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Bon alors en premier lieu, la retranscription d’un rêve datant d’à peu près un an et demi, qui m’avait vraiment marqué sur le coup. Donc voilà, il est tard, l’inspiration vient plus facilement quand l’inconscient montre le bout de son nez, du coup, je me suis permis de réécrire le rêve en question. Ben quoi, j’avais aucune idée pour remplir cet article donc il faut bien trouver quelque chose ! :D
Qui plus est, ça me tournait dans la tête depuis quelque temps…

—–
Comment tu peux me faire ça ? Et surtout, comment oses-tu me le faire maintenant ?! Je te déteste, je te hais, tu n’as pas le droit ! Tout avait si bien commencé, et toi, cachée derrière tes cheveux blonds, tu t’empresses de tout foutre en l’air en un clin d’œil… Bravo à toi, ô insensée !
Je ne sais même pas si je dois rire ou pleurer, je ne sais même pas à quoi tu m’autorises. Pathétique de la situation, fatalité du destin… Ironie du sort. Ce même destin que tu t’es amusée à provoquer une fois de plus. Une fois de trop.
Idiote !

J’ai mal. L’éclat soudain de la lumière me brûle les yeux. Tous ces rayons de soleil frappant l’océan, une multitude de miroirs pointés vers la côte. Secondes d’aveuglement puis le monde retrouve ses couleurs. C’est en plissant les yeux face à l’astre au zénith que j’aperçois les premières esquisses du paysage qui s’étend au-delà de la route bordant la plage qui forme un léger arc de cercle.
La marée semble basse et les vagues frappent timidement les premiers bancs de sable. Des parasols plantent leur pied dans le sable, épars. La fusion de ces parapluies estivaux avec les serviettes étalées tel un patchwork géant forme certainement un tableau des plus appréciables vus du ciel.
Les enfants sautent, courent après des ballons multicolores en se jetant des gerbes d’eau scintillante. Toutes ces silhouettes inconnues dansent et chantent intérieurement sous le soleil qui leur brûle doucement la peau.
Le vent chaud sur mes joues signifie, même pour le citadin que je suis, que c’est une belle journée. Je me laisse emporter par l’atmosphère de tranquillité régnant dans ce non-lieu et souhaiterais presque m’envoler pour suivre la côte et les rochers.
J’ai encore du mal à y croire. Le cri sifflant des quelques mouettes planant au-dessus des eaux translucides me ramène vivement à la réalité et à la voiture bleue qui passe moins d’un mètre devant moi à toute vitesse.
Je ne veux pas regarder, mais je sais qu’ils se trouvent dans mon dos. Tous. Toutes ces tentations et tous ces chapitres, toute mon histoire que je veux laisser derrière moi pour quelques heures. Tous ces buildings gris, croulant sous leur propre poids, gonflés par les pièces rouillées des touristes venant s’aventurer en ces lieux. Oublions, ils ne m’intéressent pas aujourd’hui.

Le monde s’amuse et une silhouette s’en détache. Pas besoin de l’observer des heures durant pour savoir. Je te reconnaîtrais entre mille.

Grotesque. Ta bouche tremblante et pleine de sang qui esquisse un sourire, survolant les mensonges que tu t’apprêtes à dire. Tes cheveux si blonds qui volent au vent et tombent devant tes yeux. Par un geste de l’une de tes mains brisées, tu replaces la mèche rebelle derrière ton oreille. Cliché. Terriblement cliché.
Et pourtant, j’y crois. J’y ai toujours cru. Tes yeux bruns qui se lèvent et se posent sur moi. Un ange. C’est un ange que je vais rencontrer.

Je sens une sorte de panique prendre ses droits sur mon corps. Respiration, rythme cardiaque, système nerveux. L’air trouve difficilement son chemin vers mes poumons tandis que mon cœur décide subitement de faire un bond et d’accélérer sans prévenir. Impatience. Un léger tremblement agite ma main droite qui se crispe instinctivement. Je ne peux pas y croire. C’est impossible. Et pourtant, c’est réel.
Menteuse !

Tes lèvres roses dévoilent tes dents et son sourire s’agrandit. Bonheur. Ton pas s’accélère et tu poses le pied sur le bitume, sur le premier de ces rectangles blancs parfaitement alignés. Des sandales accompagnent tes pieds nus, ces traîtres qui auraient dû s’arrêter. Tu portes un t-shirt blanc légèrement trop long ensanglanté et considérablement sali. Un short de jean bleu complète ce dont tu es vêtue en cette journée brûlante et dévoile la longueur de tes jambes en morceaux.
Si j’essaie de me souvenir, alors je me rappelle une écriture rose pâle. « Rock ! », écrit en grand et en diagonale sur ton t-shirt, suivi de « Music. Life. » en plus petit. Tu as une mèche brune derrière ton oreille gauche, rougie par le sang. Un liseré blanc le long de ton short. Un tableau parfait, mais qui n’est qu’un faux. Une odieuse impression cachée derrière un brin d’irréelle authenticité.

Un rêve. De ceux qu’on ose pas imaginer, irréalisables et définitivement inaccessibles. Ce doit être la surprise de me rendre compte que c’est réel qui me choque à ce point. Hahaha. Quel idiot je fais. Stupide et crédule. Je me laisse berner par la perfection de l’instant, par ton sourire théâtral et toute cette scène magnifiquement orchestrée pour que je ne me doute de rien jusqu’au bout. LIAR ! L’anglais prend le dessus quand je ne sais pas comment exprimer ma frustration, ou ma honte d’être tombé dans tes filets avec une telle facilité.

Telle une magicienne qui aurait cliqué sur un personnage, demoiselle au prénom doré, tu t’avances tranquillement vers moi en occultant le reste. Là, en revanche, tu as fait une faute : il y a de l’impatience dans tes yeux et dans tes pas pressés. C’est ce qui t’a achevée. En écrivant cette ligne, je me dis que tout ce manège était peut-être réel, finalement. Pourquoi pas. Mais c’est trop tard. Parce qu’à l’instant suivant, tu y mets fin.

Choc.
Ah ça, tu as joué ton rôle à merveille. Rien, aucun indice jusqu’au bouquet final. La surprise fut totale…

Tu regardes devant toi, en ma direction. Un rapide regard vers ta droite, tu accélères le pas pour traverser. Crissement de pneus qui freinent brutalement et tentent vainement de s’accrocher au bitume. Le bruit te fait tourner la tête, trop tard.
Formidable. Quelle maestria ! Applaudissons ensemble le metteur en scène de cet acte et l’actrice principale formant un duo des plus explosifs !
Moi qui attendais ce moment depuis si longtemps… Une réunion unique que je n’avais autrefois même pas osé espérer. Mes félicitations ma chère, tu viens de réduire à néant ce fol espoir ! Tu es douée, il n’y a pas à le nier, jusqu’à la fin je n’ai rien soupçonné !

Comme dans les films. Je vois le choc juste avant qu’il se produise. Du coin de l’œil, cette tâche rouge mouvante m’interpelle. Sa vitesse est anormale. Non, non, non, non, non, non ! Tout se fige comme une photo, je vois l’avenir défiler devant mes yeux et je ne peux rien faire pour l’éviter. Je meurs une première fois, tué sur le coup par mon impuissance flagrante.

Le véhicule rouge vif arrivant par ta gauche te fauche à hauteur des genoux, tes jambes forment quelques instants un angle improbable avant de se briser, ta sandale droite quitte ton pied et tu t’envoles sous l’impulsion. Tu marches sur les cieux durant un instant, ta tête heurte le pare-brise sur lequel tu retombes lourdement. Il se fissure et tu glisses au bas du meurtrier qui parvient à s’arrêter trois mètres plus loin. Trop loin. S’arrêter au moment opportun aurait été trop prévisible de toutes façons.

Ce serait mentir que dire que je m’y attendais. Secondes de silence total, sans battement de cœur, sans réfléchir. Choc. Retour à la réalité. C’est paniqué que j’interpelle vivement le conducteur, un barbu d’environ vingt-cinq ans — je ne sais pas pourquoi tant de détails me reviennent à l’esprit —, pour lui ordonner d’appeler les urgences, pour me rassurer mais sans grande conviction.

Non, non, non, non, non, non ! Cela ne se peut pas !

Tu es consciente mais tes yeux cherchent un repère. J’oublie instantanément tout ce que j’ai pu apprendre et cours à tes côtés. Sans savoir pourquoi, je note d’innombrables détails. Un grain de beauté sur ta joue gauche, tes oreilles vierges de tout artifice, une seconde mèche brune dans tes cheveux, la commissure de tes lèvres très légèrement plus haute à gauche qu’à droite, la teinte de vert dans tes iris… C’est naturellement que ta main vient se loger dans la mienne. J’ai peur. Je suis paniqué et je ne sais pas quoi faire. Tu cherches à parler mais le sang t’en empêche, tu essaies de murmurer avec peine. Tu as mal. Je le vois, je le sais. Tu ne me quittes pas du regard quelques larmes perlent à tes yeux. Je ne peux rien dire. Rien. Je ne peux rien faire.

Non, non, non ! Tu n’as pas le droit ! Menteuse ! Arrête ça tout de suite, tu ne peux pas faire ça ! Cruelle, tu es cruelle ! Tu oublies tout ce que tu as promis, tout ce que l’on avait prévu ; tout ce qu’on attendait tous les deux ! Menteuse !

Ce fouillis intérieur est vain. Je peux à peine te tenir dans mes bras tellement je crains de te faire souffrir. Toutes ces années pour quoi ? Rien. Je ne peux rien faire, rien dire, rien penser. Tous ces détails que j’emmagasine, gravés dans ma mémoire comme une ultime confidence empoisonnée que tu me fais.
Je suis à peine bon à prononcer ton prénom, comme une plainte pour te rattacher à la vie. S’il te plaît…

Ta poitrine se soulève de façon irrégulière et, comme dans le plus nul de tous les films, de plus en plus lentement.
Incapable, je suis juste bon à te regarder mourir sous le zénith, entourés du bruit des enfants riant sur la plage.
Morte. Tu es morte.

Tu avais promis… Et tu as tout détruit.

Voilà, voilà. Ce qui est amusant, c’est de constater que bien que le temps passe inlassablement — sisi je vous assure, comptez les secondes et vous verrez qu’elles ne s’arrêtent pas avant que la pile de votre montre soit vide… — j’apprécie toujours autant cette demoiselle. Enfin comme un bon nombre de personnes, je ne supporterais pas qu’il lui arrive quelque chose. BREF.
J’avais aussi envie d’écrire un texte sur le froid, mais là j’ai la flemme donc peut-être en fin d’article, si vous êtes sages et qu’il est pas trop tôt.

Alors, sinon ! Alors pour commencer, j’ai pour Noël eu droit à un joli agenda estampillé Moleskine, rougi aux couleurs de New York. Ledit agenda, de relativement petit format, m’offre généreusement dix lignes par jour. Lignes que j’ai choisi d’utiliser pour conter mes aventures ! Yeaaaah. Enfin, c’est un bien grand mot. Disons que j’y note ce qui m’a +/- marqué dans la journée, ou mes pensées quotidiennes. Et je m’oblige à faire ça tous les jours, jusqu’à la fin de l’année.
Première question qui se pose : pourquoi ? Pourquoi se lancer dans un petit projet sans intérêt comme celui-là ? Et bien tout simplement parce que ça me permet de me rendre compte que je suis bel et bien vivant — sisi je vous assure —, que j’ai bien vécu chaque jour de cette année 2012. Et puis ça me permettra de m’en rappeler les détails. Si un jour je veux me souvenir de ce que j’ai fait à ce moment, je n’aurai qu’à ouvrir mon carnet pour le lire.
Oh, je ne sais pas si c’est une bonne chose d’avoir la possibilité de raviver n’importe quel souvenir à partir du 26 décembre 2011 — premier jour de l’agenda, ndlr. — mais je pense que ça peut être intéressant. Et si le cœur m’en dit, peut-être que je récidiverai l’an prochain, pourquoi pas après tout. Mais pour l’instant, j’ai encore la majeure partie de l’année à compléter.

Deuxième question qui se pose… Est-ce que je vais vraiment m’en rappeler rien qu’en relisant ? À cette question que l’on pourrait presque considérer comme étant rhétorique je répondrai comme suit : non. Je ne me souviendrai certainement pas de tout puisque tout dans cette année ne me marquera pas tant que ça. Et aussi… Parce que je n’accroche pas une photo par jour. Encore heureux sinon il aurait déjà quadruplé de volume. Mais pour certains jours, oui. Simplement les clichés que je trouve réussis, ou beaux.

Troisième et dernière question… Qu’est-ce que ça signifie pour moi ? En vérité, j’aimerais bien placer ma vie dans ce carnet. C’est pour cette raison que j’ai joins aussi des photos des artistes, films et compositeurs que j’apprécie, que j’y ai noté des dates d’anniversaire et que j’ai utilisé quelques trombones supplémentaires pour accrocher le portrait de personnes auxquelles je tiens particulièrement. Peut-être que tu y es, petit/e lecteur/trice, qui sait ? :)

C’est aussi pour ça que, bien que ce soit très personnel finalement comme écrit, j’aimerais le faire lire, un jour, à quelqu’un. Qui ? Je n’en sais encore rien et ne suis pas pressé de le découvrir mais ça aussi, ça me tient à cœur.

Tiens, en parlant de ça, ma motivation. En fait, je suis motivé pour réussir cette année parce que je veux devenir médecin. Toutefois, si je réussis ce semestre et laisse donc la Paces derrière moi à la fin de l’année — en admettant que ce soit possible… —, j’ai quelque chose à faire. Quelque chose qui me tient énormément à cœur, depuis beaucoup trop longtemps. Oui, c’est un « secret » que j’ai sur le cœur mais qui ne me pèse pas du tout. Ce sont des aveux qui me donneront — je crois — une pèche incroyable pour la suite. Et si ce n’est pas le cas, tant pis, j’ai vraiment envie de trouver enfin le courage de faire ça.

Mais — car il y a un mais — tout cela dépend d’une condition. Il faut que je réussisse du premier coup. Sinon… Beh, je crois que sinon je ne vaux pas la peine de le faire, et que dans ce cas il faudra oublier ce fol espoir.
Attention, ce n’est pas pour dire que dans ce cas je ne redoublerai pas ! Mais que devrai certainement renoncer à ce dont j’ai tant envie au fond de moi.

Note : c’est amusant parce que j’en connais une qui s’échine à vouloir deviner ce que c’est… Peine perdue ! :D

Maintenant, tentons de parler littérature !
Enfin, je dis ça mais je n’ai pas lu grand-chose. Il faudrait. J’ai commencé beaucoup trop de livres pour que ce soit raisonnable et j’en ai lu quelques-uns.

Le premier d’entre eux est L’Ombre d’un Destin. Inutile que je mentionne l’auteure puisque c’est une amie et que vous ne la connaissez pas. Un écrit intéressant bien qu’un peu enfantin. Comme tout débutant, elle a du progrès à faire et je suis sûr qu’elle pourra atteindre des sommets !

Le second livre que j’ai parcouru de long en large est L’Amour dure trois ans, de F. Beigbeder.
Bon alors autant vous dire qu’il n’y a que deux choses qui m’ont marqué dans ce livre : l’emploi d’une première personne franche et vive assez prenante, enivrante, et le manque total d’intérêt de cette œuvre.
Mes impressions sont, pour ce livre, que Beigbeder ne se livre ici qu’à dire à voix haute ce que les gens aimeraient dire et/ou penser. Donc aucune inventivité. Normal puisque c’est une autobiographie à ce qu’il paraît. L’œuvre est bourrée de clichés et prévisible. On ne prend pas un plaisir fou en le lisant, surtout pour une chute aussi inintéressante que pathétique. Franchement, je l’ai lu mais il ne m’a pas intéressé. Vraiment pas. Je l’ai lu parce qu’on me l’avait recommandé mais je n’en suis pas ressorti grandi, enrichi avec, si ce n’est pas un enseignement, au moins une expérience notable. Non, même pas. Après l’avoir lu j’avais juste envie de dire « ok. » Il ne m’a rien appris, si ce n’est la durée de vie de l’ocytocine… Merci Dr. Beigbeder pour cette instruction !
Par ailleurs, sur le plan relationnel, rien d’intéressant non plus… Honnêtement c’est un livre à lire, un bon livre parce qu’après en avoir parcouru les pages on peut dire « je l’ai lu. ». Sinon, pas la peine de perdre votre temps.

Parmi les ouvrages que j’ai commencés… Il y a Le Roi Lear, Bettý — un policier à rebours assez prenant —, La Fin de L’Eternité — de la cience-fiction, comme vous vous en doutez — d’I.Asimov, Macbeth et bien évidemment Insomniatic Dreams dont je fais la lecture perpétuelle.
Et dans mes piles de livre s’alignant sur ma table de chevet se trouvent 1984, Le Livre sans nom, Othello, Cher Jupiter, Entre le chaperon rouge, le loup, et moi, c’est fini… Autant vous dire que les prochaines vacances que je rencontrerai seront littéraires !

Maintenant parlons 7è Art !

Alors tout d’abord, j’ai vu Contagion. Un film catastrophe plutôt intéressant sur ce qu’il se passerait probablement en cas d’épidémie soudaine et de grande envergure. Sur le plan médical, sociologique, humanitaire, tout ça, il est vraiment passionnant. Des médecins ont participé à l’écriture du scénario et ça se ressent.
En fait, il était très réaliste… La corruption des gouvernements par les laboratoires pharmaceutiques, mettant en péril la survie de la moitié de l’humanité en refusant d’admettre l’efficacité d’un homéopathique. La crainte des gens de perdre pouvoir et argent en investissant dans des structures d’accueil de soin… Le choix des premiers vaccinés…
Ça fait un peu peur dans un sens, mais c’était vraiment très intéressant.

Dans le même registre, j’ai aussi regardé Living In Emergency, un documentaire sur Médecins Sans Frontières. Comment dire ce que j’ai ressenti… Ça prenait au cœur quoi. Ça a l’air terrible mais ça donne vraiment envie d’y participer tellement il y en a besoin. Je pense que c’est une expérience vraiment difficile à vivre mais qui est très enrichissante. En ce qui me concerne j’ai déjà décidé que je le ferai, sans nul doute.
J’ai retenu notamment une phrase : « Je ne pouvais pas imaginer ce que ça ferait d’être *le* docteur de la ville ». Là-bas, pas d’horaires jolies et gentilles. La disponibilité doit être quasi-permanente. Vraiment très intéressant et très touchant.

Du côté des Studios Ghibli, deux nouveautés et demi !
La première, Le Royaume des Chats. Très objectivement, c’est le conte de la famille à Totoro que je trouve le plus agréable. Le plus mignon, le plus léger, le plus enfantin. Une lycéenne qui se retrouve transformée en chat et coincée par la même occasion dans le petit monde des félins, si ce n’est pas mignon ça. Un peu trop enfantin comme départ peut-être, mais finalement c’est surtout magique et absolument pas niais. Les personnages sont caricaturés et pleins de comique, c’est plutôt rafraîchissant.
Qui plus est, l’histoire est tout de même relativement belle, avec presque une critique du monde réel. J’aime beaucoup, c’est vraiment le genre d’œuvre qui fait agréablement voyager pendant un peu plus d’une heure. Il est vrai qu’il est moins mature que les films de Miyazaki, mais justement c’est tout un charme. Et c’est peu facile aussi, je le crois. Créer un conte sans tomber dans la niaiserie… C’est un défi relevé d’une main de maître.

En deuxième lieu, Si tu tends l’oreille. Là encore, la protagoniste est une lycéenne. On y retrouve d’ailleurs quelques personnages félins de l’œuvre sus-nommée.
À travers l’écriture et la musique, elle chercher à s’évader dans un autre monde qui serait discrètement tapi dans le notre. J’ai trouvé ce film très touchant parce que Shizuku essaie en même temps d’atteindre un but, de se prouver quelque chose… Un peu comme moi en fin de compte. C’est une fois qu’elle l’a prouvé qu’elle se rend compte que oui, elle ne vaut pas rien.
Ce dont je ne suis pas encore tout à fait convaincu pour moi par moments, je dois l’avouer.
Se lie en filigrane une relation amoureuse avec un petit violoniste tout aussi rêveur qu’elle.
J’ai bien aimé le fait qu’elle s’acharne vraiment sur l’écriture, délaissant sa famille, sa santé au profit de ce dont elle a envie, et de son amour finalement. C’est peut-être — et même certainement — égoïste mais j’ai trouvé que c’était bien rendu. Il faut y croire !
Le film se termine, ô belle coïncidence, sur un lever de soleil. Bien sûr, cela m’a aussitôt rappelé Parménie. Puis, une très charmante déclaration d’amour, que je vais reprendre ici tellement je la trouve joliment formulée. Pour rappel, les deux personnages sont deux adolescents et ne forment alors pas de couple.. Et ici c’est le garçon qui parle.
« Dis, je peux te demander quelque chose ? Voilà, je ne sais pas dans combien de temps ce sera mais… Shizuku, veux-tu m’épouser ? » #CutenessOverload

La dernière moitié de partie cinématographie Ghiblienne est… La colline aux coquelicots ! À moitié parce qu’il m’intéresse maiiiiis seulement je ne l’ai pas vu… Il a l’air toutefois toujours aussi intéressant. Peut-être demain, qui sait.

Ensuite, entre temps, je suis allé voir Hugo Cabret. Un petit conte assez mignon qui narre les péripéties d’un jeune enfant poursuivant les fantômes de son père à travers le métier d’horloger. L’histoire est belle mais manque cruellement de profondeur. J’aurais bien aimé qu’elle soit plus glauque, plus steampunk. Plus réaliste qu’un conte enfantin.
Toutefois j’ai bien aimé les apparitions des films de Georges Méliès ainsi que de la jeune Chloë Moretz. Une petite actrice que j’aime bien.

Ensuite, j’ai vu Intouchables. Ce film est absolument génial. Deux petites heures de pur fou rire. Sur ce point, le meilleur film que j’ai jamais vu. De la vraie détente. Un film que je ne regrette vraiment pas d’être allé voir.

Ensuite, il y a Take Shelter. Ça, c’est différent. Je l’ai vu dans un cinéma d’Art & d’Essai, un soir. C’était très amusant car dans le hall il n’y avait que des amateurs de films. Des vrais. Des cultivés. Qui allaient vers les gens leur dire bonjour, ce qui suggérait l’appartenance à un club de cinéphiles. C’était vraiment une très belle atmosphère. Le genre de personnes avec lesquelles on peut parler après le film et avoir un vrai avis, fondé, sur ce qu’on vient de voir.
Évidemment, un tel film ne pouvait être projeté qu’en version originale. J’ai donc eu l’immense plaisir de voir une œuvre de plus en anglais dans une salle de cinéma. Je crois que ma dernière expérience de ce genre remonte à Arrietty, vu au cinéma des Halles Châtelet avec une petite écrivaine.

Take Shelter ou l’histoire de la paranoïa.

Le protagoniste ? Un ouvrier, père de famille, aimé par sa femme et sa fille, sourde. Rêves récurrents d’une tempête étrange, violente et empêchant les gens d’agir d’eux-mêmes. Au lieu de cela, humains comme animaux déploient une haine meurtrière envers leurs confrères et vers notre homme. L’apparition de ces rêves vire donc à la paranoïa. Il se met à construire un abri anti-tempête — « take shelter » signifiant « se mettre à l’abri » —…
C’est un film très intéressant car bien qu’il semble être le fou, l’insensé du film, on a aussi un point de vue particulièrement crédible sur lui, ce qui fait qu’il n’est pas si effrayant pour le spectateur.
Il me semble très réaliste par ailleurs. Exemple avec la scène où il se rend chez un psychologue et débute la consultation par « ma mère était schizophrène à tel âge, j’ai à peu près le même âge […] il faut tels symptômes pour une schizophrénie, j’en ai 4/10, ce qui correspond à tel niveau de la maladie… », et là on voit bien la peur qui l’habite.
Les rêves qu’ils fait sont angoissants, tant pour lui que pour le spectateur qui est contraint de les suivre à la première personne. Il lui arrive aussi de perdre le contrôle de lui-même et de se lancer dans des crises de folle colère assez violentes.
Somme toute la folie est vraiment parfaitement rendue ici, mais plus sur le plan pathologique que sur le plan spirituel. Dans Hamlet, le héros éponyme devient fou parce qu’il le veut, rien à voir avec une quelconque hallucination. Là c’est différent. Deux œuvres incomparables et qui pourtant se recroisent…

Sans cela j’ai aussi vu J.Edgar, le dernier long-métrage réalisé par Clint Eastwood ! La biographie de l’homme du même nom qui était le premier patron du FBI, et aussi considéré comme homosexuel voire travesti à ses heures perdues.
C’est un film plutôt intéressant, toujours sous la marque d’Eastwood. Très réaliste. Bien évidemment, ce n’est pas très dynamique, contrairement à Public Enemies qui est bien plus vivant.
Dans J.Edgar joue DiCaprio dans le rôle principal, que je vois avec joie revenir sous le feu des projecteurs pour des rôles assez intéressants : Shutter Island, Inception… C’est agréable car on se rend compte qu’il a un certain potentiel.
C’est Johnny Depp qui tient le premier rôle dans Public Enemies. Et c’est tout aussi agréable car il montre avoir la capacité d’exécuter des rôles plus sérieux que celui d’un pirate caribéen ! En effet, n’est pas John Dillinger qui veut, celui que l’on considère comme l’un des plus grands bandits des années 30 aux USA !
Il est d’ailleurs amusant car entre ces deux films le parallèle s’est fait de façon automatique. Et puis comme sieur Edgar a activement participé à la capture de Dillinger, c’est tout à fait normal de les relier en fin de compte.

Au fur et à mesure que j’écris je me souviens de film que j’ai vus et dont je n’ai pas parlé…

Rain Man par exemple ! Ou l’histoire d’un autiste que l’on confronte au monde réel. Une épopée très intéressante menée par lui et son frère, au départ dans le but de gagner de l’argent mais, finalement, d’apprendre à se connaître. C’est une belle histoire parce que les deux personnages évoluent vraiment le long du film. Il faut apprendre à traiter les autistes avec sympathie et à ne pas leur demander de s’aligner sur nos lois. Au contraire.

D’ailleurs, qui a décrété de quel côté des murs se trouvait l’asile ? Hmm ?

Bon alors comme à mon habitude, un peu de musique pour terminer cette grande accolade d’inutilité ! :D

Commençons par du classique ! Et commençons par Dvorak. Ce grand Dvorak, auteur de la symphonie que l’on nomme comme étant celle du « Nouveau Monde » et dont vous avez certainement entendu l’une des parties les plus connues. Je trouve ça… Indescriptible. Cette composition a une telle force, c’est vraiment incroyable. Je devrais écouter ça en allant à la fac pour oublier le froid tiens.
Ah je crois que je ne comprendrai jamais comment un simple assemblage de notes peut véhiculer tant de puissance. Mon dieu.

En deuxième lieu, je vous avais déjà brièvement parlé de la bande-son de L’Étrange Noël de Monsieur Jack. Je prends cette fois en considération What’s This, dont je me suis subitement aperçu connaître les paroles ._.
J’aime beaucoup ce morceau, très enchanté, dynamique… Plein de couleurs. Toutes les conditions sont donc réunies pour une reprise par les Fall Out Boy ! Et cette version est pleine d’énergie, j’ai envie de secouer la tête en sautant partout quand je la chante, ce qui est très rare et donc à prendre en note…

Troisièmement, place au groupe au nom étrange, M83, et à son album Hurry Up, We’re Dreaming !.
Je dois admettre avoir eu un véritable coup de cœur pour le morceau s’intitulant Raconte-moi une histoire. C’est un groupe anglophone mais le titre est très équivoque et parfaitement bien choisi. Les paroles traitent d’une toute petite fille narrant l’histoire d’une petite grenouille magique… Très beau. S’il y a un morceau à écouter, c’est bien celui-là !

Dans un registre un peu plus large, M83 est un groupe étrange mais leur musique est particulièrement belle. Midnight City est particulièrement réussie elle aussi.
Ils semblent moyennement connus mais c’est un groupe innovant qui gagnerait à être répandu pour son talent !
C’est bien cet album qui constitue mon coup de cœur musical du moment, sans un seul instant de doute. Je le conseille à tout amateur de nouvelles sensations fort plaisantes (oui cette phrase est à double sens, bande de pervers !), il/elle sera satisfait/e.

Et, le plus surprenant pour la fin… L’adaptation au piano de la bande-son d’un jeu chelou que je ne connais pas. J’ai nommé U.N. Owen was her. Ce petit morceau est très bien pensé, intriguant, inhabituel et donc on-en-peut-plus intéressant à découvrir. En fait, il est étrange donc indescriptible.
Et pourtant, très envoûtant… Je pourrais l’écouter en boucle.
Dans la vidéo, j’aime particulièrement le fait qu’il s’agisse d’un piano « automatique », qui abaisse seul les touches… Ça donne un côté magique et surnaturel à la chose, assez amusant.

Sans cela… l’un des événements majeurs du mois de décembre fut, il faut l’admettre, ce satané concours. L’aboutissement de ce premier semestre dont je me tirai avec une note minable, en sachant que pour l’instant je ne valais pas mieux. Au-dessus de la barre des 50%, j’ai alors vu mes chances de passer dès cette année fondre comme neige au soleil. Normal. Mais maintenant que j’ai trouvé une vraie raison de réussir, je crois que je serai frustré à la fin de l’année parce que finalement je ne m’autoriserai pas à faire ce dont j’ai tellement envie, par cause de cet échec. Enfin bon, nous verrons bien. Il n’y a plus qu’à s’accrocher et Alea jacta est, comme dirait Jules.

Mis à part ces péripéties studieuses, j’ai eu l’immense plaisir de me voir offrir un joli Reflex pour Noël. C’est beau. Je n’aurais jamais cru cela possible. Et pourtant, je peux le tenir entre mes mains. Cela fait pas mal de temps que j’aimerais aller me promener et faire de belles photos, mais en fait Tours est inintéressante. Elle permet de beaux clichés à partir du moment où il y a du monde. Ou alors… de la neige ! Comme c’est subitement le cas ce matin ! C’est formidable, si vous saviez depuis le temps que j’attendais que ça tombe… Je suis heureux, et si les flocons ont la gentillesse de s’achever avant le coucher du soleil, je m’offrirai peut-être une rafraîchissante épopée photographique dans les rues de la ville.

Hmmm encore une fois j’ai oublié l’essentiel. Et l’essentiel, c’est quoi ? Pink Floyd mes amis, PINK FLOYD !
Le best-of de ce groupe, sorti d’outre tombe dans les rayons de la Fnac, m’attirait depuis quelque temps. Il est évident que c’est un groupe que l’on ne peut que difficilement qualifier de récent, et qu’en conséquence de ça il m’intéresse au plus haut point. Toutefois, le prix avait tendance à me refroidir. C’est pourquoi, dans l’illégalité la plus totale, j’ai préféré l’obtenir via un site pas du tout légal et maintenant hors-ligne, avec 100% de réduction.
Après une sympathique écoute desdits morceaux, qui me touchaient au plus haut point, j’ai décidé d’aller acheter l’album qui, à mon sens, en valait finalement le prix. Chose que je n’aurai certainement jamais faite si toute forme de téléchargement gratuit était interdite, mais bref.

C’est donc ainsi que A foot in the door se retrouva au sommet de ma pile de disques. Ah, Pink Floyd. Groupe mythique comme il n’en existe plus de nos jours.
Bien entendu, je suis sûr que chacun et chaun d’entre vous a déjà eu le plaisir d’écouter Another Brick In The Wall (part 2). Sisi, je vous assure. Un morceau qui ne se définit plus tellement il y a de choses à dire à son sujet. Mythique et inoubliable.

En deuxième lieu, High Hopes. Ce morceau-là est le premier qui m’a frappé. Un son de cloches déstabilisant mais, pour tous vous dire, mystérieusement envoûtant. Un morceau à écouter au calme et à suivre avec attention. C’est une sorte de… complainte apocalyptique, de renaissance, de choses étranges entremêlées pour notre plus grand plaisir auditif.

Enfin, Shine On You Crazy Diamond. Ça, c’est le morceau indescriptible. Celui qui laisse sans voix. Une symphonie électrique, une ode à la musique… Une composition formidable et tout aussi grandiose que Stairway to Heaven (de Led Zeppelin évidemment), que je considère comme le morceau le plus parfait que j’aie jamais entendu.
Shine’ est vraiment belle, découpée en plusieurs parties, plusieurs mouvements. C’est magnifiquement musical et ça, c’est de la vraie et belle musique, au même plan que Dvorak.

nb: article n°42 !

La nuit est maintenant entamée depuis plusieurs heures.Les lumières seules scintillent en-dessous du ciel d’un noir d’encre, et le froid gagne petit à petit les ruelles dans un souffle brumeux s’engouffrant dans les moindres recoins de la ville.
Dans cette obscurité hivernale, les rues sont vides de toute présence humaine, et les chats autrefois noirs ne désirent plus quitter la quiétude des cheminées, ronronnant à côté des braises encore ardentes persistant dans l’âtre. La plupart des foyers est désormais éteinte, bien que persistent quelques petites gouttes de vie lumineuse disséminées de par les façades des immeubles.

Le silence englobant la ville n’est entrecoupé que rarement, par les pas timides d’un rôdeur tardif, par le crissement de pneus progressant sur l’asphalte refroidie…
Des paires ou triplets de personnes sortent par moments des bouches de métro avoisinantes, renvoyant aux bâtiments alentour le reflet de leurs éclats de rire résonnant sur les parois en béton.

En observant les cieux pendant quelques secondes, on peut parvenir à voir l’éclat de la Lune filtrer entre deux grand nuages nocturnes. Cette Lune, aujourd’hui formant un parfait croissant. Ce soir, les regards ne pourront pas percevoir la présence du pêcheur qui y est habituellement. Un simple enfant vêtu d’un habit de marin, appuyant son dos sur la courbure de l’astre et tenant sa canne d’une main, attendant qu’un quelconque poisson stellaire potentiel morde à l’hameçon et au destin, inconnu de tous, qui l’attend.

Pour des raisons qui nous sont à jamais inaccessibles, ce pêcheur lunaire n’a ce soir pas voulu faire son apparition et la Lune se retrouve donc vierge de toute vie.

En-dessous des cieux étoilés, la ville et ses lumières. Et, accroupi sur un lampadaire, un être étrange observait la vie fourmillante des humains. Invisible aux yeux de ces derniers, il était vêtu à la façon d’un elfe ou d’un quelconque farfadet. Ses habits noirs, avec un liseré vert, lui conféraient une aura de mystère. Une capuche recouvrait sa tête de façon à ce que seule une ombre puisse atteindre son visage. Celui-ci est indescriptible tant il est obscur, la seule chose qui en ressortait étant deux yeux d’un violet intense. Neutres et comme observant notre monde en silence, percevant des dimensions nous étant pour toujours incompréhensibles.
On peut parfois discerner des crocs effilés, perçant l’ombre lorsqu’un éclat de lumière parvient jusqu’à leur émail.

Son regard perçant se perd entre les lueurs dispersées par les lampadaires, il s’arrête sur chaque passant et sur chaque chose digne de son attention. L’être semble chercher quelque chose. Il tend l’oreille. Soudain, un battement d’ailes se fait entendre, son regard se pose instantanément sur l’oiseau incriminé qui prenait son envol. En silence, l’être détourne lentement son regard mauve de la scène et laisse le volatile s’envoler vers les cieux.
Comme toutes les nuits, il cherche un corps -innocent de préférence- auquel donner la malédiction qui l’occupe depuis des millénaires. Sa mémoire ne désire pas se rappeler comment, ni quand cela a commencé, et il n’ose penser au jour, trop lointain, où ce rythme incessant finira son existence.

Enfin, aux alentours de trois heures du matin, il trouva la personne qu’il attendait. Il s’agissait apparemment d’un groupe d’étudiants rentrant d’une soirée très certainement festive en cette fin de décembre. Le trio d’adolescents se sépara sur le pas d’une porte, et l’une des personnes continua, seule, son chemin. L’être attendit que cette dernière passe à la lumière d’un lampadaire pour pouvoir l’observer plus aisément.
Cette personne, qui s’avérait être une demoiselle d’une vingtaine d’années, avait une chevelure blonde, de ce que laissait percevoir le bonnet en fourrure, noir, qu’elle portait. Il paraît que pour les humains, « la nuit, tous les chats sont gris ». Et bien pour lui, tous les humains se ressemblent une fois le soleil disparu derrière l’horizon. Tous se retrouvent vêtus de noir, emmitouflés sous plusieurs épaisseurs d’étoffes diverses, et méconnaissables dans le noir, semblables à de pâles statues au regard neutre se déplaçant avec le moins de bruit possible dans les ruelles de la ville.
Comme toutes les personnes à rencontrées à cette heure tardive, on ne distinguait de ses yeux que des iris d’un noir d’encre. Mais peu importait. Il savait lire l’esprit des humains comme si c’était un livre que l’on ouvrait devant ses yeux. Cette personne-là n’avait rien de particulier, si ce n’est un goût prononcé pour la musique classique. Cela lui convenait, il n’avait pas besoin de plus.

De l’une des poches de son manteau, toujours assis sur le lampadaire, il sortit une sorte de pâte incolore qui semblait rayonner. Puis, lentement, il utilisa ses ongles pointus pour la modeler. Après quelques secondes d’ouvrage sur cette matière -le temps étant tout à fait relatif et insignifiant pour cet être ténébreux-, il en sortit un violon. Celui-ci semblait être un Stradivarius, à ceci près qu’il était entièrement peint en noir. On ne pouvait pas distinguer les cordes du bois, l’instrument semblait être fait d’ombre.
Il plongea sa main droite dans une poche de son manteau et en sortit un long archet, d’un teint particulièrement sombre lui aussi. Il joua quelques notes qui se dispersèrent rapidement dans les airs et constata qu’une fois de plus, l’instrument était parfaitement accordé.
Il attendit quelques minutes supplémentaires que la personne se rapproche du lieu où il se tenait. Il s’accorda quelques secondes de plus, juste le temps de lire que sa victime de la soirée s’appelait Emilie.
Comme tous les soirs, ils avait besoin de connaître le prénom de sa cible pour pouvoir composer un morceau qui lui correspondait d’autant plus. Il savait que le prénom correspond à bien plus qu’une simple appellation. Donné à la naissance, il suit ces humains jusqu’à leur disparition et les définit de manière plus parfaite qu’un dictionnaire décrit un mot de vocabulaire. C’est pour cette raison que lui n’avait pas de nom. Il était un éternel et invisible inconnu.

Il attendait, en silence… Il ferma les yeux et tendit les oreilles, jusqu’à ressentir un léger instant de flottement. Et lorsque celui-ci survint, il commença à jouer. L’association que produisaient les notes était inconnue à tous, même à lui. Une oreille attentive aurait peut-être pu reconnaître des passages s’apparentant à du Vivaldi, parfois du Tchaïkovski ou encore du Mendelssohn. Mais aucune de ces affirmations n’était vraie. Le morceau qu’il jouait, personne ne le connaissait ni l’avait entendu auparavant. Lui-même ne voyait venir les notes que peu de temps avant de devoir les jouer. Emilie. Un son joyeux et enjoué, parfois mélancolique mais sans aucun accord de tristesse.
Pourquoi jouait-il ? C’était cela, sa malédiction. Il vivait avec la musique. Il ne pouvait tout simplement pas survivre sans cela. Sans écouter ou composer. Il avait trop d’inspiration insatisfaite qui sommeillait en lui. Pour composer, il devait trouver, chaque soir, à la période la plus propice aux esprits calmes et rêveurs, une personne à qui faire partager cette malédiction. Connaissant son prénom et sa nature, il composait un morceau pour elle afin de ne pas trop choquer son esprit fragile. Il jouait durant un temps variable. Cela dépendait de la météo, du nombre d’étoiles dans le ciel, des constellations visibles et autres considérations incompréhensibles à l’esprit étriqué des humains.
Lorsqu’il ponctuait son morceau d’un dernier accord, il était libéré de ses tourments et pouvait alors disparaître, et se reposer. Quant à sa victime nocturne, elle ne gardait jamais aucun réel souvenir de cette rencontre pourtant infiniment précieuse. Il ne lui restait qu’une mélodie lui trottant dans la tête, enserrant ses pensées et faisant par moments planer son esprit au-dessus des nuages durant les jours qui suivaient cette soirée.

Une goutte de sang qui tombe dans la neige. Tapis blanc qui recouvre cette sombre forêt inconnue. Pas un bruit. Le vent s’est tu depuis plusieurs jours avec l’arrivée du gel et le bois des arbres alentour n’ose même plus craquer devant le froid le lacérant.
Le peu de corbeaux qui traversaient le ciel quelques minutes auparavant se sont maintenant enfouis dans le cœur glacé des arbres morts.
La lueur faiblarde de la Lune éclaire l’hiver d’une lumière terne, rendue sinistre par le halo brumeux qui entoure l’astre.

Cette petite tache de sang n’en est pas réellement une. Lorsqu’on quitte le ciel pour descendre l’observer de plus près, celle-ci grandit à vue d’œil, et ce qui devait être le fruit d’une blessure est en réalité la robe rouge de la femme qui se trouve là.
Le froid ne semble pas avoir d’emprise sur elle, ses dents glacées glissent autour d’elle sans avoir d’emprise sur ses épaules. Uniquement vêtue de cette robe vermeille et allant pieds nus, cet être étrange se met en chemin dans le silence, ne produisant par ce déplacement qu’un infime murmure, un bruissement que nulle oreille ne saurait percevoir.

Sa blonde chevelure descendant jusqu’entre les omoplates ondule légèrement sous le mouvement produit par ses pas, ses deux bras oscillent de part et d’autre de son corps, et ses yeux couleur de printemps semblent dardés sur un horizon lointain dont elle seule semble avoir conscience.
Sa poitrine n’esquisse aucun semblant de respiration. L’être n’a l’air d’avoir aucune consistance, tel un fantôme errant depuis des temps immémoriaux. Une aura mystique l’entoure. Des entités indescriptibles viennent parfois échouer dans ces terres mystérieuses, mais cet être-ci a quelque chose particulier, de noble.
Comme si cette femme à l’allure si gracieuse possédait un grand pouvoir qu’on l’on ne puisse vraiment cerner que lorsqu’on est sous son emprise.
Ses lèvres d’un rouge sanglant dessinent un sourire, peut-être destiné à d’inconnus êtres invisibles hantant ces bois infinis.

Soudain, un souffle de vent se fait brusquement entendre, un courant d’air la traverse, et elle porte tout à coup la main à sa poitrine. Devenue d’une pâleur extrême et ne souriant plus, son regard est affolé et semble chercher un repère auquel se raccrocher. Perdue, elle halète désormais, mais l’air ne parvient pas à trouver son chemin jusqu’à ses poumons. Elle titube tandis que son bras se couvre doucement d’un liquide rougeâtre. Elle finit par lentement tomber en avant, et sa joue vient alors heurter le sol glacé sans un bruit, son regard palpite encore quelques instants avant de s’en aller fixer à jamais quelque univers inaccessible.

Encore une « nouvelle » qui n’a pas de sens. Je n’avais comme inspiration que la goutte de sang dans la neige, et j’ai essayé d’en faire quelque chose…

Entre le chant des oiseaux et le doux murmure des feuillages, le bruissement d’un tissu flottant au vent se fait entendre.Les quelques rayons solaires filtrant à travers les frondaisons déploient leur lumière sur une jeune fille. Ses iris arrondis ont la couleur de l’émeraude, et son visage est entouré de boucles blondes parfois teintées d’ambre. Une couronne de feuillages orne sa tête, agrémentée par quelques lilas, marguerites et autres fleurs parsemant sa chevelure. Vêtue d’une légère robe blanche l’enveloppant naturellement, ses pieds nus foulent la terre meuble d’un pas souple sur le sentier serpentant entre les arbres millénaires. Les écureuils tout comme les musaraignes tendent l’oreille à son arrivée et les corneilles chantent de plus belle sur son passage. Ses mains caressent les branches sur son chemin, et il semble que la forêt lui montre la direction à prendre.
La jeune fille débouche sur une clairière nimbée de la lumière matinale, au centre de laquelle se trouve un piano à queue, au pied d’un chêne de quelques mètres. L’instrument semble se mêler aux racines de l’arbre, bien que paraissant tout à fait ordinaire de l’extérieur. Des petites pousses de roses et de houx ont saisi les pieds du piano et un tapis désordonné de feuilles recouvre en partie le clavier. L’être parcourt les touches ivoire de ses doigts fins et constate avec plaisir que l’instrument est parfaitement accordé. Elle s’assied sur une souche qui semblait comme prédisposée à cet usage, à distance adéquate du piano.
Sa poitrine se soulève doucement tandis qu’elle prend une longue inspiration. La forêt entière se tait. Seul persiste le murmure du vent dans les feuillages. Toute la vie de ces lieux a suspendu son activité et retient son souffle.Et arrive la première note, qui résonne à l’infini, comme donnant naissance à tout un nouveau monde.Les sons habituels de la forêt sont inexistants et seul un souffle léger vient ponctuer et enrichir la mélodie jouée par la dryade.
Bien que mélancolique, la musique est emplie de vitalité, et chaque être l’entendant la ressent comme calquée sur son esprit et créée pour lui.
Le compositeur, s’il en existe un, est inconnu. Il semblerait que ce soit la forêt, la vie et le soleil qui dictent les mouvements des doigts glissant sur le clavier incolore.
La jeune fille joue durant un temps indéfini, que nul ne prend la peine de mesurer, ne prêtant pas attention aux ombres qui se raccourcissent puis s’allongent à nouveau.
Les yeux clos, elle ne ressent aucune sensation hormis les notes surgissant instinctivement de ses doigts. Un flux d’énergie la parcourt de part en part tandis que ses mains bougent fébrilement sur l’instrument.
L’air même semble osciller de concert avec le forêt au rythme de la mélodie, qui s’arrête soudainement et sublimement en un point d’orgue majestueux. Calme, l’interprète se lève, respirant doucement.

Elle ouvre brusquement les paupières, dardant son regard émeraude et désormais empli d’étoiles vers l’infini.Puis, dans un souffle, la dryade disparaît sous le crépuscule.

Sophie dormait. Enfin c’est ce qu’un observateur extérieur aurait dit. En réalité, elle ne dormait pas mais pensait. La nuit l’aidait à se relaxer. Pour elle, en ce moment, la noirceur de ce monde s’accordait avec la noirceur du ciel. A travers ses yeux clos, elle contemplait les étoiles. Et elle se disait que chaque étoile représentait un être qui avait aimé et qui avait été aimé mais qui, pour une quelconque raison, ne faisait plus partie de ce monde.
Elle sentait les yeux doux de Marine se poser sur elle. Marine était une jeune fille qui aurait dû intégrer l’internat dans lequel Sophie allait se trouver Mais, victime d’un accident, Marine mourut et Sophie obtint la place dont elle avait besoin pour poursuivre ses études. Lors de chacun de ses succès, elle vouait un hommage silencieux à cette jeune inconnue dont la vie fut sauvagement arrêtée par un chauffard.

Mais l’étoile qu’elle écoutait le plus souvent, c’était celle de Lara. Lara était sa jeune soeur. Celle-ci avait mis fin à ses jours huit ans auparavant, succombant au mal-être qui la rongeait depuis toute petite. Sophie était présente, ce soir-là. Elle était à quelques mètres, mais n’avait rien pu faire pour empêcher sa chute. Son corps disloqué sur le pavé, le sang coulant entre les pieds des badauds entourant sa soeur, ce jour l’avait définitivement marqué.

Sophie avait pleuré autant que possible la mort de sa soeur. Elle l’avait écoutée, l’avait comprise, l’avait prise dans ses bras à chacune de ses crises, ses parents toujours absents ne s’y intéressant aucunement. Sophie n’en voulait pas à sa soeur d’avoir commis l’irréparable. Elle savait qu’un jour viendrait où Lara craquerait plus qu’à l’accoutumée et se jetterait sans remords du septième étage. En un sens, elle était heureuse pour elle, qui s’était libérée de ses tourments, volontairement.

Mais depuis, Sophie se sentait seule. Terriblement seule. La perte de la seule personne qui avait un jour compté à ses yeux l’avait rendue allergique à tout contact. C’est pourquoi elle aimait la nuit. Ce temps béni où tout s’arrête, où l’humanité s’endort et où Lara lui parle. Sophie aimait à croire que les étoiles lui transmettaient un message. Durant tout l’été, elle s’allongeait dans l’herbe fraîche et contemplait le ciel plongé dans l’obscurité. Elle aimait particulièrement l’étoile bleue. Elle n’était pas plus large que les autres, ni plus lumineuse, mais son éclat était plus amical. Elle la regardait, et elle y voyait les pupilles bleues de sa soeur.

Elle aimait aussi les couleurs fluides du crépuscule, annonçant le début de l’obscurité, et le patchwork de couleurs de l’aube, coup final d’une sombre symphonie, taches multicolores lancées sur une toile bleutée par un divin artiste…

Elle aimait les livres. Pas les livres pour adolescents amoureux ni pour politiciens corrompus, non, pour elle un bon livre était un ouvrage qui lui transmettait un message, un espoir. Un livre où l’auteur parlait avec le lecteur, où une complicité se tressait entre deux humains qui ne se verraient jamais.

Elle était devenue archiviste. Ce n’était pas un rat de bibliothèque, mais elle le devait à Marine. Elle sentait l’âme d’un livre parmi les étagères, et c’est naturellement qu’elle en assimilait le contenu.

A travers les étoiles et les livres, Sophie avait découvert l’histoire de ce monde. Et à chaque ligne qu’elle lisait sur le sujet, elle éprouvait de moins en moins de pitié envers celui-ci. Elle en venait à haïr les Hommes pour leur stupidité. Elle se prit même à imaginer la désillusion de Dieu lorsqu’il verrait ce monde en pleine déchéance, ce monde dans lequel il avait placé de nombreux espoirs mais qui courait à sa perte les yeux bandés.

Elle aimait non seulement lire, mais aussi écrire. Elle n’écrivait pas pour vivre, ni pour le succès. Peu lui importait d’être publiée. C’est son âme qu’elle couchait sur le papier. L’encre noire la faisait penser au sang de sa défunte soeur, se déversant entre les pavés tel un fleuve infini. Elle écrivait pour elle-même. Ce n’était pas une autobiographie, mais elle écrivait dans son cahier ses ressentis du jour passé, les innombrables critiques qu’elle formulait silencieusement à l’encontre de l’humanité dont elle ne voulait pas faire partie.
« La plume est la voix du coeur » disait-on. Elle avait rectifié ce proverbe en remplaçant le coeur par l’âme. Elle avait magnifié son écriture en remplaçant les lettres par autant d’images appréciées par le lecteur (qui n’était autre qu’elle). Dans les quelques-uns de ses écrits qui étaient publiés, elle annonçait qu’elle n’écrivait pas pour eux, les lecteurs, mais pour elle. Afin de s’en rappeller, elle fixait ses souvenirs, ses (quelques) joies, peines et (nombreuses) déceptions… Ecrire la soulageait, elle avait le sentiment de s’alléger d’un fardeau qui s’alourdissait chaque jour.

Sophie aimait aussi la musique. Ses collègues disaient qu’elle avait mauvais goût. Opéras et rock, ce ne sont pas des musiques dignes d’une archiviste ! Mais ça lui convenait, à elle, et c’était tout ce qui lui importait. Elle aimait écouter des groupes pour ados tels que Muse, dont elle appréciait la musique psychédélique, des opéras anciens, des groupes mythiques tels qu’AC/DC ou Pink Floyd. Les paroles autant que l’ambiance sonore lui correspondaient parfaitement.

Sophie ne savait pas quoi faire de sa vie. Archiviste était un job sans réel aboutissement, et sans but. Pour elle, sa vie était comme un livre ouvert. Ce n’était pas à elle d’en éceire l’histoire. D’innombrables lancers de dés rempliront ces pages vierges pour elle, sans qu’elle puisse interférer dans le résultats des jets.

Un soir, c’était le 11 juin de cette année, Sophie alla s’allonger sous le grand chêne trônant au centre de la clairière où elle allait autrefois jouer et discuter avec sa soeur. Les autres enfants ne les avaient jamais suivies, l’ombre leur faisait peur, les arbres étaient pour eux autant de démons et la lune n’était là que pour révéler le côté sombre de la forêt. Pour Sophie et sa soeur, la Lune était un guide, un phare dans la sombre nuit. Les arbres semblaient s’écarter sur leur passage, amicaux, les ombres étaient pour elles un jeu, elles s’amusaient à leur donner les formes les plus étranges possible. Les deux soeurs avaient déjà un lien particulier avec les étoiles. Lorsqu’elles s’allongeaient dans l’herbe rendue fraîche par l’ombre nocturne, elles entendaient des murmures. Non pas des murmures réels -ni irréels par ailleurs-, mais un son, semblable à tout un choeur qui leur conterait une histoire. Ce bruit de fond les rassurait et les berçait dans leur sommeil.

Elle comptait les étoiles, les contemplait, les écoutait. Elle admirait l’étoile bleue quand un nuage passa soudain au-dessus de la clairière, lui cachant l’astre. Et dans les volutes brumeuses du cumulus, formant un halo illuminé par l’étoile, Sophie crut discerner les traits de sa soeur perdue. Ses cheveux mi-longs, légèrement bouclés, qui lui descendaient jusqu’au haut des épaules. Lara les avait teints d’un violet sombre une année avant son suicide, peut-être estimait-elle que cette couleur à la fois sombre et vivante reflétait la teinte de son âme. Ses yeux d’un bleu profond, sombres eux aussi, presque bleu nuit, cernés d’un trait noir suffisamment important pour renforcer la profondeur de son regard. Les légères tâches de rousseur, quoique sombres, qu’elle avait sur les joues. Son petit sourire timide qui ne se dessinait que rarement…
Et Sophie pleura. Elle n’avait jamais vraiment pleuré à chaudes larmes depuis le décès de se bien-aimée soeur. Les nuages déversèrent eux aussi leur peine, alors que les larmes de Sophie se mêlaient au sang de sa soeur sur le pavé, alors que la forêt, aidée du vent, commençait son chant nocturne, que la lune brillait au centre de la nuit telle une mère compatissante, que le tonnerre commençait à exprimer sa colère envers ce monde par trop injuste… Sophie ne faisait plus qu’un avec la nature et l’obscurité qui l’entouraient. L’eau salée continuant à ruisseler sur ses joues, elle contempla la cathédrale de feu et de lumière qui se construisait dans les cieux parsemés d’astres bienveillants. Et toujours cette étoile bleue, plus brillante que jamais, qui trônait à la pointe de l’édifice lumineux, tel le regard timide de sa soeur disparue.

La foudre se fondit avec l’étoile bleue qui, telle un céleste archer, envoya sa flèche lumineuse frapper Sophie. Celle-ci ne sentit pas de douleur, mais un bien-être infini. Et Sophie devint lumière, elle se fondit avec l’éclair, son âme s’envola dans l’obscurité pour s’en aller rejoindre celle de sa soeur, tandis que sob corps tombait, inerte, aus sol.
Sophie était heureuse. Heureuse de périr de nuit, heureuse de quitter ce monde fade et par trop immonde, heureuse d’aller retrouver Lara. Enfin, elles étaient réunies pour la première fois depuis de longues années, enfin elles allaient pouvoir parler -directement-, enfin elles allaient rire et pleurer de nouveau ensemble…

Elena était ce que l’on appellait un canon. Le stéréotype de la femme au physique avantageux, « la beauté incarnée » soulignaient même certains journaux people. Elle était donc top-model. Prédestinée à marcher devant une horde de flashes aveuglants, mettre en avant ses atouts et faire couler sa chevelure de la manière la plus sensuelle possible. Seulement, elle n’y prenait aucun goût. Ni à ça, ni à aucune de ses autres activités jugées intéressantes par le commun des mortels.

Elle n’avait pas eu le choix et n’avait pas tenté de résister. Elle aimait la musique. Elle avait toujours aimé. Elena avait été remarquée par son futur producteur dans un petit groupe de chorale et mini-orchestre lors d’un spectacle de fin d’année, à l’université. Elle avait accepté toutes les conditions sans rechigner. Tout ce qui lui importait était sa musique. Son opéra. Carmina Burana, de Carl Orff, dont elle connaissait chaque acte à la perfection, dont elle était imprégnée depuis la plus petite enfance.

Ceci étonnait les gens. Qu’elle ne fasse pas usage de son corps à des desseins plus personnels. Mais elle se souciait peu de l’avis des gens. Elle vivait seule, sans famille et sans amis, n’ayant pour seul et unique contact que celui avec la scène pour les défilés de mode. Et cela lui suffisait. Elena aimait écrire.

Certains affirment que l’écriture permet à l’auteur de se libérer d’un poids qui lui pèse. Mais elle était sereine, et n’écrivait que pour le simple plaisir d’entendre la plume gratter sur le papier, de sentir les mots couler avec l’encre.

Enfin ça, c’était avant l’accident. La carrière et la vie d’une personne peuvent basculer en un instant, par une petite faute d’inattention. Elena était totalement fermée au monde extérieur, sans savoir qu’elle en faisait partie et qu’elle était soumise à ses lois. Un soir de décembre, alors qu’elle marchait dans les rues enneigées de Paris pour rentrer chez elle, lentement afin de profiter de la morsure du froid sur ses joues, du souffle du vent qui faisait virevolter ses cheveux et du ciel étoilé, se fermant comme à son habitude au monde extérieur grâce à la musique, O Fortuna étant silencieusement diffusé par ses écouteurs, elle ne vit pas son ancienne rivale qui approchait, ni ses cris qui clamaient la vengeance pour lui avoir volé son succès, ni le coutelas dans ses mains. Elle se fit surprendre totalement, sentant soudain une lame s’enfoncer dans son abdomen. Alors qu’Elena gisait dans son propre sang sur le sol gelé, sa concurrente lui asséna un coup du pied au visage, qui lui fit perdre connaissance.

Lorsqu’elle revint à elle, la première chose qu’Elena remarqua fut la présence d’une obscurité totale. Ou plutôt, l’absence de toute lumière. Elle sentait l’odeur de l’éther et apprit donc qu’elle était dans un hôpital. Mais cette absence de lumière la troublait. Ni rayon lumineux filtrant à travers les rideaux d’une fenêtre, ni panneau indiquant la sortie d’urgence, ni lampe d’aucune sorte.

Comme à son habitude, lorsqu’elle était désorientée, Elena utilisa le sens qu’elle maîtrisait le plus : l’ouïe. Elle repéra les sons d’une activité normale dans un hôpital, elle en déduisit donc qu’il faisait jour. Mais cette absence de lumière la troublait, l’effrayait même. Elle se focalisait sur les sons ambiants afin de trouver des réponses à ses interrogations, quand soudain elle entendit une voix qui lui dit :
« Bonjour, je suis le docteur Bhuke. Vous vous trouvez à l’hôpital Sainte Thérèse. Un homme vous a trouvée ensanglantée, il y a trois jours, dans le quatorzième arrondissement de Paris, inanimée. L’ambulance vous a amenée ici, toujours sans connaissance. Vous venez donc de vous réveiller, c’est une bonne chose, mais… »
Elena ne le laissa pas finir sa phrase et répondit, plus que troublée : « Merci docteur mais… Pourquoi fait-il si noir ? »
-« Hmm j’ai… J’ai également le regret de vous informer que vous avez reçu durant l’agression un coup au visage, au niveau des yeux, qui vous a fait perdre la vue, définitivement. Je suis désolé. Nous n’avons rien pu faire. De plus, la blessure à l’abdomen a atteint l’un des vaisseaux irriguant votre coeur, qui n’a pu être remis en état fonctionnel. Vous êtes hors de danger aujourd’hui, mais nous ne pouvons prévoir les conséquences futures. »
-« Je… Merci docteur. », répondit-elle, au bord des larmes.
Elle voulut crier mais seul un sanglot sortit de sa gorge.

Malgré son perpétuel enfermement, la perte de la vue na la laissait pas de marbre. Elle avait beau ne porter aucune attention au monde l’entourant, ceci allait laisser un creux dans ses manières et dans son train de vie. Son agent l’appela quelques heures plus tard, ayant appris l’incident, et lui annonçait la rupture de leur contrat. Cela ne la toucha guère. Elle était beaucoup plus sensible au fait de ne plus pouvoir lire. Ni Platon, ni Camus, ni Dante. Ni les partitions d’Orff, de Beethoven ou de Mozart. Elena ne pourrait plus voir les subtilités d’une partition manuscrite. Elle ne pourrait plus écrire comme elle le faisait auparavant, Et cela la blessa plus que les coups qu’elle avait subi.

Ayant de moindres possibilités de perception, elle s’enferma encore un peu plus, allant jusqu’à l’isolement total. Avec l’argent, pour ne pas dire fortune, qu’elle avait amassé en tant que mannequin, elle pourrait survivre sans peine jusqu’à un âge correct et mettre fin à ses jours sans angoisse ni regret.

Seule la musique lui importait désormais. Désormais, les hauts-parleurs de son appartement diffusaient en permanence des opéras, des symphonies et diverses oueuvres de musique classique. Instinctivement, ses doigts saisirent un archet, et c’est naturellement qu’Elena se mit à jouer du violon. Pourquoi le violon ? Sa mélodie lancinante lui remettait en mémoire sa vue perdue, son ton mélancolique plaisait à Elena car elle s’indentifiait dans la perte de sa vue et de ce qu’elle pouvait lire et écrire, cette perte qui lui pesait tant. Etant aveugle, aucun professeur de musique ne voulait d’elle, « une perte de temps » selon eux. Et sur ce point, ni son physique ni sa richesse n’interféraient en sa faveur. Elle apprit donc seule, en autodidacte. Pour cela, elle écoutait une création à son goût, en isolait mentalement la mélodie des violons et tentait de la reproduire. Jouer lui permettait de garder son intégrité. Ses yeux, bien que définitivement bleus à la pupille blanche, voyaient les notes défiler et Elena se contentait de les jouer.

Un jour, une association de malvoyants et handicapés physiques vint lui proposer de jouer lors d’un petit concert. Elle accepta, de bonne grâce. En réalité, elle voulait continuer à apprendre. Jouer seule, cela lui plaisait énormément, elle ne vivait quasiment que pour ça, mais elle se devait de jouer en groupe. Pour progresser, elle devait sentir la musique de l’orchestre onduler en elle. Elena devait résonner avec la mélodie afin de parfaire la maîtrise de son instrument.

De concert en concert, elle joua dans des orchestres de plus en plus prestigieux, dans des salles de plus en plus remplies, pour finir par entrer dans l’orchestre philarmonique de Paris. Puis dans celui de Berlin. Les langues n’avaient jamais été un barrage.

Pour Elena, c’était l’apothéose. Elle avait enfin l’impression d’avoir trouvé sa place en ce monde. Que ce monde valait encore un peu la peine d’y vivre, d’y jouer. Elle resta sept ans au Philarmoniker. Elle joua du Mozart, du Chopin, du Beethoven, toujours de la même manière. Une violoniste sans partition, cela surprenait toujours au moins un spectateur dans l’assemblée, qui allait voir Elena après le concert. Puis il s’apercevait qu’elle était aveugle, et elle lui racontait alors son histoire. Elle racontait sa vie ennuyeuse de mannequin, elle donnait son ancien nom de scène, elle racontait comment elle s’était fait agresser. Parfois, elle remerciait un dieu de bien avoir voulu la garder en vie pour lui permettre de vivre ce qu’elle vivait aujourd’hui. Souvent, elle remerciait son agresseur de lui avoir révélé ce pourquoi elle devrait vivre.
Et le spectateur comprenait, et s’en allait respectueusement.

Elena jouait dans des salles toujours combles. On se battait presque pour assister aux concerts de l’orchestre.

Un jour, on lui annonça que leur prochain opéra joué serait Carmina Burana. Et Elena pleura. Cela ne lui était pas arrivé depuis 11 ans, depuis qu’elle avait perdu la vue. Cette mélodie qui avaut rythmé sa vie, son coeur. Cet opéra qu’elle n’avait jamais joué en groupe, uniquement seule, chez elle. Elle entendit O Fortuna sonner à ses oreilles, et elle pleura.

Le soir du concert, les places s’arrachaient à prix d’or. La création la plus célèbre de Carl Orff, interprétée par l’Orchestre Philarmonique de Berlin ! Tout le monde voulait y assister.

Elena, étrangement, n’était pas calme. A vrai dire, elle n’avait jamais eu d’angoisse quant à un concert ou un défilé de mode. Mais aujourd’hui, c’était différent. Son coeur battait la chamade. Ses mains tremblaient, et elle ne savait que faire. Alors que le chef d’orchestre prenait place dans la salle, elle sut comment remédier à son état. Elle se focalisa sur les pas de ce dernier. Elle obstrua tous ses autres sens, elle ressentit l’instant présent. Et elle se calma.

Dès la première mesure, Elena retrouva les repères auxquels elle était habituée dans son opéra préféré. Et elle joua comme elle n’avait jamais joué. Elle se sublima. Ses doigts coulaient sur les cordes et sur l’archet. Son violon s’envola avec la musique. Ses yeux s’ouvrirent et elle vit le monde selon Orff. Chaque note faisait battre son coeur, chaque temps était une respiration, chaque syllabe chantée par le choeur était autant d’énergie qui lui était insufflée.

Et alors elle sut. Alors que l’orchestre entamait O Fortuna, le chant final. Elle se rappella que l’agression qui lui avait ouvert les yeux avait laissé des séquelles qui pouvaient causer sa mort. Et Elena mourut. De son plein gré. Elle s’envola avec la dernière note de Carmina Burana.