Je m’égare un peu — beaucoup, même — et passe devant Sofia kyrka, l’église Sophie. Son horloge illuminée indique plus de 20h et les contours de l’édifice me surplombent dans l’obscurité. Je devrais pouvoir en faire de belles photos, demain.

L’auberge de jeunesse est silencieuse, les autres clients lisent ou sont sur leur ordinateur. Il y a un occupant de plus dans la chambre. Bonne nuit !

 

 

Petite liste – 30.10

Autant bonnes que mauvaises, les surprises sont toujours inattendues. C’est donc avec stupeur et tristesse que j’ai constaté, ce week-end, que mon appareil photo ne fonctionnait plus. Le déclencheur était bloqué. J’ai bien réussi à le remettre en route à l’aide d’un déclencheur souple, mais avec l’impossibilité de régler le temps d’exposition — par ailleurs, j’ai un peu peur des conséquences sur la dernière pellicule ayant alimenté cet appareil. J’étais donc contraint d’immortaliser l’atmosphère suédoise avec un petit smartphone. Fort heureusement, je lui ai trouvé un remplaçant, un Nikon F2. Tout joli, tout robuste.

J’ai quelques appréhensions à l’idée de me retrouver dans un pays dont je ne maîtrise ni ne connais pas le langage. L’idée que Stockholm en est la capitale m’apporte un peu de réconfort, j’y trouverai sans doute de nombreux éléments anglophones. Ça reste néanmoins déstabilisant, et intéressant. Il est un peu difficile d’imaginer que mes pas me porteront sans doute à l’avenir, j’espère, auprès de populations utilisant un alphabet différent.
À ce jour, voilà ce que contient ma petite liste de monuments à voir, de musées à visiter, de lieux à découvrir :
Fotografiska, le musée de la photo, qui sera sans doute un passage obligé dès mon arrivée à Stockholm, se trouvant dans le même quartier que l’auberge de jeunesse.
Stadsmuseet i Stockholm, le musée de la ville de Stockholm, retraçant son histoire, sa culture. Il faut bien s’instruire.
Postmuseum, le musée des services postaux suédois. Le monde relié par des lettres et des cartes postales.
Nobelmuseet, le musée dédié aux prix Nobel.
Gamla Stan — la vieille ville —, le palais de Stockholm et l’église Saint-Nicolas.
Skansen, un parc comportant une reconstitution de la vie suédoise d’antan. La rumeur raconte qu’on y trouve des écureuils.
Vasamuseet, exposant le navire Vasa du XVIIè siècle. Voir un tel navire et apprendre son histoire promet d’être un fabuleux voyage dans le temps.
Nordiska Museet, dédié à l’Histoire suédoise et scandinave.
Tyresta, un grand parc national, il se situe à distance de la capitale mais j’aurai peut-être l’opportunité d’aller y passer une journée, si la météo me donne son accord.
Et il me reste à éplucher plus des 3/4 de mon guide de voyage.
Ces vacances rafraîchissantes promettent d’être riches, inoubliables et instructives. J’espère retenir quelques mots suédois et réussir à faire de jolies photos.
Stockholm est située trop au Sud pour pouvoir y observer des aurores boréales. L’hiver suédois et la nuit — le soleil s’y couchant plus tôt qu’en France — seront déjà de jolis moments à vivre.

P.S. : J’ai pris le temps de regarder Blade Runner. C’était très chouette, le film offre une atmosphère saisissante, la frontière entre l’humain et la machine est très floue. C’est intéressant de constater qu’il y a 35 ans, l’intelligence artificielle questionnait déjà les gens. Et aujourd’hui, un robot vient de recevoir la nationalité saoudienne. Mention admirative pour Rutger Hauer, interprétant un androïde avec une force et une véracité surprenantes.

 

 

 

Mise au point – 22.10

L’idée première de ce court voyage était de pouvoir découvrir de nouveaux lieux, vivre quelques instants précieux dans un petit morceau de planète qui m’était jusque là inconnu. Ça reste intimidant car malgré ce séjour, je ne connaitrai rien à la Suède, Stockholm représentant — de façon très factuelle — moins de 0,1% de sa superficie. Est-on vraiment capables de parcourir et découvrir le monde ? On peut faire le tour du monde et ne pas toucher tu bout du doigt une fraction de ce qu’il contient.

Aparté : la compagnie de médias Great Big Story partage justement de nombreuses poches de vie, de détails, de préparations culinaires, de monuments, un peu partout sur Terre. C’est beau et fascinant.
Mon guide de voyage et les prévisions météo annoncent des températures entre 0°C et 5°C à cette période de l’année. Sortons couverts. Il me faudra oeuvrer pour faire tenir mes affaires dans les 8kg de bagages autorisés pour un voyage en avion. Un peu moins de cinq heures de trajet à l’aller, avec escale à Riga (Lettonie) et trois au retour. Un grand avantage au déménagement en région parisienne et qu’il n’est plus nécessaire de rajouter plusieurs heures de TGV pour rentrer chez soi. Ces jours-ci, je cherche avec quels artistes accompagner ce voyage.

Le dernier album d’Alt-J, autant que les deux premiers, est tout doux et extrêmement riche. La « reprise » d’House of the Rising Sun est vibrante et paisible. De même qu’Adeline. Les chansons arborant un prénom comme titre ont toujours une valeur particulière, comme si elles prenaient vie, un peu à l’instar de Matilda du même collectif, Augustine de Patrick Wolf ou encore Cecilia de Simon & Garfunkel.

Dans un univers totalement différent, je suis tombé amoureux de Rachel’s Song, issue de la bande-son du film Blade Runner, composée par Vangelis et chantée par Mary Hopkin. À ce stade, il me faut avouer ne pas avoir vu le film en question. Il faut que je trouve le temps de passer quelques heures devant le joli minois d’Harisson Ford. Le morceau est tout aussi paisible et a toutefois cette étrange capacité à faire tourner la tête, à nous amener dans un monde un peu inconnu et déstabilisant.
Par ailleurs, Blade Runner 2049, récemment sorti au cinéma, est lui aussi une oeuvre monumentale. La musique y est différemment délicate, imposante sous les notes d’Hans Zimmer. Il se dégage du film une beauté lumineuse, oppressante, silencieuse. Ce long métrage est une oxymore à lui seul qui donne le vertige. Il n’en fallait pas moins pour produire une suite à l’adaptation du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, l’homme qui « se souvenait du futur ». Une mention toute spéciale et émue à Ana de Armas, l’interprète de Joi, l’intelligence artificielle et compagne du protagoniste, qui est parvenue à me toucher bien plus que Samantha de Her ou Ava d’Ex Machina.

Pour ces six jours scandinaves, c’est mon fidèle boîtier argentique Minolta XD-5 qui m’accompagnera, équipé d’un objectif touche-à-tout Tokina 28-70mm ƒ/2.8-4.3. Une pellicule noir et blanc est en cours, j’emporterai également de quoi photographier en couleurs une fois celle-ci achevée. Le numérique c’est chouette, mais ça pèse lourd et je suis bien incapable de faire le choix du bon objectif à emporter.
On dit du temps qu’il avance inexorablement. J’ai hâte de vivre des moments inédits.

crépuscule funambule

 

 

Jours précédents – 21.10

Au début du mois de novembre, mes pas égarés au milieu d’une semaine de vacances m’emmèneront dans la capitale suédoise, Stockholm. Plus de trois ans sont passés depuis mon dernier article ici, avec un certain nombre de changements. Le principal et plus heureux d’entre eux, est que j’ai obtenu mon diplôme d’infirmier. Récemment, la fonction publique m’a ouvert ses portes pour un premier contrat en service de neurologie. Six ans plus tôt, un autre hôpital me permettait alors de faire mes premiers pas auprès des patients, aussi en service de neurologie. Les coïncidences. Ma cadre m’a donc gentiment offert une semaine de vacances, libre à moi de l’utiliser à bon escient. J’aurais presque pu laisser au hasard le choix de ma destination de voyage mais j’ai finalement choisi Stockholm. Sans raison précise autre que l’envie de partir un peu, ailleurs. J’espère que cette petite parenthèse de voyage est la première d’une plus ou moins longue série, auquel cas je tenais à prendre note de ce que je voyais et expérimentais.

Ce n’est pour le moment qu’une idée, il est bien possible qu’en fin de compte cet article ne voie jamais fleurir d’autre paragraphe. Ça m’offre au moins l’opportunité d’écrire un peu plus régulièrement ici.

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