And sparkle sounds to say.

« So, how are you holding up ? Because… I'm a potatoe. »

Catégorie : Iridescent

Twice

Une jeune fille aux cheveux d’une éternelle couleur rouge cramoisi est accoudée à la fenêtre du train.

Sirotant un café dans le thermos qu’elle tient au creux de ses mains, à quelques pas de l’isolement des compartiments, elle était là. Julie, contemplant le paysage qui défilait devant ses yeux.

On ne saurait dire si son regard suivait simplement l’horizon ou cherchait une étincelle d’inspiration virevoltant au-dessus des champs.

 

Sortant du box dans lequel on l’avait placé, il sortit à son tour pour se placer à son côté. Dans le couloir traversant d’un bout à l’autre le wagon, on pouvait voir gambader quelques enfants ainsi que marcher quelques adultes d’un pas lourd, avec un air nettement plus sérieux. Etrangement, ce train et cet instant imprévu avec elle étaient une bouffée d’oxygène. Ils aimeraient pouvoir ainsi se suivre jusqu’au bout de la ligne et plus loin encore, quelque par sous le soleil, dans un lieu apaisé.

 

Sans tourner la tête, elle dit : “ toujours les mêmes sandwiches ”, ce à quoi il répondit “ et toujours le même café ”. Lui prenant doucement le thermos des mains, il but une gorgée du liquide amer et soupira légèrement, avant de lui dire avec gentillesse “ tu m’as manqué, tu sais.
– Oui, je sais. Pas d’ma faute hein.”
Par cette simple phrase on n’aurait pu deviner si elle était d’humeur moqueuse ou rancunière vis-à-vis de la blessure qu’il lui avait infligée il y a quelques mois de cela.
– “ J’y penserai, à l’avenir.
– Tu n’as pas promis, c’est bien !
– Quelle idée de ne pas tenir ses promesses, aussi.
– Je vous le demande !”

Au milieu des champs bercés par le brouillard apparut une usine, plongée dans les blanches volutes qui s’échappaient de ses cheminées. L’héroïne la suivit du regard quelques instants, agita la main comme pour chasser un moustique et fit ainsi disparaître l’édifice, ramenant la quiétude qu’elle recherhait sur ce paysage.
Lui se sentait enfant, face à cette flamboyante demoiselle qui conservait ses secrets.
– “ Tu cherches quoi dire, on dirait !
– Oui, tu m’intimides, maintenant.
– Il n’y a pas de raison pourtant. Tu ferais bien de retrouver cet esprit littéraire et cinéphile qui t’allait si bien ”, dit-elle avec douceur.
– “ Après la PACES.
– Après la PACES. Cruelle année qui te prive d’un peu de tes libertés, et pourtant… tu en es bien heureux.
– Oui, il me faut l’avouer, je me sens bien, vraiment. Rien ne concourt à me contrarier. Comme on me l’a si bien dit autrefois, il faut aller de l’avant.
– Ça fait au moins une chose qu’elle avait raison de te dire… Je sais, il y en a eu d’autres, je te taquine. Après tout, ce n’était pas quelqu’un de mauvais.”

Dans le compartiment, un enfant et sa soeur s’amusent à raconter ensemble une histoire dont ils inventent la suite au fil de leurs mots. C’est une scène pleine de candeur et de sincérité naturellement infantiles.
– “ Tu sais à qui tu me fais penser ?
– Non, déjà que tu me penses littéralement !
– À Ruby.
– Cette cousine ! Tu sais que j’ai beaucoup aimé cette histoire ?
– Je m’en serais douté, on dirait presque toi.
– À la différence que je reste libre”, dit-elle avant de lui donner une petite pichenette sur la joue avec l’index.
– “ Où est-ce que ce train t’emmène ?
– Je ne sais pas. Là où tu pourras toujours faire appel à moi.
– C’est gentil ”, dit-il en souriant. “ Et désolé pour la fois précédente. Je n’ai pas osé venir à ta rencontre après cela.
– Ça peut se comprendre, tu avais trop honte. Et dieu sait si tu avais raison. Néanmoins, eh, elle ne me va pas si mal, cette balafre ! Et puis comme tu le dis, il ne s’agit que d’une cicatrice apparenant à mon vécu, à ce que je suis aujourd’hui, donc il me faut vivre avec et ne pas la renier.
– J’y penserai !
– Tu n’as encore pas promis, tu apprends vite.
– Ça me fait du bien d’écrire, de t’écrire.
– Ça me fait plaisir aussi.
– Tu évolues et j’ai toujours les mêmes peurs, les mêmes faiblesses. Les autres, la perte. Au moins, avec toi c’est un peu différent.
– Attention, tu tombes à nouveau dans le mélodrame. Tâche ne pas trop t’attacher à cela, ça te fera du bien et t’aidera à encore plus aller de l’avant.
– C’est difficile.
– Mais tu essaieras, dans un premier temps tu échoueras et ensuite, petit à petit, tu y parviendras. Tu ne peux pas continuer à souffrir ainsi comme un bébé !
– Tu as raison.
– Evidemment. Ça m’a fait plaisir de te revoir.
– Moi de même, ma chère !
– Tss, là tu triches ! Mais soit.”
Alors qu’elle tendait la main pour récupérer son thermos posé sur le rebord de la fenêtre, il remarqua sur son poignet gauche un tatouage à l’encre noire. Une cochlée.
– “ Merci pour ça, je l’aime beaucoup !
– Je sais.
– À plus tard, et bon vent.”
Elle posa quelques instants son front contre celui de son interloctueur et disparu doucement dans l’air, laissant une infime odeur de fleur flotter dans l’atmosphère.

Jessica Dube

Where is my Mind ?

Et oui, c’est seulement maintenant, une fois que la tension est retombée, que la routine se réinstalle pour quelques jours et que mon esprit est libre de retomber dans ses bassesses habituelles que je me décide à réécrire !

Bon d’accord, ça fait plus d’un mois que je n’ai rien écrit, maiiiiiiis que voulez-vous, je ne suis pas inspiré, je n’ai rien à raconter, alors je n’écrit pas. Voilà. Et puis en fait, maintenant j’ai l’impression que écrivant trop peu, c’est pas assez intéressant… Pas assez rempli.

Seul et marchant dans la rue tandis que la nuit commençait à tomber. Les cieux se couvraient d’ocre et de lueurs rosées, les nuages prenaient des teintes bleu marine et les toits comme les murs devenaient des ombres grises et pleines de mystères.
Les rues dans lesquels j’avançais me faisaient parvenir, de plus en plus nets, les bruits de la foule qui se décontracte. Les lampadaires et les lampions projetaient des ombres colorées sur les passants et les murs. Petit à petit, le bruit de couverts qui tinte se mêla aux bavardages, aux rires et à la musique sourde d’un concert que l’on sentait proche.

Une silhouette à côté qui se change en ombre puis finit par se matérialiser sous la forme d’une demoiselle aux cheveux rougis comme le sang et sombres comme la nuit. De grands yeux bleus pétillant d’étoiles, de légères tâches de rousseur qui ponctuaient ses joues et des lèvres rose clair qui formant un sourire des plus charmants. Julie avait une fois de plus fait son apparition, couverte cette fois d’une légère veste beige.

« Bonsoir, très cher.
-Tiens, heureux de te voir.
-Moi de même. Marchons un peu, veux-tu ?
-Avec joie ».

Elle passa son bras autour du mien et nous continuâmes tranquillement notre marche crépusculaire.
Des attroupements se formaient au gré des rencontres, les chats fuyaient cette curieuse et inhabituelle agitation tandis que les Hommes convergeaient vers les berges d’une rivière avoisinante.
La nuit recouvrait peu à peu le monde de son manteau sombre et étoilé et ce monde allumait à son tour ses étoiles de joie et de vie dans les ruelles de la ville. Le son des pas sur le pavé et le bien-être général procuraient une magnifique sensation de liberté.

« C’est une très belle soirée… », finit par dire Julie dans un petit soupir.
-« Parfaitement d’accord. Ce tableau est très agréable.
-Vivant !
-C’est le mot. Vivant. Et je crois que je ressens cette vie, que je l’aime de plus en plus.
-Haha, tiens donc ! M’en voilà absolument ravie ! », répondit-elle avec un grand sourire.
-« Ce moment est magique. Sans peur du lendemain. Juste concentré sur la joie de l’instant.
-Parfaitement d’accord. C’est beau, entraînant, et ce soir nous aide tous à oublier nos soucis habituels.
-Tiens donc, tu as des soucis toi ?
-Bien sûr que non, patate !
-J’aime ce surnom, tu sais…
-Haha je le sais bien, et c’est pour ça que je l’utilise figure-toi !
-Je n’arrive pas à voir si tu le fais dans un but cruel ou, au contraire, amical.
-Tu me crois encore capable de cruauté ?
-Bien sûr que oui.
-Que non !
-C’est ce que j’ai dit. »

Rires.

Les pavés amorcent une pente douce et finissent par tomber brusquement dans les eaux noires du fleuve. Les quais résonnent des bruits de la foule : celui des conversations, des exclamations d’enfants, des cris d’adultes perdus, des éternuements, des chaussures de cuir qui crissent sur le sable sortant des interstices entre les pierres…
Les gens sont assis sur les berges, face au fleuve afin d’admirer le spectacle qui allait survenir d’une minute à l’autre.

« Tiens regarde, là-bas, il y a une place ! », dit-elle avec entrain.
Et Julie de m’entraîner, à la suite de sa chevelure ocre, vers un coin du quai parmi les inconnus.

Craquements d’articulations et froissement de tissus tandis que l’on s’assoit sur la pierre froide.

« C’est une belle soirée », dit-elle en posant sa tête sur mon épaule.
« -Magnifique.
-Comme toujours. Un ciel et une terre parés de lumières au-dessus de leurs reflets dans les eaux noires.. Un spectacle unique et… prenant.
-C’est le mot. Prenant. Cette atmosphère simplement vivante a la belle faculté d’occulter, puis de happer et de digérer toutes les pensées trop grises pour ce jour de fête.

Tout à coup, les lumières s’éteignent et, quelques instants plus tard, la première fusée s’envole dans le ciel telle une étoile filante qui voudrait renaître.

Les couleurs illuminent le ciel et les nuages. La Lune devient rouge l’espace d’un instant. Tout s’oublie, sauf ce spectacle incandescent.

[…]

« Allez viens, on va danser ! », reprit-elle avec entrain.
« Okay » :D

La Wild Waltz, entre autres, résonne une fois de plus dans l’air et nous dansons tous deux. Tels deux victimes du Carnaval, on tourbillonne encore et encore sur le parquet. Sa robe rouge sombre virevolte dans les airs. Les étoiles tournent au-dessus de nos têtes, encore et encore. Les souvenirs et les souhaits m’assaillent. Accrochés à la réalité, cette fois.

Je ne sais pas pourquoi je m’invente une autre personnalité. Je trouve ça intéressant et assez agréable si besoin est. En ce qui me concerne, elle est la partie de mon esprit qui me remet les idées en place quand il le faut. Et elle le fait bien. Et puis j’ai l’impression que ça m’aide à monologuer en ayant l’impression de dialoguer. Sisi.
Peut-être que ça m’occupe. J’aime bien l’idée de pouvoir être son propre psychologue, en quelque sorte.

Bref, ce feu d’artifice du 14 juillet dernier a fait remonter de beaux souvenirs et je dois admettre avoir ressenti un peu de mélancolie à ce moment. Et donc Julie entre alors en scène pour… m’occuper l’esprit. C’est le mot, et ça marche.

Sinon… Je viens de passer un mois absolument formidable en compagnie de l’équipe du service de Neurologie à La Source. Y avoir travaillé m’a vraiment plu. C’était extrêmement intéressant et infiniment enrichissant. De plus, je dois dire que durant ces 31 jours passés entre ces murs blanchis à l’éther je me suis senti vraiment… bien. En accord et harmonie avec moi-même. Je me sentais à l’aise et bien dans ma peau. Utile et apprécié. Avoir cette sensation d’une manière franche était vraiment très agréable. Aucune tâche d’ombre ne venait occulter le bonheur que me procurait ce petit CDD d’été.

Je dois admettre avoir regretté de ne pas partir en camp Mej avec la demoiselle aux yeux verdis ou autre. Mais maintenant, je ne regrette absolument pas. Je pense qu’avoir vécu cette expérience unique était vraiment nécessaire et très enrichissant. La seule chose que je regrette maintenant, c’est que ça se termine… Bref.

De plus, je suis maintenant absolument certain de vouloir continuer dans cette filière et aucune autre. J’ai trouvé ma voie. Somme toute, je suis heureux, pleinement, sans penser au reste, et ça me va.

Étrangement, je ressens presque les mêmes choses qu’à la fin d’un camp Mej. La même sensation de… vide. Pouf. Game Over. Retour à la vie normale. C’est blasant…

Sans cela c’était un stage extrêmement intéressant, ainsi que très enrichissant ! Pour une toute première expérience professionnelle, je dois admettre ne pas avoir été déçu !
En plus de faire mes premiers pas dans le monde hospitalier, ça m’a permis d’agrandir ma culture médicale. Inutile de vous dire que j’étais ravi quand j’ai pu assister à un IRM, un scanner, à une échographie des carotides — entre autres — et pour finir à une biopsie d’artère temporale. Je crois que c’était le plus intéressant…
D’une façon générale, c’est assez… prenant, en quelque sorte, d’être plongé dans ce milieu blanchi. Et ce parce que ça fait quelque chose d’y être réellement et non à travers une énième série ou un énième reportage. J’ai l’impression que… ça remémore la condition d’être vivant. Enfin moi quand j’y étais ça me rappelait que j’étais vivant, chose qu’on a tendance à oublier aujourd’hui tellement on peut se distraire par le monde qui nous entoure…

Pour conclure, c’était vraiment une expérience excellente, et durant ces 31 jours je me suis vraiment senti bien, heureux et à l’aise. C’est donc tout naturellement que je vais tout faire pour avoir mon concours du premier coup afin de pouvoir renouveler ce petit séjour au plus vite ! Ne serait-ce que pour le « bizutage » qu’on m’a repromis ^__^

Sans cela, j’ai eu l’occasion de parfaire ma culture ! Sisi.
Tout d’abord, j’ai pu regarder dans la plus totale légalité les trois volets du Seigneur des Anneaux, chacun en version longue et en version originale, s’il vous plaît. Bien évidemment, je les avais déjà vus auparavant — bien qu’il y a fort longtemps —, et j’avais pu autrefois arpenter les milliers de pages composant l’histoire originelle écrite et inventée par l’écrivain de génie qu’est Tolkien.

Et bien j’ai trouvé la version longue beaucoup plus intéressante que la courte. Normal, allez-vous me dire. Les ajouts se composent pour la plupart de saynètes parsemées tout au long du film. Elles rendent le scénario plus profond et permettent au spectateur de découvrir des aspects du film que l’on a un peu de mal à saisir dans la version classique.
Bien que ne reprenant évidemment pas l’histoire du livre dans sa totalité, la version longue est vraiment excellente. Je la recommande à tout amateur du genre… qui aurait du temps à dépenser. Je dois l’admettre, c’est long. Mais bon, ça en vaut la peine…

En plus de toutes ces heures de film, j’ai aussi pu apprécier Le Discours d’un Roi.

Ce film est vraiment très intéressant. Notre Roi, père d’Elizabeth II, actuelle Reine d’Angleterre, est amené, avant et au cours de son mandant, à prononcer bien évidemment quelques discours. Ceux-ci se voient de plus enjolivés par l’arrivée d’une technologie surprenante : la radio. Seulement voilà, un problème de taille se présente à notre petit souverain : il bégaie. Sévèrement. Le voir aligner trois mots sans erreur est une tâche qui revient pour lui à gravir l’Himalaya les yeux bandés et les mains dans le dos.

Bon, okay, j’exagère peut-être légèrement. Puisqu’en réalité, il y parvient. Il suffit de lui faire écouter de la musique, à un volume suffisamment élevé pour qu’il n’entende pas ce qu’il dit. Et là, la magie s’opère.
Le film narre donc le récit de ce souverain qui ne sait plus quoi faire pour pallier à ce souci qui lui pourrit son existence. L’acteur jouant le protagoniste est excellent, il retranscrit d’une manière absolument parfaite l’hésitation, le stress, la peur, la honte, son interprétation est vraiment criante de réalisme.
C’est donc un film très intéressant et vraiment prenant. On s’attache beaucoup au personnage.
À noter aussi que sa femme est jouée par nulle autre qu’Helena Bonham Carter, actrice que j’apprécie particulièrement pour la… folie qu’elle sait montrer à travers ses rôles, même si elle se fait relativement assagie ici.

Il m’a ensuite pris l’envie, un soir, de revoir L’Étrange Noël de monsieur Jack. Qui sait au fond pourquoi ? Mais ne nous posons pas la question !
Lui aussi dans sa version originale, j’ai pu redécouvrir cette œuvre sous un autre œil. Loin est le temps où e l’ai vu pour la dernière fois… C’est donc avec joie que j’ai redécouvert cet univers si particulièrement Burtonesque.
Inutile de dire que le voyage est unique et reste en mémoire. Partir à la découverte du village d’Halloween, y rencontrer monstres et fantômes, mortes-vivantes, insectes grouillants et autres squelettes est quelque chose de très attrayant, dans le fond. Un tond totalement décalé et pourtant légèrement glauque, qui sonne de toute sa beauté avec les chansons qui sont déclamées au long du film.
Tim Burton est vraiment un réalisateur exceptionnel. Edward aux Mains d’Argent, Sweeney Todd, Les Noces Funèbres… Chacune de ses réalisations est infiniment poétique et mystérieusement auréolée d’une atmosphère endiablée. J’y ai toujours trouvé un sens, une sorte de morale. C’est bien loin des dessins animés et films « classiques ». Ils sont vraiment très profonds, et c’est un plaisir que de les regarder, à chaque fois.

Je me suis aussi finalement laissé tenter et ai regardé Sucker Punch… Autant l’annoncer clairement de façon à ce qu’il n’y ait pas d’ambiguïté : j’ai été déçu. Profondément déçu.
Contrairement à Watchmen, du même réalisateur, qui est très sombre et très prenant, Sucker Punch n’est qu’un ramassis de missions insensées qui camouflent sans habilité aucune un défouloir musclé du triste réalisateur de 300.
Les premières minutes sont, en revanche, magnifiquement orchestrées, superbes et très touchantes… Quel dommage que cela ne persiste pas par la suite. Au fur et à mesure que les minutes défilent, la réalité perd peu à peu de sa matière et on finit par voir les protagonistes se battre contre des nazis morts bougeant grâce à de la vapeur. Pardon ? Quel rapport avec une jeune fille — dont la personnalité est d’ailleurs très proche de celle d’Alice de Madness Returns — qui aurait été traumatisée en tuant accidentellement sa sœur, seule personne qu’elle aurait jamais aimée ? Quel rapport avec un univers glauque et pluvieux, cruel et sans possibilité d’avenir ?
Je veux bien concevoir l’idée de s’évader par l’esprit, c’est même un concept excellent. Seulement, sous prétexte que l’on est le seul à avoir le contrôle de ce monde « virtuel », alors le réalisateur s’empresse d’y ajouter des ennemis tous vilains qu’il faut dézinguer à coups de bazookas. Là, je dis NON.

L’un des seuls points positifs du film, en dehors de son prologue excellent, est la bande-son qui est très bien choisie. J’ai tout particulièrement apprécié la reprise de Sweet Dreams (Are made of this) d’Emily Browning, l’actrice principale, qui est vraiment très mélodieuse, bien que très sombre, et très prenante.

Pour finir, je me suis permis de me plonger dans la célèbre série qu’est Doctor Who. J’ai pu en apprécier l’humour particulièrement british qui me plaît tant, mais aussi le côté humain qui ressort des péripéties du Docteur.
Les personnages et l’histoire globale, bien que parfois difficile à saisir dans son intégralité, sont vraiment prenants et assez touchants. L’ensemble est très dépaysant et très agréable à regarder.
C’est une série sans prise de tête que je conseille à tous ceux recherchant un extra-terrestre un peu intéressant, et différent des 15’000 séries policières américaines que l’on connaît aujourd’hui.

#Warp

C’était la nuit. La lune aidée de lampadaires éclairait faiblement d’une lueur jaunâtre une allée pavée coincée entre deux murs de briques rongées par le lierre. Le seul bruit de ses pas résonnait dans le silence nocturne sur le sol froid. Lentement, et sans précipitation. Mais comme de façon… Instoppable. Comme si sa marche et l’objectif à laquelle elle menait étaient inéluctables.

L’homme était complètement vêtu de noir. Un long manteau le couvrait et masquait ses formes. De son visage ne s’échappait qu’un fin nuage de fumée dû au tabac qu’inspiraient ses poumons à intervalles réguliers.

Des feuilles bruissèrent sous le passage soudain d’un chat, et l’inconnu se mit alors à suivre le félin, sans rupture dans son pas.

Il fut mené à une petite place d’où naissaient trois autres allées pareilles à celle d’où il venait, qui se trouvaient sur sa droite. Il s’arrêta pour mieux la saisir du regard.

La place avait la forme d’un demi cercle, les pavés au sol s’arrêtaient en effet pour former les berges d’un fleuve immense qui passait là.
En face de lui, des eaux noires. Sur la crête des vaguelettes se reflétaient parfois les lueurs des ampoules jaunies des lampadaires entourant la place. L’autre rive du fleuve était invisible en cette heure de la nuit, ces sombres eaux se perdant dans le néant des étoiles aussi loin que pouvait porter son regard.

Au centre de la place trônait, au milieu d’un cercle de terre, un saule pleureur au pied duquel s’était arrêté le chat. Le tronc s’élevait d’environ quatre mètres avant de se répandre en une multitude de branches — de larmes — qui continuaient à monter vers les cieux, se courbaient sous leur propre poids et se résignaient à pointer vers le sol.

Les lampadaires grésillèrent un instant, plongeant la scène dans le noir durant une fraction de seconde, et le félin disparut durant ce laps de temps.

L’homme s’avança doucement vers l’arbre et stoppa sa marche à quelques mètres des premiers branchages.

Il leva les yeux et aperçut une ombre, perchée dans l’arbre.

« Tu mériterais des baffes. », dit sur un ton las une voix qui semblait provenir de l’ombre en question.

Puis celle-ci se laissa tomber vers le sol, les feuilles sonnant le bruit de la descente comme un long souffle de vent. Enfin, ses pieds touchèrent le sol et l’être apparut en pleine lumière sous le feu du plus proche lampadaire. Julie.
Mais elle semblait avoir évolué.

Cette fois-ci, ses cheveux étaient rouges. Non pas roux, mais rouges. Rouge sang. Cette couleur ressortait d’une façon particulièrement inquiétante avec la luminosité ambiante. Elle portait un pantalon blanc et la même veste brune qu’à sa dernière apparition ainsi que des gants noirs en laine.

Ce qui l’avait changée, c’est son regard. Il était plus déterminé. En la regardant, on voyait réellement un être venu d’un autre monde.

« J’ai bien envie de te mettre mon poing dans les phalanges pour te remettre les idées en place mais j’ai peur que ta vie et, de fait, mon existence soient remis en question avec cet acte aussi je m’abstiendrai. »

Impassible devant cette apparition et cette première phrase peu aiguicheuse, l’homme en noir répondit :
« Trop aimable. Toutefois, tout entêté que je suis, je doute que cela ait un quelconque effet.
-Certes, certes. Il faut avouer que t’es vraiment assez borné. En fait, je crois que j’aimerais bien aller faire un tour entre tes oreilles pour découvrir pourquoi tu agis comme ça. Enfin je veux dire, qu’est-ce qui fait que tu t’accroches tant ? Même inconsciemment, regarde : un saule. « Je trouve ça poétique, l’image d’un saule pleureur sous la pluie. C’est beau. », tu t’en souviens ? Question rhétorique, évidemment que tu t’en souviens. Idiot va. Pose-toi la question : pourquoi est-ce que tu persistes à vouloir te rappeler de tous ces gens ? À bien y réfléchir, je pense que la niaise maxime « Le passé rattrape le présent quand celui-ci n’est plus à la hauteur » est on-ne-peut-plus vraie. Seulement, tu es trop détaché de ton présent et ne peux l’apprécier à sa juste valeur. Encore des conseils que tu donnes aux autres mais que t’es incapable de suivre toi-même. Le fameux « Ouais ben laisse tomber et passe à autre chose pour de bon ! », tu l’as dit combien de fois à l’autre geek ? Et LUI au moins il l’a fait. Toi, nada.
-Tu crois que je le sais pas ? Tu crois peut-être que je m’en fous ? Est-ce que tu oserais venir me dire que j’aime cette situation ?
-Ben ouais, j’ose te le dire. De mon point de vue, j’ai la sensation que oui, tu aimes à te faire du mal. J’ai l’impression que oui, tu aimes être borné et rester englué dans ton passé… Au lieu de te tourner vers ton avenir. Non mais sérieux, « on ne doit se résigner qu’au bonheur »… Oui, je suis totalement d’accord, il ne te reste plus qu’à le faire pour une fois. Il n’y a rien au monde qui justifie que tu sois malheureux. Alors aucune raison de l’être.
-Tu sais bien que j’y peux rien.
-N’importe quoi, quand on veut, on peut, c’est juste que tu ne veux pas ! Aies au moins la décence d’admettre ça !
-Soit, je l’admets. Mais peut-être que toi au moins peux me comprendre. Toutes ces discussions, tous ces échanges qui ont eu lieu entre ces personnes et moi… C’est du passé, et tirer un trait sur tout ça est juste impensable. Je peux pas, j’en suis incapable. Et même si je le pouvais, je ne suis pas sûr de le faire. Je ne veux pas perdre tout ça. Aussi « douloureux » que cela paraisse, ce sont ces discussions, ces mots, ces échanges et relations autrefois si riches qui aujourd’hui me manquent.
-C’est bien ce que je dis. Regarde ton présent. Les gens sont différents, mais c’est similaire.
-À d’autres.
-Essaie de te convaincre que c’est pareil.
-Bah, laisse tomber. Je ne veux pas que ce soit pareil. Je veux pas revivre la même chose. Avec la même fin qui semble inéluctable apparemment. Et de toutes façons, c’est impossible de revivre quelque chose d’aussi riche. Tu le sais bien.
-Ouais, je le sais… Mais c’est pas une raison pour refuser de vivre autre chose.
-Tu as raison. Mais je n’y arrive pas.
-Je vois. Idiot.
-Comme tu dis. Et tu sais, j’ai peur, aussi.
-Ho, en voilà une idée ! Et de quoi donc je te prie ?
-De ne pas grandir. De voir ces gens se faire une vie et oublier ce qu’on a vécu ensemble et que je reste englué dans ces années passées. Et pourtant, « tout irait bien ».
-Et oui mon p’tit ! C’est la vie ! Mais bon, ça ne te posera pas trop de problèmes puisque tu aimes à dire « tant pis », non ? Bon, trève de plaisanteries. Il faudra bien que tu grandisses un jour. Ces personnes et le monde qui t’entourent ne vont pas t’attendre. Donc tu grandiras, tu tourneras la page — à noter que j’aime pas cette formulation —, comme la plupart des gens finissent par faire. Il le faut, tu le dois, tu le feras, point. Je ne te laisse pas le choix.
-Le pire étant que nous savons tous les deux que d’ici quelques temps je referai appel à toi pour tenter d’évacuer mes angoisses.
-Mais tu en as parlé à quelques personnes hier, c’est bien. Et elles t’ont aidées à leur façon. La prochaine étape serait de parvenir à en discuter avec les principales intéressées. Ce dont je suis certaine que tu es incapable, malheureusement.
-Yep.
-Tant pis, c’est déjà ça. Et arrête de faire semblant d’en parler à travers des articles comme celui-ci, et comme on te l’a déjà dit, arrête de fuir et sois moins incompréhensible. Ça, en revanche, tu en es capable.
-Il paraît oui.
-Bien. Et par pitié, n’aies plus recours à moi. J’ai pas que ça à faire. »

Julie se retourna, marcha vers les flots, sauta sur les eaux calmes du fleuve, marcha quelques mètres vers l’autre rive, salua de façon nonchalante Chihiro qui passait par là et disparut dans le brouillard.

Quant à moi, j’esquissai un sourire et regardai ce monde s’effondrer en une multitude de cubes colorés, dévoilant une petite colline au-dessus de laquelle sonnaient quelques notes d’Hisaishi.

#¿Dream

Le poster rassemblant les couvertures d’albums de Muse s’ouvrit, dévoilant une porte qui donnait sur un noir infini. Julie sortit du mur, nonchalamment, sans que cette arrivée ne la perturbe d’aucune façon. Accoutrée cette fois d’une longue veste de cuir usé, à la mode steampunk, elle sauta d’un geste leste sur ls plancher avant de saluer l’assemblée, d’une unique personne, par l’habituelle formule de politesse d’usage dans ce cas : « Yop !
-S’lut.
-Et bien, c’est tout ce que ça te fait ? Tu vois une fille débarquer dans ta chambre via une porte dans le mur et ça ne te surprend pas ?
-Oh, tu sais, plus rien ne m’étonne avec toi. J’ai l’habitude d’être impressionné », dit-il en souriant.
-Haha fort bien ! Fort bien fort bien… Comment vas-tu ?
-Ma foi, je vais. Et toi ?
-Question rhétorique, évidemment ? Il est exclu que j’aille mal. Après tout, c’est bien pour cela que je suis née.
-Certes…
-Oh, d’ailleurs, tu aurais presque pu m’appeler « Jade », tu ne penses pas ?
-C’est vrai que j’y ai pensé aussi.
-Hééé tu es trop blasé en ce moment dis-moi !
-Je n’irai pas jusqu’à dire que tu as tort, effectivement.
-Bien. Comme dirait l’autre, tu es vivant alors vis ta vie ! Être ainsi désintéressé n’est que rarement attractif.
-Ouais ben j’y peux rien, je suis comme ça moi…
-SI tu y peux quelques chose, il ne te reste plus qu’à le vouloir. Tu sais le nombre de fois où on t’a dit d’aller de l’avant ? Combien de fois tu as écouté ces gens, combien de fois tu l’as vraiment fait ? Jamais ! Tu restes toujours cloîtré dans ton passé et te focalises en permanence sur tes rêves.
-Et alors ?
-Ca ne te réussit pas. Ca ne réussit à personne. C’est comme dans la chanson de Good Charlotte, tu sais ? « I Just wanna Liiiiive » ! Bha voilà, fais-le pour une fois.
-Non.
-Pourquoi non ? Quand on veut on peut. Il ne te reste plus qu’à le vouloir. T’es pas si bête que ça, au point de vouloir consciemment t’enfoncer !
-Oh, tu sais…
-Ouais, je sais, et je sais que non. Alors ferme les yeux, balance-moi tes rêves et tes souvenirs par la fenêtre une bonne fois pour toutes et VIS ! »

Julie posa sa main sur la tête de son interlocuteur endormi et lui ébouriffa doucement les cheveux. Avec un petit sourire triste, elle dit : « Je ne veux pas avoir à le redire », puis disparut dans l’obscurité.

Des bruits de pas rapprochés et rapides sur la terre légèrement meuble. Le soleil étincelant qui projette une petite ombre mouvante sur les herbes ondulant au vent. L’océan bleuté, plusieurs mètres plus bas, qui apporte un parfum salé à l’atmosphère estivale. A l’orée des bois, des bouquets de lavandes forment des ondes violacées et incessantes.

Des petits pieds nus dans des sandalettes de cuir noir. Une robe légèrement bouffante qui descend jusqu’aux genous en mouvement. La course fait se mouvoir librement le tissu d’un rouge légèrement rosé. Un ruban blanc sert de ceinture au vêtement porté par la fillette. De longues manches remontent jusqu’à ses poignets et se terminent par un ourlet noir.

Une couleur identique à celle de ses yeux et ses cheveux. Ceux-ci tomberaient jusqu’au mlieu des omoplates s’ils étaient au repos, mais ils virevoltent dans tous les sens sous la force du vent et le rythme des pieds qui frappent le sol. Son regard est dardé sur l’horizon, sa cible vers laquelle elle court sans s’arrêter.

Comme si elle était tout droit sortie de l’esprit de Miyazaki, la fillette court follement au son de la Wild Waltz.

#Empty

Elle était assise dans le cadre de ce qui avait été autrefois le cadre d’une grande fenêtre. Ses jambes se balançaient lentement dans le vide. Les mèches blondes de ses cheveux flottaient doucement sous un léger souffle de vent. Son regard bleu était vide et semblait perdu dans l’immensité du paysage qui s’offrait à eux.

Quelques collines, toutes recouvertes de la même herbe turquoise. Celle-ci ondulait doucement, formant de petites vagues terrestres qui se perdaient dans le lointain en murmurant. Peu avant l’horizon se dessinait l’orée d’une forêt, sombre et regorgeant de vie. De petits arbustes parsemaient la plaine, parfois parés de lavande, de lilas ou encore de quelque fleur blanche dont on ignorait le nom. De jeunes pommiers étaient répartis ici et là, amenant avec eux le bruissement de leurs feuilles et le grincement de leurs branches.

Le soleil n’était plus au zénith depuis de nombreuses heures et ses feux commençaient déjà à donner au ciel une teinte orangée, loin au dessus de l’océan qui s’étendait à l’Est. Ici, d’autres vagues venaient ajouter leur ressac au silence ambiant, délivrant une atmosphère de calme apaisant.
Quelques hirondelles voletaient sans un bruit dans le ciel azuré et poursuivaient avec aisance et majesté leur course contre la gravité.

Julie observait tout cela d’un regard vide et désenchanté.
« Je m’ennuie. »

#Smoke

Ce soir, elle errait sur les toits de la capitale à la recherche des étoiles. Vêtue d’un long manteau noir, qu’elle avait laissé ouvert, et d’une écharpe rouge, Julie chantonnait. Une mélodie qu’elle seule connaissait, évidemment. Un peu de magie dans tout cela, et elle dansait, volant à moitié dans les airs. Elle s’arrêta soudainement devant une colonne de fumée qui s’échappant en toussotant d’une cheminée à l’âge incertain.
– « Tiens, Salut ! dit-elle d’un ton enjoué
–  Bonsoir ma chère, répondit une voix grave semblant sortir des volutes grisâtres auxquelles elle faisait face.
– Cela te dérange si on marche un peu ?
– Ho, aucunement voyons. »

Julie se remit alors en marche sur les tuiles, plus doucement, et la fumée disparut.
« Comment vas-tu, chère Hydre ? — Elle semblait s’adresser à elle-même, ou aux étoiles. Ou bien les deux —.
– Oh tu sais, moi… Il n’y a pas de quoi aller mal, répondit une voix.
– Je n’en suis pas si sûre, vois-tu. Je vois bien que ce choix te pose quelques soucis.
– Tu as décidément toujours été perspicace…
– Eh ! Ce n’est pas à moi qu’il faut en vouloir pour ça !
– Certes, certes, mes excuses.
– Passons. Il faut donc croire que tu te plais à être insensé. Faire preuve de discernement n’a jamais été ton fort, mais pour une fois tu vas plus loin que la simple prise de position. Enfin, je critique, mais je comprends parfaitement ta volonté.
– Ha, tu dois bien être la seule.
– Figure-toi que tu serais surpris.
– Soit, je te crois.
– Le cœur, le corps… Cet attachement est fort aisément concevable, et je l’éprouve moi-même par instants, toutefois il émane du cœur. Et dans la voie que tu choisis, c’est le corps que l’on étudie. Je pense que tu peux croire ces demoiselles quand elles te conseillent de retourner en province. Je sais bien que le choix est difficile, mais pourtant il faut en être conscient…
– Ho, mais je pense aussi parfaitement que je peux les croire, et que je devrais. D’ailleurs, ce n’est pas là la question, puisque je les entends parfaitement et que je suis totalement du même avis qu’elles. Mais vois-tu, il y a un facteur qui ne rentre pas en compte dans ces estimations.
– Je sais de quel facteur il s’agit, mon cher, cependant… Illogique ! Tout illogique que tu sois, il faut bien se raisonner un jour ou l’autre.
– Je le sais bien, et pourtant, je ne veux pas. Je ne veux pas réfléchir et me convaincre qu’aller en province me conviendra de A à Z.
– L’ivresse parisienne.
– Exact, tu sais ce que c’est. Ce n’est pas si simple de quitter ce contexte.
– Je comprends bien, mais s’il le faut ? Tu pourras toujours y revenir à l’avenir si le cœur t’en dit.
– Non. Si je quitte la capitale, je n’y retournerai pas. Je le sais.
– Soit.
– Pour une fois que je crois en quelque chose. Que je n’ai pas peur de perdre. Que je pense pouvoir réussir. Faut-il qu’on m’en décourage ? Je te dis, ils ne me comprennent pas. Tu sais bien comment je serai dans cette autre ville.
– Certainement, et c’est pas beau à voir. Mais il ne tient qu’à toi d’améliorer cette image.
– J’aimerais bien, tu le sais aussi. Tous ces gens ont probablement raison, contrairement à moi. Ne pas suivre son instinct ou ses goûts. Inhiber. Paris… Peut-être bien que je n’y arriverai pas, certainement même. Mais j’aurais au moins fait ce dont j’avais vraiment envie, ce en quoi je croyais à ce moment.
– C’est beau, mais peu réfléchi, tu en conviendras. L’échec, tu commences à la connaître. Autant te débarrasser de cette sangsue.
– Il faut croire que je sois un fol idiot doublé d’un être insensé.
– Exactement. »

Il y eu un temps de silence qui marquait la fin de la conversation. Il n’y avait rien à ajouter. Julie marcha jusqu’au bord du toit, sourit, souffla quelques mots entre ses lèvres « Va de l’avant, hein ? », et sauta nonchalamment dans le vide. Atterrissant en douceur sur les pavés, elle reprit sa promenade nocturne, l’air de rien.

#Book

Le train était arrivé depuis quelques heures déjà, et à ce moment de la journée il faisait déjà nuit.
Elle avait passé tout son trajet depuis les contrées bretonnes à lire le dernier ouvrage d’un dénommé Liam Walker, auteur de talent dont elle suivait les péripéties depuis plusieurs mois déjà. Son histoire, si particulière, l’avait dès lors beaucoup intriguée. Au final, elle avait découvert au fil des pages la ie d’un homme mystérieux, envoûtant, meurtri certes mais aussi… fascinant. L’aura d’inconnues qui l’entourait continuellement, c’était tout simplement magique. Elle s’était promis de relire ses anciennes oeuvres dès son retour.

Durant les dernières heures précédant le crépuscules, ses pas l’avaient emmenée flâner dans les rues autrefois pavées de la capitale. la ville-lumière qui était beaucoup plus grise en journée. Enfin c’est le souvenir qu’elle en avait, aussi fût-elle surprise en arrivant à Paris sous un beau ciel bleu et une température plus qu’agréable.
Parcourant des ruelles uniquement peuplées de quelques couples muets devant l’air frais, ou bien des avenues noircies par l’Homme en ce jour de soldes, elle avait aimé rester à la frontière entre ses deux mondes grâce à la musique qui l’accompagnait continuellement.
Elle n’appréciait pourtant pas spécialement tous les artifices plastifiés auxquels les humains donnent tant d’importance, mais le casque qui rejoignait sa blonde chevelure dès qu’elle se dirigeait vers les villes lui était tout simplement vital.
Le brouhaha causé par tous ces gens désirant seulement parler pour ne rien dire, cette agitation constante et vibrante, telle une fourmilière en ébullition… Elle en avait assez et était bien heureuse de ne plus faire partie de ce monde.

Au détour de sa promenade, Julie s’était arrêtée devant une librairie qui se détachait des autres de par son apparence. Elle enleva son casque, coupa la musique et étudia plus attentivement l’échoppe.
Une façade colorée bien qui légèrement ternie par le temps, sans affiches publicitaires venant gâcher sa vitrine, derrière laquelle s’amassaient en désordre des livres cornés et usés. Ce n’est pas ce que les humains attendent d’une librairie habituelle, aussi elle entra après avoir admiré pendant quelques instants l’enseigne de la boutique, qui portait le nom d’Alpha et Oméga.

Elle ouvrit la porte, qui grinça sous l’effort et fit tinter quelques clochettes accrochées au plafond, puis la referma derrière elle. Derrière une dénomination légèrement prétentieuse se cachait une minuscule échoppe que l’on aurait pu loger dans une chambre d’étudiant.
Des étagères encombrées et couvertes de poussière comblaient les trois murs de la pièce qui n’étaient pas occupés par la vitrine.
Il y avait deux meubles au centre de la pièce, mariages entre une petite étagère et une table, tous deux aussi enfouis sous des livres entassés en désordre.
Dès qu’elle fit un pas dans la pièce, le plancher grinça comme s’il venait de subir d’un coup le poids de plusieurs siècles d’usure, et quelques livres chutèrent des étagères où ils se trouvaient.
Julie huma l’air et sentit un très léger parfum de lilas, mêlé à de la lavande, dont elle ne put trouver la provenance au premier coup d’oeil. Elle parcourut lentement les rayons. Sartre, Saint-Exupéry, mais aussi Burton, Malzieux et Garagnon… Cet ensemble hétéroclite n’était pas idiot, bien qu’il semble étonnant au premier regard, loin de là. Après encore quelques instants, elle tomba même sur des ouvrages assez étranges de Van Vogt ou Dan Simmons. Mais qu’importe si cela était déconcertant de trouver tout cela ici. Cette librairie, au nom si équivoque, n’était pas comme toutes les autres.
Il y avait de nombreux auteurs qu’elle ne connaissait pas, mais cela lui importait peu, elle les découvrirait si elle valait la peine d’en être la lectrice.

Au bout d’un certain temps passé à parcourir tous les recoins de la petite boutique qui était toujours aussi vide, elle tomba — littéralement, ayant trébuché sur le troisième volume de l’Encyclopædia universalis qui traînait par là — nez-à-nez avec l’ouvrage qu’elle venait de lire dans le train. Elle se releva, et découvrit derrière, juste dépassant très légèrement sur le côté, un coin bleu marine. Elle sortit le livre incriminé du rayon, le retourna entre ses mains. Il n’était pas très épais, certainement d’une centaine de pages. Sur le dos étaient écrites quelques lignes qu’elle parcourut rapidement sans s’y attarder particulièrement ; elle en épousseta rapidement la couverture, qui s’avéra être étonnamment colorée, et resta bloquée pendant quelques secondes devant le titre de cet éclatant ouvrage : Insomniatic Dreams.

Notre protagoniste n’avait jamais entendu parler de cet écrit auparavant. Son auteur aussi, Shawna Howson, lui était totalement inconnu. Pourtant, il l’intriguait. Ne serait-ce que pour le titre. Insomniatic Dreams. L’anglais ne l’avait jamais effrayée, non, elle avait longtemps vécu au Royaume-Uni, ce n’est pas le problème. Mais il en ressortait une sensation étrange. De curiosité, un peu, oui.

Elle relut alors les quelques lignes au dos qu’elle avait vues plus tôt.
« She wants to be a pixie
Small to fly away
With nylon fibred, thin-stringed wings
And sparkle sounds to say.
But pretty little pixies
So tiny for a whim
All their magic, glow—forgo
To be like her or him.
 »

Elle trouva ça fort joli, et encore plus intriguant. Elle voulait savoir ce qui se cachait derrière ces lignes, quelle était la personne qui l’avait écrit et pourquoi. Suivant, comme à son habitude, ses impulsions premières, elle prit le livre dans le but de l’acheter, mais ne trouvant personne pour cela, elle laissa un billet sur le bureau qui semblait être le moins empoussiéré et sortit de la boutique comme n’importe quelle autre Parisienne venant de faire l’acquisition de quelque chose dont elle avait envie et qu’elle était heureuse d’avoir désormais. Gardant le petit livre dans sa main et ayant remis son casque, elle se remit à suivre le chemin que ses pieds lui dictaient, et finit par se retrouver aux Jardins du Luxembourg.

Elle n’y était jamais venue auparavant, et pourtant elle savait qu’elle aimait déjà cet endroit. Bien que très peuplé en ce dimanche parisien, ce parc était grand, c’était une sorte de poumon géant. Un peu d’air parmi les bâtiments gris et décrépis de la capitale.
Julie se promena durant presque une heure dans le parc, admirant les rayons du soleil qui jouaient avec les branches effeuillées, les grandes mains noueuses des arbres qui se dressaient vers le ciel aussi bleu que ses yeux, les éclats de lumière que reflétaient les eaux des fontaines… Elle crut même apercevoir son étoile durant quelques instants, adossée à une colonne, encore en train d’écrire quelque texte chaotique dans son petit carnet noir comme elle en avait l’habitude. Mais il est possible que son esprit lui ait joué un tour en cet instant.

Puis, elle sortit du parc à la tombée de la nuit, continua à errer dans le quartier universitaire, au coeur de la capitale avant d’échouer dans un café, anglais, près de la station de métro au nom d’arènes poétiques. Elle se posa quelques minutes au point de quasiment s’assoupir, sans penser, juste à avoir l’esprit vide, calme, apaisé et insouciant.
Elle secoua la tête pour se remettre les idées en place, faisant voler ses mèches blondes autour de son visage, commença à lire le petit livre qu’elle avait déniché plus tôt et…

Désolé de ce petit melting-pot ! Mais bon, dans un sens, j’aime que ce soit chaotique et incompréhensible aux mortels :D
Sinon, contrairement à ce qu’on pourrait croire, je n’ai pas lu
Insomniatic Dreams, mais j’en meurs d’envie. l’auteur, quant à lui (enfin, elle), je l’ai découvert il y a quelques jours parmi des centaines de vidéos sur YouTube, que vous connaissez certainement. Nanalew, tel est son pseudonyme, est évidemment anglophone, mais j’aime beaucoup ce qu’elle fait, et a une façon très… touchante, amusante et légèrement intriguante, je dirais, de voir la vie. Voilà pourquoi son livre m’intéresse tant.

#Speaks

Une petite habitation, à quelques mètres du bord de mer. Celle-ci était simplissime : le toit était fait de tuiles rougeâtres et légèrement brunies par le temps, les murs était quant à eux composés de briquues grises et irrégulières. Une petite cheminée exhalait de la fumée et on pouvait apercevoir la lueur d’une lampe à travers le verre translucide dont étaient pourvues les trois fenêtres de l’habitat.

Une fois à l’intérieur, quelques meubles en bois. Vernis ou non. Sur certains d’entres eux s’entaissaient des collections de vieux vinyles ainsi que des disques numériques.
Un feu ronronnait doucement dans l’âtre et diffusait sa chaleur à travers la pièce.

Julie était tournée vers l’un des murs. Vêtue d’un large pantalon vert et d’un t-shirt blanc trop grand pour sa taille, elle s’activait à un ouvrage que son petit corps cachait pour le moment. En se rapprochant d’elle, on s’apercevait alors que ses doigts étaient salis par une sorte de boue grise, dans laquelle notre artiste piochait allègrement afin de modeler une figure qui, pour le moment, n’avait pas de traits reconnaissables. Après encore une heure de labeur, l’oeuvre d’argile ressemblait enfin à quelque chose. A quelqu’un, plutôt. Cette personne, c’était lui. La personnalité dont elle était issue et qui lui avait donnée vie il y a de cela plusieurs jours. Elle fit chauffer son ouvrage quelques minutes dans la cheminée afin de lui donner une consistance fixe, puis le posa sur une table, à une place entre une pile de livres usagés et un tas de vinyles poussiéreux.
Après cela, elle se positionna face à son oeuvre, prit une profonde inspiration avant de s’adresser au visage avec véhémence
:

« Bon, j’ai pas l’habitude de m’énerver ainsi et je m’excuse si je tombe si bas, mais là je me devais de faire quelque chose. Faut arrêter là ! Non mais franchement, tu t’es vu ? Tu agis comme une loque ces derniers temps ; et on dirait presque que ça te plait d’avoir cette pseudo-personnalité qui est, je dois dire, complètement stupide !
Donc arrête de vivre comme un chiffon tombé par terre, bouge-toi un peu ! Si ça te plaît pas ce que tu fais, bah tant pis, tu as de quoi vivre ta vie tranquillement sans t’en préoccuper ! La musique, les films, les livres, l’écriture, Paris, et encore, j’en passe ! Alors arrête de te focaliser sur quelque chose qui n’en vaut pas la peine.
Maintenant, oui, il y a des gens idiots partout, et en nombre, ça, je te l’accorde. Mais permets-moi de penser qu’il existe aussi beaucoup de personnes en lesquelles avoir confiance, avec lesquelles tu peux partager des fragments de ta vie sans pour autant en craindre les critiques. Et là, tu ne peux raisonnablement pas me contredire. Alors tu sais ce qu’il te reste à faire. C’est comme on te l’a déjà dit : pas la peine de rester bloqué devant une porte. Sois tu entres, sois tu fais demi-tour. Regarde ce que patienter vainement t’a apporté auparavant ! C’est bien gentil de dire aux autres de se ressaisir, mais tu devrais le faire aussi !
A partir de maintenant, tu arrêtes de te focaliser sur le passé, si heureux et tentant soit-il, et tu vas de l’avant ! »

Elle reprit son calme, regarda son oeuvre dans les yeux et lui dit, avec un demi-sourire mais beaucoup de sérieux dans ses iris bleutés :

« Inutile de te dire que ce n’est pas discutable. »

Elle prit ensuite le buste de terre et l’enveloppa dans un drap rouge, troué, qui traînait par là. Elle sortit rapidement de ce lieu, courut jusqu’au bord de la plus proche falaise puis sortit sa création de son enveloppe de tissu. Elle l’embrassa légèrement sur le front de ses lèvres rosées, la réenveloppa dans le drap pourpre avant de la jeter dans les flots bleus et agités de Bretagne.

#Time

Ses cheveux blonds, teintés de quelques mèches brunes, se rabattent sur son visage sous le souffle vent. Elle est habillée d’une veste rose et d’un jean bleu. Un pleu presque identique bien que légèrement plus clair habite ses iris orientés vers l’océan. Ce dernier revêt encore une fois sa couleur abyssale, bien que moiroitante par endroits sous les rayons du soleil estival. Nous sommes en plein après-midi, au sommet d’une falaise. Le sol est recouvert d’une légère épaisseur d’herbe teintée d’émeraude, quelques fleurs pointillent cette couleur unie par des tâches la plupart du temps blanches ou jaunes dans le verdure. Un arbre de quelques années est planté au bord du précipice. Ses fruits, quels qu’ils soient, sont tombés depuis plusieurs mois et le végétal n’est donc garni que de feuilles vertes réfléchissant en mosaïque la lumière du soleil qui vient les frapper.
Julie, elle, est assise au bord du vide, les jambes se balançant lentement, rêvant encore une fois à des lieux inconcevables et inaccessibles, laissant tranquillement sa peau légèremet brunie subir la caresse de l’air et appréciant les langues de lumière qui viennent lui réchauffer le visage.

Ses lèvres esquissent un sourire, puis elle soupire lentement. Elle semble heureuse.

« Vous savez, c’est bien de ne rien faire. A ce jour, notre société toujourd hyperactive et soumise à un stress permanent ne s’arrête jamais de tourner. Elle continue sa course folle, chaotique et arythmique, inlassablement telle un troupeau de Lemmings. Les gens ne prennent plus le temps de profiter du temps. Cet unité universelle qui se révèle si précieuse une fois qu’on sait l’écouter… Aujourd’hui, voyez-vous, « le temps c’est de l’argent », et rien d’autre. Ho, bien sûr, on répondra à cela que c’est par souci d’efficacité, de rentabilité. La longueur même de ces mots est un contre-sens. Plus on gaspille de temps pour concevoir un objet, plus le mot qui le décrira sera long. Et passablement inutile. Si, il faut bien l’admettre. Aujourd’hui, on ne sait plus quoi inventer à part de quoi passer notre temps à nous occuper « intelligemment ». Permettez-moi d’en rire.
Le temps est si précieux. Alors profitons-en ! Passer quelques instants à ne rien faire, simplement se relâcher. Ecuter, regarder, sentir. Même nos sens les plus primaires sont émoussés après tout ce temps de pourissement.
Je ne doute pas un seul instant que vous ne m’écouterez pas, mais c’est comme ça que me vient l’inspiration. Que j’entends la mélodie que ma plume composera ensuite.
Pour cela, il suffit de le vouloir. De prendre le temps de savourer le temps… »

Cet écho résonne quelques instants dans le murmure du vent, puis la quiétude de la journée reprend ses droits.

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